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Med Sci (Paris)
Volume 42, Number 1, Janvier 2026
Les mots de la science
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| Page(s) | 88 - 88 | |
| Section | Repères | |
| DOI | https://doi.org/10.1051/medsci/2025258 | |
| Published online | 23 January 2026 | |
Histone
Histone
Inserm Département de la Science Ouverte (DSO), Paris, France
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Voici l’un des mots les plus fréquemment employés dans les articles de biologie. Mais savez-vous d’où il provient ? Il est composé du mot grec « histos », qui désigne une chaîne de métier à tisser ou une toile, puis a été adopté par les auteurs scientifiques du XIXe siècle pour former la terminologie désignant les tissus vivants. Il est suivi du suffixe « one », lui aussi emprunté au grec « on », utilisé tant au féminin qu’au masculin pour nommer de nombreuses substances biologiques. Avouons-le, cela ne nous éclaire guère sur la nature et la fonction des histones
Il est bien plus intéressant d’explorer comment les histones ont été découvertes. Cela s’est produit à la fin du XIXe siècle, en Prusse, plus de 50 ans avant la découverte de la structure de l’ADN. À cette époque, la composition du noyau cellulaire, dont la présence est évoquée dès 1702 par Anthoni van Leeuwenhoek (1632-1723) lors de ses premières observations au microscope, puis formellement démontrée par le botaniste anglais Robert Brown (1773-1858) en 1831, était encore mal connue. Quant à sa fonction, on l’ignorait totalement. Jusqu’à ce que quelques chimistes commencent à s’intéresser à la question, notamment en Allemagne, où la chimie organique structurale connaît, à cette époque, un fort développement.
À l’université de Strasbourg, le biochimiste allemand Albrecht Kossel (1853-1927), qui avait auparavant identifié les quatre bases constitutives de l’ADN (alors appelé « nucléine »), purifia, à partir des noyaux d’érythrocytes d’oie, une fraction basique, après avoir éliminé la fraction acide (c’est-à-dire l’ADN), grâce à un traitement à l’acide chlorhydrique. Dans un article publié en 1884, Kossel décrivit ce composant comme différent, par sa nature basique, des protéines classiques, et le nomme « histone », sans pourtant expliquer pourquoi il a choisi ce nom [1]. Il suggère aussi que cette fraction basique soit étroitement associée aux acides nucléiques, puisqu’elle n’était pas observable sans traiter l’extrait nucléaire avec de l’acide chlorhydrique. Cela rappelait, d’ailleurs, l’observation réalisée dix ans plus tôt par le biologiste suisse Johann Friedrich Miescher (1844-1895), qui avait non seulement caractérisé la nucléine (il s’agit donc du découvreur de l’ADN !) mais aussi purifié la protamine (un variant d’histone propre aux spermatozoïdes) à partir du sperme de saumon. Albrecht Kossel fut récompensé en 1910 par le prix Nobel de physiologie ou médecine. Mais il fallut encore plusieurs décennies avant d’établir la présence des histones dans toutes les cellules, et encore plus de temps pour découvrir comment elles s’assemblent autour de l’ADN [2]. Elles sont en effet étroitement associées à l’ADN dont elles permettent la compaction en formant des structures appelées nucléosomes. Depuis, le monde des histones continue de nous surprendre. On répertorie actuellement cinq histones « canoniques » dont quatre (H2A, H2B, H3, H4) composent le cœur du nucléosome et le cinquième (H1) est une histone de liaison entre les nucléosomes. Plusieurs dizaines de variants d’histones qui jouent des rôles majeurs dans différents aspects de la biologie ont aussi été découverts [3]. L’étude des histones et des modifications qu’ils peuvent supporter sont à l’origine de l’épigénétique [4] (→).
(→) Voir m/s n° 12, 2024, page 885
On imagine la tête de Kossel s’il pouvait apprendre tout ce que l’on sait aujourd’hui sur ces fameuses protéines basiques !
Liens d’intérêt
L’auteure déclare n’avoir aucun lien d’intérêt concernant les données publiées dans cet article.
Références
- Kossel AZ. Ueber einen peptonartigen Bestandtheil des Zellkerns. Physiol Chem 1884 ; 8 : 511–5. [Google Scholar]
- Doenecke D, Karlson P. Albrecht Kossel and the discovery of histones. Trends Biochem Sci 1984 ; 9 : 404–5. [Google Scholar]
- Talbert PB, Henikoff S. Histone variants at a glance. J Cell Sci 2021 ; 134 : jcs244749. [Google Scholar]
- Loison L. Retour sur la constitution du concept d’épigénétique. Med Sci (Paris) 2024 ; 40 : 885–91. [CrossRef] [EDP Sciences] [PubMed] [Google Scholar]
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