Open Access
Editorial
Issue
Med Sci (Paris)
Volume 42, Number 1, Janvier 2026
Page(s) 7 - 8
Section Éditorial
DOI https://doi.org/10.1051/medsci/2026001
Published online 23 January 2026

La théorie de l’évolution des espèces vivantes, initialement formulée par Charles Darwin au xixe siècle puis enrichie dans les années 1930 par la théorie synthétique, nous rappelle une vérité fondamentale : la vie n’est que changement, porté notamment par des mutations aléatoires et la sélection naturelle. Cependant, audelà du vivant, les objets inanimés, en particulier ceux façonnés par l’être humain, sont, eux aussi, en perpétuel développement, mus par leur environnement et les intentions, conscientes ou non, de leurs créateurs. C’est, en effet, ce qu’a démontré le paléontologue Stephen Jay Gould1, en prenant comme exemple Mickey Mouse [1]. Avec son grand talent de vulgarisateur, Gould retraçait l’évolution de ce personnage de bande dessinée en se concentrant sur les changements de la taille de son crâne et des traits de son visage, survenus au cours du temps depuis l’année de sa création. Il était évident que le visage de Mickey avait tendance à rajeunir avec le temps : initialement petit et fripé, il s’arrondissait pour adopter un air plus jeune, presque enfantin, avec de grands yeux et une tête disproportionnée par rapport au reste du corps. Au-delà de l’objectif de Gould, qui était de démontrer que l’évolution de Mickey suivait, comme dans le cas de l’espèce humaine, le phénomène de néoténie, c’est-à-dire la conservation progressive de caractéristiques juvéniles [2] au cours de son évolution, le plus surprenant est qu’il ait utilisé une créature de bande dessinée pour démontrer une règle universelle du monde vivant, à savoir, sa transformation graduelle au cours du temps.

À l’image du personnage de bande dessinée créé par Walt Disney, médecine/sciences est un objet inanimé, fruit d’une volonté humaine, collective dans ce cas. La revue vient de fêter ses 40 ans en 2025, puisqu’après une longue période de gestation, sa naissance officielle a été enregistrée en mars 1985 [3] ().

(→) Voir m/s hors série n° 1, 2025, page 10

Et force est de constater qu’à 40 ans révolus, elle a subi des transformations, et évolué tant dans sa forme que dans son contenu, influencée par la complexité de la science en marche, mais aussi au gré des changements de ses rédacteurs en chef et des membres de son comité éditorial, qui l’enrichissent de leurs suggestions, fruit, à la fois, de leur expérience et de leur sensibilité humaine et scientifique [4] ().

(→) Voir m/s hors série n° 1, 2025, page 7

Une évolution souvent impulsée par ces acteurs, mais parfois aussi inconsciente, ayant permis à la revue de souffler ses 40 bougies sans perdre en attractivité auprès des lecteurs et des auteurs, et ce, malgré le dictat, maintenant heureusement moins prégnant, de l’impact factor, malgré la multiplication des revues en langue anglaise, les difficultés inhérentes au monde éditorial et la fragilisation inévitable de son modèle économique à la suite de son évolution vers le libre accès de la plupart des articles dans leur version numérisée. Des changements également liés à l’évolution des connaissances et de la société. Ainsi, la revue a su s’ouvrir aux étudiants en leur fournissant un espace dédié dans lequel ils peuvent faire leurs premières armes en tant qu’auteurs : plus neuf programmes de Masters, issus d’universités françaises, contribuent actuellement à la rubrique « Nos jeunes pousses ont du talent », avec la publication, en ligne, d’environ 30 Nouvelles ou Brèves par an. Un exercice qui est largement plébiscité par les encadrants et les étudiants eux-mêmes.

Parce que communiquer la science signifie aussi montrer son impact sur la société, médecine/sciences a élargi son champ disciplinaire et s’est s’enrichie d’articles en économie de la santé, en épidémiologie et en sciences humaines et sociales, en proposant une réflexion sur notre rapport à la santé, à la maladie, ainsi qu’à l’évolution de la science. Plus récemment, la revue a su décloisonner sa communication des savoirs biologiques en intégrant des séries d’articles issus de divers domaines de recherche utiles à notre compréhension de l’histoire du monde vivant. Ainsi, depuis 2024, elle accueille les chroniques de Marc-André Selosse inspirées de ses connaissances en biologie végétale2 et les articles de Céline Bon en paléogénétique3. Enfin, la revue s’efforce d’accompagner les grandes questions de société par la programmation de numéros et de séries thématiques. De ce point de vue, l’année 2025, qui a érigé la santé mentale en grande cause nationale, aura été très riche : en mai, la publication d’un numéro thématique sur la psychiatrie de précision4, issu du programme PEPR PROPSY promu par l’Inserm [5] () ; en décembre, celle d’un numéro thématique consacré à la santé des femmes [6]5 (), dans un esprit pluridisciplinaire, pour montrer l’ampleur et la complexité de ses enjeux, en dehors de toutes questions liées à la fertilité et à la procréation ; sans oublier la série thématique consacrée aux effets de l’Anthropocène sur le monde microbien [7] () ni celle, inaugurée en novembre, sur l’antibiorésistance [8] (), qui illustrent les bouleversements vécus par nos écosystèmes dans une lecture One Health. Enfin, le numéro hors-série pour l’anniversaire des 40 ans de médecine/sciences aura permis de retracer l’histoire « humaine » de la revue, avec ses sensibilités et ses passions scientifiques6, tout en dressant un panorama rétrospectif des grandes avancées scientifiques dont la revue s’est fait l’écho durant toutes ces années. Des thèmes variés, qui se prêtent à des analyses pluridisciplinaires et qui, nous l’espérons, susciteront l’intérêt et la curiosité de nos lecteurs.

(→) Voir m/s n° 5, 2025, page 409

(→) Voir m/s n° 12, 2025, page 963

(→) Voir m/s n° 8-9, 2024, page 653

(→) Voir m/s n° 11, 2025, page 887

À plus long terme, comment stimuler encore et toujours l’intérêt des lecteurs, tout en évitant de céder à l’actualité tempétueuse des réseaux sociaux ? Comment médecine/sciences peut-elle rester une référence d’information scientifique de qualité, face à l’irruption de l’intelligence artificielle qui s’infiltre insidieusement dans notre besoin de connaissances et d’informations en « digérant » à notre place des contenus complexes et en fournissant des explications, certes immédiates, mais parfois erronées tant elles sont simplifiées, à nos questions ?

On peut sans doute, avant de plonger avec enthousiasme et curiosité dans l’année 2026, jeter un dernier coup d’œil sur le passé pour trouver une réponse dans ce qui a toujours fait la force de médecine/sciences : le refus de la tyrannie de l’actualité immédiate, la prise de recul, l’exigence d’une rigueur scientifique sans compromis et d’un regard sans concession sur l’évolution de la science, comme en témoignent, depuis plusieurs années, les chroniques génomiques de Bertrand Jordan, un rendez-vous mensuel attendu avec impatience par de nombreux lecteurs. Ces valeurs, immuables depuis 1985, font de médecine/sciences une référence unique dans le paysage francophone, un bien commun pour les chercheurs en biologie, les médecins, et plus généralement pour tous ceux qui croient en la science comme outil de compréhension du monde. Un objectif d’autant plus important face aux efforts déployés par certaines institutions et personnalités politiques ou de la société civile pour décrédibiliser la parole scientifique et la réduire à une opinion comme une autre [9] ().

(→) Voir m/s n° 4, 2025, page 303

Face à cet obscurantisme, parfois insidieux, sachons garder le cap, tout en laissant la revue évoluer au gré de la progression des connaissances et de la sensibilité de tous ceux qui la font vivre jour après jour.

Liens d’intérêt

L’auteure déclare n’avoir aucun lien d’intérêt concernant les données publiées dans cet article.

Références

  1. Gould SJ. Un hommage biologique à Mickey. In: Le pouce du panda. Les grandes énigmes de l’évolution. Paris : Point Sciences, 2014 : 111–26. [Google Scholar]
  2. Gould SJ. Le véritable père de l’homme est l’enfant. In: Darwin et les grandes énigmes de la vie Paris : Le Seuil, 1984 : 64–71. [Google Scholar]
  3. Paillette C. médecine/sciences, 1985 - La France, la diplomatie scientifique francophone et le Québec. Med Sci (Paris) 2025 ; 41 Hors série n° 1 : 10–5. [Google Scholar]
  4. Salvetti A. médecine/sciences : 40 ans au service de la recherche et de la médecine. Med Sci (Paris) 2025 ; 41 Hors série n° 1 : 7–9. [Google Scholar]
  5. Leboyer M. Enjeux et objectifs de la psychiatrie de précision. Med Sci (Paris) 2025 ; 41 : 409–10. [Google Scholar]
  6. Franc C, Gilgenkrantz H, Moulin A, Salvetti A. Avant-propos. La santé des femmes : au-delà de la procréation. Med Sci (Paris) 2025 ; 41 : 963. [Google Scholar]
  7. Sansonetti P. Avant-propos. Les microbes, l’Anthropocène et nous. Med Sci (Paris) 2024 ; 40 : 653. [Google Scholar]
  8. Ploy MC, Madec JY. Avant-propos. L’antibiorésistance, un défi global, des actions communes. Med Sci (Paris) 2025 ; 41 : 887. [Google Scholar]
  9. Fischer A. Éclipse de science. Med Sci (Paris) 2025 ; 41 : 303–4. [Google Scholar]

1

Stephen Jay Gould (1941-2002), est un paléontologue américain, professeur de géologie et d’histoire des sciences à l’université Harvard, qui a beaucoup œuvré à la vulgarisation de la théorie de l’évolution et à l’histoire des sciences. Ses propres travaux de recherche l’ont conduit à formuler la théorie des équilibres ponctués, selon laquelle les transitions évolutives entre les espèces au cours de l’évolution se font brutalement et non graduellement.

3

Des nouvelles du passé. Histoires de paléogénetique. https://www.medecinesciences. org/component/toc/?task=topic&id=2172.


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