Open Access
Issue
Med Sci (Paris)
Volume 42, Number 1, Janvier 2026
Page(s) 28 - 30
Section Nouvelles
DOI https://doi.org/10.1051/medsci/2025246
Published online 23 January 2026

L’inhibition de « points de contrôle immunitaire » en utilisant des anticorps anti-PD1 ou anti-PDL1 a profondément modifié la prise en charge de nombreux cancers métastatiques. Pourtant, seuls certains patients tirent un bénéfice durable de cette immunothérapie, même en y associant des traitements standards, tels que la radiothérapie [1, 2]. L’hétérogénéité de la réponse à l’immunothérapie reste difficile à expliquer, mais depuis quelques années, il est admis que le microbiote intestinal module cette réponse. Certaines bactéries, telles que Akkermansia muciniphila ou Faecalibacterium prausnitzii, ont été associées à une meilleure réponse aux inhibiteurs de points de contrôle immunitaire [3-6].

Nous avons analysé les résultats d’une étude clinique combinant une immunothérapie par anticorps anti-PDL1 et l’irradiation focalisée « stéréotaxique » de certaines métastases chez des patients avec différents cancers [7, 8]. Des analyses métagénomiques et métabolomiques du microbiote intestinal et du sérum ont été réalisées [9]. Nous avons d’abord constaté que les patients qui survivaient longtemps présentaient un microbiote intestinal caractéristique. La présence dominante de Christensenella minuta était corrélée avec une réponse favorable, prolongée à l’immunothérapie. Nous avons ensuite voulu évaluer si une irradiation de l’habitat du microbiote intestinal, à distance du site tumoral, pouvait influer sur la réponse immunitaire. À l’origine, l’intestin n’était pas ciblé, mais recevait parfois, lors de l’irradiation des métastases, une irradiation incidente à faible dose. Nous avons donc exploré les effets de l’irradiation intestinale à faible dose. Étonnamment, parmi les 32 patients analysés, ceux ayant reçu cette irradiation intestinale à faible dose présentaient un taux de survie à 24 mois de 38 %, contre seulement 5 % pour ceux qui ne l’avaient pas reçue. Ce constat a été validé indépendamment dans sept autres groupes de patients atteints de cancer métastatique. Les patients répondeurs à l’immunothérapie combinée à l’irradiation intestinale à faible dose présentaient aussi une abondance accrue de Christensenella minuta.

Des expériences menées chez des souris porteuses de tumeurs (du côlon MC38 ou mammaires) ont confirmé ce résultat. L’irradiation intestinale à faible dose ou l’immunothérapie utilisées seules étaient peu efficaces, mais leur combinaison, à la dose d’irradiation de 1 Gy, a permis la guérison de 30 % des animaux. Des doses d’irradiation plus fortes (4 Gy) ou plus faibles (0,25 Gy) étaient inefficaces, suggérant une fenêtre optimale de dose pouvant induire une réponse immunitaire. Chez des souris « humanisées » avec des microbiotes de patients, seuls les microbiotes riches en C. minuta permettaient cette synergie thérapeutique. Sur le plan mécanistique, l’irradiation intestinale à faible dose (1 Gy) favorisait la migration de cellules dendritiques (mregDC PD-L1+) des ganglions lymphatiques mésentériques vers les ganglions drainant la tumeur, amplifiant la réponse antitumorale des lymphocytes T CD8+ sous immunothérapie. Une telle irradiation intestinale stimulait aussi la production de métabolites immunogènes, comme certains acides biliaires secondaires, et limitait l’accumulation de lactate, un inhibiteur de l’immunité. La présence de C. minuta amplifiait ces effets.

En se fondant sur les résultats obtenus chez la souris, un essai clinique de phase 2 (ILDR-01) a évalué les résultats de l’irradiation intestinale à faible dose chez 10 patients atteints de tumeurs solides métastatiques, tous en situation d’échec d’une immunothérapie. Tous ont reçu une irradiation intestinale de 1 Gy, suivie d’au moins un cycle de l’immunothérapie qu’ils avaient reçue précédemment : 2 patients ont présenté une réponse partielle à cette immunothérapie et 5 une stabilisation prolongée.

Ainsi, une irradiation modérée de l’intestin semble potentialiser les effets de l’immunothérapie, en particulier lorsque le microbiote intestinal est favorable. Une telle irradiation pourrait influencer le dialogue immuno-métabolique local et systémique via la modulation du microbiote intestinal et la stimulation de cellules dendritiques et de la réponse immunitaire impliquant les lymphocytes T CD8+ (Figure 1). Ces travaux ouvrent une voie originale pour contourner la résistance à l’immunothérapie : agir à distance sur l’écosystème intestinal pour stimuler l’immunité antitumorale. Cependant, plusieurs questions attendent une réponse. Quelle dose optimale d’irradiation utiliser et quel volume intestinal cibler ? Peut-on moduler le microbiote intestinal avant le traitement ? Des essais cliniques à plus grande échelle, intégrant l’analyse du microbiote intestinal, sont désormais nécessaires. Ils permettront peut-être, demain, d’optimiser les immunothérapies grâce à l’irradiation intestinale à faible dose [10].

thumbnail Figure 1.

Mécanisme proposé pour l’effet thérapeutique bénéfique de l’irradiation intestinale à faible dose dans les cancers métastatiques. L’irradiation intestinale à faible dose module le microbiote intestinal, favorise la migration de cellules dendritiques vers les ganglions lymphatiques tumoraux, et potentialise l’action des lymphocytes T cytotoxiques en synergie avec l’immunothérapie par anticorps anti-PD-L1.

Liens d’intérêt

Les auteurs déclarent n’avoir aucun lien d’intérêt concernant les données publiées dans cet article.

Références

  1. Levy A, Massard C, Michiels S, Deutsch E. Innovative, early-phase clinical trials of drug-radiotherapy combinations. Lancet Oncol 2025 ; 26 : e190-e202. [Google Scholar]
  2. Deutsch E, Levy A. Eradicating gross tumor disease: a prerequisite for efficient radioimmunotherapy? J Natl Cancer Inst 2024 ; 116 : 1008-11. [Google Scholar]
  3. Zitvogel L, Derosa L, Routy B, et al. Impact of the ONCOBIOME network in cancer microbiome research. Nat Med 2025 ; 31 : 1085-98. [Google Scholar]
  4. Routy B, Le Chatelier E, Derosa L, et al. Science 2018 ; 359 : 91-7. [Google Scholar]
  5. Derosa L, Routy B, Thomas AM, et al. Intestinal Akkermansia muciniphila predicts clinical response to PD-1 blockade in patients with advanced non-small-cell lung cancer. Nat Med 2022 ; 28 : 315-24. [Google Scholar]
  6. Routy B, Lenehan JG, Miller WH Jr, et al. Fecal microbiota transplantation plus anti-PD-1 immunotherapy in advanced melanoma: a phase I trial. Nat Med 2023 ; 29 : 2121-32. [Google Scholar]
  7. Levy A, Morel D, Texier M, et al. An international phase II trial and immune profiling of SBRT and atezolizumab in advanced pretreated colorectal cancer. Mol Cancer 2024 ; 23 : 61. [Google Scholar]
  8. Levy A, Morel D, Texier M, et al. Monocyte-lineage tumor infiltration predicts immunoradiotherapy response in advanced pretreated soft-tissue sarcoma: phase 2 trial results. Signal Transduct Target Ther 2025 ; 10 : 103. [Google Scholar]
  9. Chen J, Levy A, Tian AL, et al. Low-dose irradiation of the gut improves the efficacy of PD-L1 blockade in metastatic cancer patients. Cancer Cell 2025 ; 43 : 361-79.e10. [Google Scholar]
  10. Chen J, Deutsch E, Kroemer G, et al. The microbiota in radiotherapy-induced cancer immunosurveillance. Nat Rev Clin Oncol 2025 ; 22 : 667-79. [Google Scholar]

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Liste des figures

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Mécanisme proposé pour l’effet thérapeutique bénéfique de l’irradiation intestinale à faible dose dans les cancers métastatiques. L’irradiation intestinale à faible dose module le microbiote intestinal, favorise la migration de cellules dendritiques vers les ganglions lymphatiques tumoraux, et potentialise l’action des lymphocytes T cytotoxiques en synergie avec l’immunothérapie par anticorps anti-PD-L1.

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