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Numéro
Med Sci (Paris)
Volume 27, Numéro 8-9, Août–Septembre 2011
Page(s) 701 - 702
Section Nouvelles
DOI https://doi.org/10.1051/medsci/2011278008
Publié en ligne 31 août 2011

En novembre 2001, la défenseure des enfants avait saisi le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) sur les dangers de l’injection intracytoplasmique de spermatozoïdes (ICSI). En réponse, dans l’avis n° 75 intitulé « Questions éthiques soulevées par le développement de l’ICSI » - dont les aspects médicaux reposaient sur deux articles publiées dans médecine/sciences [1, 2] - le CCNE faisait remarquer qu’il pouvait sembler « naïf de ne se poser la question éthique de l’ICSI qu’après plusieurs dizaines de milliers de naissances d’enfants. La société semble découvrir que, dans ce domaine, l’innovation scientifique n’a été à l’abri d’un regard critique que par son efficacité reconnue ».

Une grande efficacité

On ne saurait si bien dire : l’ICSI doit d’abord son succès à sa grande efficacité. Mise au point en Belgique en 1991, elle s’est révélée extrêmement efficace : elle a résolu de nombreux cas de stérilité masculine et les centres d’AMP (assistance médicale à la procréation) l’ont adoptée très vite et élargi ses applications dans de très nombreux pays1 sans qu’il y ait eu d’études probatoires à son utilisation.

Beaucoup plus invasive que la FIV

Cette technique est pourtant beaucoup plus invasive que la FIV (fécondation in vitro) puisque la fécondation forcée à l’aide d’une micropipette peut introduire dans l’ovocyte des éléments biologiques qui ne pourraient y pénétrer naturellement. De plus, pour pallier la stérilité de certains hommes oligo ou azoospermiques, des spermatozoïdes épididymaires ou testiculaires, sélectionnés sur leur mobilité, sont choisis. Mais dans le cas de spermatozoïdes testiculaires provenant d’hommes dont la spermatogenèse est déficiente, le risque de transmettre à l’enfant une anomalie génétique qui serait à son tour la cause d’une oligo ou d’une azoospermie n’est pas nul. C’est pourquoi, malgré l’efficacité de cette technique, des réticences sont apparues en raison de possibles risques génétiques et épigénétiques. De nombreuses études sur le suivi des enfants nés après ICSI ont alors été effectuées, mais avec des résultats contradictoires. Parmi celles-ci, une étude française sur 368 ICSI pratiquées en raison d’une d’azoospermie obstructive avait montré en 2006 que les fausses couches étaient nettement plus élevées après ICSI utilisant des spermatozoïdes testiculaires [3]. Récemment, viennent d’être publiées deux études, l’une belge [4], l’autre néerlandaise [5], sur des cohortes de plusieurs centaines d’enfants conçus à l’aide de cellules germinales non éjaculées. L’étude belge (Université Ziekenhuis, Bruxelles) compare les données néonatales recueillies à partir de questionnaires et d’examens cliniques de 530 enfants nés après fécondation par ICSI/sperme testiculaire, plus 194 enfants nés après ICSI/sperme épididymaire, avec celles de 2 516 enfants conçus par ICSI/sperme éjaculé. Les pourcentages de mortinatalité, de prématurité ainsi que les poids de naissance et les tailles des périmètres crâniens sont comparables. Il n’existe pas d’augmentation du nombre des anomalies majeures (malformations, anomalies chromosomiques). Il en va de même dans l’étude néerlandaise (Nimègue, Pays-Bas). Réalisée sur 378 enfants issus d’ICSI/sperme épididymaire, 1 192 enfants issus de FIV comparés à 1 126 enfants ICSI/sperme éjaculé, elle ne révèle aucune anomalie. Les paramètres péri et néonatals sont analysés et un suivi jusqu’à l’âge de 4 ans de 148 enfants (développement moteur, performance de langage et scores comportementaux) donne des résultats analogues au groupe de référence néerlandais établi en 2002 dans ce pays à partir de l’échelle de Bayley modifiée [6]. Peut-être le travail aurait-il été plus complet si une cohorte d’enfants nés de conception naturelle avait été prise en compte dans l’étude.

Des résultats actuels rassurants

En conclusion, et en se limitant à l’ICSI avec spermatozoïdes épididymaires, bien que cette technique ait a été adoptée d’emblée sans respecter « le principe de précaution », les résultats actuels semblent rassurants sur l’avenir du million d’enfants nés par ICSI dans le monde [7, 8]. ◊

Conflit d’intérêts

L’auteur déclare n’avoir aucun conflit d’intérêts concernant les données publiées dans cet article.


1

Le Bulletin épidémiologique hebdomadaire du 14 juin 2011 (n° 23-24) est entièrement dédié aux enjeux et mutations de l’assistance médicale à la procréation. « Assistance médicale à la procréation », 2011, n° 23-24, p. 261-284. En effet, on estimait il y a un an qu’il y avait eu environ 4 millions d’enfants nés dans le monde à la suite d’une FIV avec ou sans ICSI. Si l’ICSI n’a débuté qu’en 1992, elle représente aujourd’hui plus de 60 % des tentatives de FIV faites dans la plupart des pays y compris la France (voir l’article de F. Thépot dans le BEH [8]). D’après le bilan de l’Agence de la Biomédecine, il y a eu plus de 8 000 enfants nés suite à une ICSI faite cette année là en France.

Références

  1. Olivennes F, Fanchin R, Righini C, et al. La fécondation in vitro : aujourd’hui et demain. Med Sci (Paris) 2000 ; 16 : 316-323. [Google Scholar]
  2. Guenedal ML, Falquet C, Warter S, et al. Les risques liés à l’injection intracytoplasmique du spermatozoïde (ICSI). Med Sci (Paris) 2001 ; 17 : 44-53. [Google Scholar]
  3. Buffat C, Patrat C, Merlet F, et al. CSI outcomes in obstructive azoospermia: influence of the origin of surgically retrieved spermatozoa and the cause of obstruction. Hum Reprod 2006 ; 21 : 1018-1024. [CrossRef] [PubMed] [Google Scholar]
  4. Belva F, De Schrijver F, Tournaye H, et al. Neonatal outcome of 724 children born after ICSI using non-ejaculated sperm. Hum Reprod 2011 ; 26 : 1752-1758. [CrossRef] [PubMed] [Google Scholar]
  5. Woldrinfh GH, Horvers M, Janssen AJ, et al. Follow-up of children born after ICSI with epididymal spermatozoa. Hum Reprod 2011 ; 26 : 1759-1767. [CrossRef] [PubMed] [Google Scholar]
  6. Van der Meulen BF, Ruiter SAJ, Lutje HC, et al. Bayley scales of infant development, 2nd ed. Nederlandse versie : Swets Test Publishers, 2002. [Google Scholar]
  7. Jouannet P. L’assistance médicale à la procréation : enjeux et mutations. BEH 2011 ; 23–24 : 261-262. [Google Scholar]
  8. Thépot F. Assistance médicale à la procréation : état des pratiques en France. BEH 2011 ; 23–24 : 263-283. [Google Scholar]

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