Open Access
Issue
Med Sci (Paris)
Volume 42, Number 1, Janvier 2026
Page(s) 85 - 87
Section Repères
DOI https://doi.org/10.1051/medsci/2025255
Published online 23 January 2026

Vignette (© Réseau thématique virus cerveau).

Des virus appartenant notamment aux familles des Coronaviridae, Flaviviridae, Herpesviridae, Togaviridae, ou Paramyxoviridae (ré)émergent chaque année, infectant aussi bien l’homme que l’animal. Ces infections ont des effets délétères sur le cerveau, aujourd’hui mieux caractérisés grâce aux progrès récents en imagerie médicale et fonctionnelle. Jusqu’ici peu étudiées, les conséquences des infections virales sur le cerveau attirent désormais l’attention de la communauté scientifique et du grand public, qu’elles résultent de l’infection directe du système nerveux central (SNC), ou d’une infection en périphérie. L’étude des manifestations consécutives aux infections virales ne se limite plus aux céphalées, aux encéphalites et autres méningites, observées lors des phases aiguës [1], mais s’étendent désormais aux effets à long terme d’infections virales, aux apparences plus bénignes sur le plan clinique. La pandémie de COVID-19, due à l’infection par le virus SARS-CoV-2, a particulièrement bien illustré les dégâts que les virus pouvaient provoquer sur le SNC, aussi bien après l’infection des organes périphériques que lors de leur passage au travers du parenchyme cérébral. En effet, lors d’une infection périphérique, on observe souvent le relargage de médiateurs pro-inflammatoires dans le sang, notamment de métabolites toxiques ou de cytokines, qui peuvent avoir des conséquences pathologiques sur le SNC, après franchissement de la barrière hématoencéphalique. Il est intéressant de noter que la propagation du SARS-CoV-2 dans le SNC s’est révélée si discrète que l’infection de cet organe a été mise en doute pendant les premiers mois de l’épidémie. Pourtant, de nombreuses maladies neurologiques ont été associées à l’infection par ce virus qui induit diverses conséquences à l’échelle cellulaire, physiologique et même psychiatrique. Celles-ci se traduisent, notamment, par des pertes cellulaires, des dysfonctionnements neuronaux à l’origine d’apathie ou de dépression, ainsi que par des dérégulations des rythmes circadiens, pour ne citer que quelques exemples [2]. Les liens désormais étudiés entre les infections par certains herpès virus (comme le virus d’Epstein-Barr [EBV] ou le virus de l’herpès simplex de type 1 [HSV-1]) et certaines pathologies neuroinflammatoires et neurodégénératives, telles que la sclérose en plaques, la paraparésie spastique tropicale induite par le rétrovirus HTLV-1 ou la maladie d’Alzheimer, démontrent qu’une attention particulière doit être portée aux conséquences des infections virales sur le SNC. En particulier, l’impact des virus sur l’agrégation protéique et la formation de corps amyloïdes liés à la dégénérescence neuronale, ou à des troubles cognitifs, est un domaine de recherche en pleine expansion. Il faut aussi mentionner, ici, les effets des infections virales congénitales sur le neurodéveloppement, notamment par des virus comme le cytomégalovirus humain (hCMV) ou certains arbovirus, comme le virus Zika (ZIKV). Il est aussi admis que les virus ont pu jouer un rôle positif dans notre évolution, à l’image des rétrovirus qui auraient permis la myélinisation des neurones des vertébrés pourvus d’une mâchoire, ou l’exemple célèbre de leur rôle dans la formation du placenta [35] ().

(→) Voir m/s n° 2, 2011, page 163 et n° 12, 2022, page 990

D’autres, au contraire, semblent plus délétères pour le fonctionnement du SNC, en interférant avec les mécanismes de communication interneuronale. Il est clair qu’une meilleure compréhension des mécanismes d’action sous-jacents et des effets des infections virales sur le SNC requiert une meilleure communication et plus de partage des ressources interdisciplinaires.

Les origines du réseau Virus-Cerveau

Depuis plusieurs années, cliniciens, neurobiologistes et virologistes étudient les perturbations cérébrales causées par des agents infectieux, mais souvent de manière relativement isolée. Par conséquent, chaque discipline se prive des connaissances et des savoir-faire que les autres parties pourraient apporter : la compréhension approfondie du tissu nerveux et de son fonctionnement, les modulations immunométaboliques et moléculaires en réponse aux infections virales, ainsi que les répercussions cliniques de ces observations, pour ne citer que quelques exemples.

Pour répondre à ce cloisonnement, le réseau thématique « Virus-Cerveau » a été créé en 2024, suite à une initiative conjointe des Instituts thématiques de l’Inserm : « Immunologie, Infection, Inflammation et Microbiologie (I3M) » et « Neurosciences, Sciences cognitives, Neurologie, Psychiatrie ». Ce réseau représente donc une organisation de la recherche purement Française, il est totalement nouveau et unique en Europe. Le réseau est coordonné par Daniel Dunia et Annie Lannuzel et animé par un comité d’orientation scientifique qui regroupe des chercheurs (Daniel Dunia, Cyrille Mathieu et Raphaël Gaudin) ainsi que des clinicien(ne)s (Annie Lannuzel et Romain Sonneville).

Ce réseau regroupe donc des scientifiques dont l’objectif est l’étude approfondie de la capacité de nombreux virus à provoquer des lésions du SNC, non seulement lors de la phase aigüe de l’infection, mais également à plus long terme, des décennies après l’exposition des patients à l’agent infectieux. Pour autant, aucune action de coordination n’avait été menée jusqu’ici pour permettre d’établir une communication efficace entre les disciplines qui étudient ces infections aux conséquences, directes ou indirectes, sur le SNC. Que ces virus infectent l’homme ou l’animal, dans un contexte d’émergence zoonotique (concept One Health, une seule santé), les conséquences des infections virales sur le cerveau et le système nerveux restent très peu documentées.

Les objectifs du réseau Virus-Cerveau

Les objectifs de ce réseau sont de favoriser la communication scientifique entre neurobiologistes, neuroimmunologistes, neurovirologistes et cliniciens, ainsi que de constituer des groupes de travail pour développer des questions inexplorées concernant les relations entre virus et SNC (Figure 1). Nous espérons ainsi fédérer la communauté des chercheurs s’intéressant à ces thématiques pour les aider à mieux se connaitre, échanger plus facilement des outils et connaissances et ainsi aider au montage de nouveaux projets collaboratifs ou de demandes de financement communes.

thumbnail Figure 1.

Représentation illustrative du réseau thématique Virus-Cerveau. Le réseau s’adresse aux neurovirologistes, aux neurobiologistes, aux neuroimmunologistes et aux cliniciens (humains comme vétérinaires) travaillant sur les infections virales affectant le SNC humain ou animal. Néanmoins, au sens plus large, il s’adresse à tous ceux qui travaillent sur des thématiques visant à mieux caractériser les effets d’une infection virale sur le système nerveux, incluant le neurodéveloppement, la neurodégénérescence ou la neuropsychiatrie, ou faisant appel à l’intelligence artificielle ou la biostatistique.

Les actions du réseau thématique Virus-Cerveau

Au-delà d’une cartographie précise des chercheurs et cliniciens qui étudient les infections virales neurotropes sur le territoire français et qui sont souvent isolés thématiquement dans leurs centres de recherche ou hôpitaux publics nationaux, le réseau a pour ambition de structurer les programmes de recherche, grâce à la constitution de groupes de travail sur des thématiques précises et d’actualité, proposées annuellement, et qui pourraient faire l’objet de demandes de financements communes auprès des guichets nationaux et internationaux. Une journée d’échange sera organisée tous les 18 mois, à l’image de celle qui s’est déroulée lors du lancement officiel du réseau fin 2024. Cette journée a tout d’abord pour objectif de présenter les dernières innovations technologiques et conceptuelles applicables aux recherches portant sur virus et cerveau. Au-delà, il s’agit de donner la parole aux membres du réseau et d’identifier des thématiques fédératrices qui pourraient faire l’objet de travaux de groupes.

Par ailleurs, le réseau a également pour fonction de faciliter le partage des connaissances par des animations scientifiques régulières, consistant dans la diffusion de lettres d’information mettant en lumière les découvertes des membres de la communauté, et dans l’organisation webinaires réguliers sur des thèmes de recherche fondamentaux, cliniques ou techniques.

Un autre objectif du réseau Virus-Cerveau est de stimuler la mise en place d’appels d’offres spécifiques et récurrents auprès d’agences de financement nationales ou internationales, et de créer des écoles thématiques dédiées à la formation des scientifiques à des techniques essentielles pour perfectionner nos approches expérimentales (cultures primaires neurales et neuronales, d’organoïdes, cultures organotypiques et autres systèmes permettant des analyses fonctionnelles). L’inventaire et la constitution de biobanques de tissus de patients et d’animaux, mises à la disposition de la communauté scientifique, pourront également compléter notre arsenal et nous permettront d’améliorer l’efficacité de nos approches pour comprendre et limiter l’impact des infections virales cérébrales sur notre quotidien. À plus long terme, le réseau pourra également être consulté pour des questions scientifiques ce qui permettra de promouvoir ainsi la mise en contact avec ses membres, qu’ils soient chercheurs ou cliniciens, afin de faciliter les échanges scientifiques, techniques et médicaux.

Quels sont les défis du réseau ?

Comme tout autre réseau thématique ou groupement de recherche (GDR) national, le réseau virus-cerveau est né du constat qu’il serait très bénéfique de favoriser les échanges entre cliniciens, neurobiologistes et neurovirologistes pour promouvoir une approche intégrée de l’analyse des interactions entre virus et cerveau.

L’un des plus grands défis du réseau est donc de réussir à fédérer ces trois communautés, en stimulant les échanges et la communication, comme lors de journées dédiées de travail en groupe. Nous organisons également des actions incitatrices, telles que des prix de thèses dans le domaine de la neurovirologie, ou des bourses de voyage permettant de participer à des congrès internationaux pour présenter les travaux dans ce domaine. Le second défi d’envergure réside en notre capacité à structurer suffisamment le réseau pour que les groupes de travail issus du réseau obtiennent des financements collaboratifs, et pour que ces échanges débouchent sur des publications et des présentations lors des colloques. Ceci offrirait ainsi au réseau une visibilité nationale et internationale, notamment au niveau européen. À plus long terme, notre dernier défi sera de structurer suffisamment la recherche sur les virus et le cerveau en France pour gagner en efficacité et visibilité à l’international et ainsi servir de modèle incitant

à fédérer les chercheurs de la thématique à l’échelle européenne pour mener des initiatives d’envergure internationale.

Remerciements

Nous remercions très sincèrement les coordinateurs des instituts thématiques « Immunologie, Inflammation, Infectiologie et Microbiologie » et « Neurosciences, Sciences Cognitives, Neurologie, Psychiatrie » de l’Inserm, ainsi que leurs chargées de mission Loane Serrano, Kim Charvet et Joëlle Chabry. Nous tenons également à remercier chaleureusement Frank Dufour de l’ANRS pour ses précieux conseils.

Liens d’intérêt

Les auteurs déclarent n’avoir aucun lien d’intérêt concernant les données publiées dans cet article

Références

  1. Sonneville R, Lannuzel A, Mathieu C, et al. Triggers of viral encephalitis: a brain teaser to be solved! Ann Intensive Care 2025 ; 15 : 31. [Google Scholar]
  2. Taquet M, Sillett R, Zhu L, et al. Neurological and psychiatric risk trajectories after SARS-CoV-2 infection: an analysis of 2-year retrospective cohort studies including 1 284 437 patients. Lancet Psychiatry 2022 ; 9 : 815–27. [CrossRef] [PubMed] [Google Scholar]
  3. Dupressoir A, Heidmann T. Les syncytines - Des protéines d’enveloppe rétrovirales capturées au profit du développement placentaire. Med Sci (Paris) 2011 ; 27 : 163–9. [CrossRef] [EDP Sciences] [PubMed] [Google Scholar]
  4. Forterre P, Gaïa M. Les virus et l’émergence des cellules eucaryotes modernes. Med Sci (Paris) 2022 ; 38 : 990–8. [Google Scholar]
  5. Ghosh T, Almeida RG, Zhao C, et al. A retroviral link to vertebrate myelination through retrotransposon-RNA-mediated control of myelin gene expression. Cell 2024 ; 187 : 814–30.e23. [Google Scholar]

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Liste des figures

thumbnail Figure 1.

Représentation illustrative du réseau thématique Virus-Cerveau. Le réseau s’adresse aux neurovirologistes, aux neurobiologistes, aux neuroimmunologistes et aux cliniciens (humains comme vétérinaires) travaillant sur les infections virales affectant le SNC humain ou animal. Néanmoins, au sens plus large, il s’adresse à tous ceux qui travaillent sur des thématiques visant à mieux caractériser les effets d’une infection virale sur le système nerveux, incluant le neurodéveloppement, la neurodégénérescence ou la neuropsychiatrie, ou faisant appel à l’intelligence artificielle ou la biostatistique.

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