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Med Sci (Paris)
Volume 41, Number 10, Octobre 2025
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| Page(s) | 782 - 782 | |
| Section | Forum | |
| DOI | https://doi.org/10.1051/medsci/2025168 | |
| Published online | 19 November 2025 | |
Quand la science devient cible
When science becomes a target
Équipe pédagogique éthique, déontologie et intégrité scientifique (EPEDIS) Université Paris Cité, UFR des sciences fondamentales et biomédicales Campus Saint-Germain-des-Prés, Paris, France

Vignette (© Institut Pasteur).
Le bombardement de l’Institut Weizmann en juin 2025 a rappelé une évidence troublante : les scientifiques et leurs laboratoires ne bénéficient d’aucune protection spécifique en temps de guerre. Les Conventions de Genève reconnaissent un statut particulier aux soignants et aux journalistes, mais pas aux chercheurs. Un institut de recherche, même lorsqu’il héberge des travaux vitaux en cancérologie, immunologie ou biologie du développement, reste un bien civil parmi d’autres. Sa destruction, si elle n’est pas accompagnée de pertes humaines, n’entre pas dans la catégorie des crimes de guerre définis.
Ce vide juridique n’est pas théorique. L’histoire récente l’a démontré avec force : l’incendie de la Bibliothèque nationale et de l’Institut d’histoire à Bagdad en 2003 a effacé des siècles de mémoire scientifique et culturelle ; le siège de Sarajevo dans les années 1990 a réduit en cendres l’Université et ses collections uniques ; plus près de nous, les bombardements en Ukraine ont frappé des universités et des centres de recherche. Chaque fois, au-delà des pierres et des équipements, c’est une part du patrimoine scientifique mondial qui disparaît, et avec elle des décennies de travail collectif.
Cette lacune a des conséquences directes : pertes irréversibles de collections biologiques et de modèles expérimentaux, interruption de programmes internationaux, précarisation des chercheurs contraints à l’exil. La science, pourtant bien commun de l’humanité, est laissée sans statut propre, vulnérable aux logiques militaires.
Certes, la recherche est ambivalente : elle peut être détournée à des fins militaires. C’est cette dualité qui explique en partie son absence de reconnaissance. Mais refuser d’affirmer sa valeur universelle revient à banaliser sa destruction. De même que les Conventions de La Haye ont consacré la protection des biens culturels, il est temps d’imaginer un cadre analogue pour les institutions scientifiques civiles.
Le cas Weizmann doit être un déclencheur : au xxie siècle, la science est devenue une cible. Si nous n’agissons pas, d’autres lieux de savoir connaîtront le même sort, perdus dans le fracas des guerres comme si la destruction de connaissance n’était qu’un dommage collatéral.
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