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Numéro
Med Sci (Paris)
Volume 28, Numéro 8-9, Août–Septembre 2012
Page(s) 706 - 707
Section Nouvelles
DOI https://doi.org/10.1051/medsci/2012288011
Publié en ligne 22 août 2012

Les antirétroviraux, qui permettent de contrôler la charge virale du VIH (virus de l’immunodéficience humaine), sont apparus sur le marché en 1987. Il s’agissait d’inhibiteurs nucléosidiques de la transcriptase inverse. Jusqu’en 1996, ils ont été principalement utilisés en mono- ou bithérapie. À partir de 1996, une deuxième famille est apparue, les inhibiteurs de protéase ; puis, en 1998, une troisième famille, les inhibiteurs non nucléosidiques de la transcriptase inverse. L’association de ces molécules en trithérapies a conduit à une spectaculaire amélioration du pronostic des patients infectés par le VIH. Néanmoins, dès la fin des années 1990, certains patients étaient porteurs de virus résistants aux médicaments de ces trois familles, et peu d’options thérapeutiques alternatives existaient. Dans la plupart des publications décrivant cette situation d’impasse thérapeutique, les antirétroviraux avaient été prescrits initialement sous la forme de mono- ou bithérapies à la majorité des patients [13].

Le projet PLATO II (Pursuing later treatment option II), qui regroupe des populations de patients atteints du VIH dans le cadre du programme européen COHERE (Collaboration of observational HIV epidemiological research europe), s’est fixé pour objectif de caractériser les patients résistants aux trois premières familles d’antirétroviraux en Europe de l’Ouest entre 2000 et 2009. COHERE est un travail collaboratif sur des cohortes de patients infectés par le VIH en Europe et le projet PLATO II inclut les données de 91 674 patients inclus dans 24 de ces cohortes. Il s’agit de patients infectés par le VIH qui ont débuté un traitement antirétroviral en 1998.

Cinq ans après l’instauration du premier traitement, le taux d’échec virologique1 était faible et estimé à 3,4 % pour les trois premières familles de molécules [4]. Entre 2000 et 2005, au niveau collectif, l’incidence de l’échec virologique concernant les trois premières familles d’antirétroviraux a augmentée de 3,9 pour mille patients-années (intervalle de confiance [IC] à 95 % = 3,7 à 4,1) à 8,8 pour mille patients-années (IC à 95 % = 8,5 à 9,0), puis a décru à 5,8 pour mille patients-années (IC à 95 % = 5,6 à 6,1). La prévalence de l’échec virologique après traitement par les trois premières familles de molécules était de 0,3 % (IC à 95 % = 0,27 à 0,42) en 2000. Elle a atteint 2,4 % (IC à 95 % = 2,24 à 2,50) en 2005, et est depuis restée stable, inférieure à 3 % [5].

Au niveau individuel, 2 476 patients avaient eu un échec virologique aux trois premières familles de molécules. La proportion de ceux dont la charge virale a pu être contrôlée par la modification de la combinaison antirétrovirale a augmenté de 19,5 % en 2000 à 57,9 % en 2009 (p < 0,0001 dans l’analyse multivariée). L’incidence du Sida (syndrome d’immunodéficience acquise) a décru de 7,7 pour 100 patients-années entre 2000 et 2002, à 2,3 en 2008 et 1,2 en 2009 (p < 0,0001 dans l’analyse multivariée). La mortalité a décru de 4,0 pour 100 patients-années entre 2000 et 2002, à 1,9 en 2007 et 1,4 en 2008 (p = 0,023, analyse univariée), mais cette tendance n’était pas statistiquement significative après ajustement (p = 0,22) [6].

En Europe de l’Ouest, en pratique de routine, il y a donc eu une amélioration spectaculaire entre 2000 et 2009 du contrôle de la charge virale chez les patients qui répondaient mal (échec virologique) à l’administration des trois premières familles d’antirétroviraux. Cette amélioration est plus nette à partir de 2008 et s’est accompagnée d’une diminution de la morbidité. Si le premier résultat était attendu compte tenu des résultats des essais cliniques de nouveaux antirétroviraux chez les patients prétraités au cours de la période, les essais cliniques étaient de trop petite taille - chaque essai évaluant un nouvel antirétroviral - pour démontrer l’impact clinique qui a pu être mis en évidence grâce à cette collaboration de cohortes. Cet effet s’explique très probablement par la mise à disposition, au cours de la période de l’étude, de plusieurs antirétroviraux appartenant à de nouvelles familles, ou à des familles anciennes mais dans ce dernier cas présentant peu de résistance croisée avec les médicaments utilisés en première ou deuxième ligne. Le fait que ces médicaments, qui sont aussi utilisés chez les patients naïfs (non encore traités), soient plus faciles à prescrire et mieux tolérés expliquent sans doute également la diminution de l’incidence actuelle de l’échec virologique lors de traitements avec les molécules appartenant aux trois premières familles.

Ces résultats suggèrent l’impact de santé publique qu’a eu l’introduction de ces nouveaux médicaments. L’existence de nombreuses bases de données et cohortes cliniques de patients infectés par le VIH et pris en charge permet une évaluation post AMM (autorisation de mise sur le marché) à grande échelle des antirétroviraux. Il est important que ce modèle se développe pour d’autres maladies coûteuses ou fréquentes. Ces résultats montrent aussi que la mise à disposition de ces nouveaux médicaments à des prix abordables est urgente dans les pays du sud qui concentrent la grande majorité des personnes infectées par le VIH.

Liens d’intérêt

L’auteur déclare n’avoir aucun lien d’intérêt concernant les données publiées dans cet article.


1

L’échec virologique est défini dans cette étude comme la persistance d’une charge plasmatique virale supérieure à 500 copies/ml [6].

Références

  1. Mocroft A, Phillips AN, Friis-Moller N, et al. Response to antiretroviral therapy among patients exposed to three classes of antiretrovirals: results from EuroSIDA study. Antiviral Therapy 2002 ; 7 : 21–30. [PubMed] [Google Scholar]
  2. Ledergerber B, Lundgren JD, Walker AS, et al. Predictors of trend in CD4-positive T-cell count and mortality among HIV-1-infected individuals with virological failure to all three antiretroviral-drug classes. Lancet 2004 ; 364 : 51–62. [CrossRef] [PubMed] [Google Scholar]
  3. Costagliola D, Potard V, Duvivier C, et al. Impact of newly available drugs on clinical progression in patients with virological failure after exposure to three classes of antiretrovirals. Antiviral Therapy 2005 ; 10 : 563–573. [PubMed] [Google Scholar]
  4. Lodwick L, Costagliola D, Reiss P, et al. Triple class virologic failure in HIV-infected patients on antiretroviral therapy for up to 10 years. Arch Intern Med 2010 ; 170 : 410–419. [CrossRef] [PubMed] [Google Scholar]
  5. Nakagawa F, Lodwick R, Costagliola D, et al. Calendar time trends in the incidence and prevalence of triple-class virologic failure in antiretroviral drug experienced people with HIV in Europe. J Acquir Immune Defic Syndr 2012 ; 59 : 294–299. [PubMed] [Google Scholar]
  6. Costagliola D, Lodwick R, Ledergerber B, et al. Trends over calendar time in virological and clinical outcomes in individuals with HIV-1 infection and virologic failure of drugs from three antiretroviral drug classes: a cohort study. Lancet Infect Dis 2012 ; 12 : 119–127. [CrossRef] [PubMed] [Google Scholar]

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