| Issue |
Med Sci (Paris)
Volume 41, Number 10, Octobre 2025
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|---|---|---|
| Page(s) | 753 - 759 | |
| Section | M/S Revues | |
| DOI | https://doi.org/10.1051/medsci/2025141 | |
| Published online | 19 November 2025 | |
Libération sélective et contrôlée d’agents thérapeutiques à base de ruthénium : une arme ciblée contre le cancer de l’ovaire
Selective, controlled release of ruthenium-based therapeutic agents: a targeted weapon against ovarian cancer
1
Chimie ParisTech, Université PSL, CNRS, Institut de chimie pour les sciences de la vie et de la santé (UMR 8060), Paris, France
2
Département de recherche translationnelle, Laboratoire d’investigation préclinique, Université PSL, Institut Curie, Paris, France
3
Département d’oncologie médicale, Institut Curie, Paris, France
4
Chimie ParisTech, Université PSL, CNRS, Institut de Recherche de Chimie Paris (UMR 8247), Paris, France
a axia.marlin@chimieparistech.psl.eu
b didier.decaudin@curie.fr
c christophe.thomas@chimieparistech.psl.eu
d gilles.gasser@chimieparistech.psl.eu
Le carcinome séreux de haut grade représente la forme la plus agressive et la plus fréquente du cancer de l’ovaire. Il est caractérisé par une forte hétérogénéité génétique, une résistance aux chimiothérapies conventionnelles basées sur l’utilisation de complexes de platine, et présente un pronostic souvent défavorable. Face à ces défis thérapeutiques, les complexes polypyridyles de ruthénium (Ru) apparaissent comme une alternative prometteuse aux composés à base de platine. En effet, dotés de propriétés physico-chimiques uniques, ces complexes présentent une activité anticancéreuse significative tout en affichant une toxicité réduite pour les cellules saines. Leurs mécanismes d’action, encore en cours d’élucidation, incluent l’induction de stress oxydant, la perturbation de la fonction mitochondriale et l’intercalation dans l’ADN. L’encapsulation covalente de ces complexes dans des nanovecteurs polymériques constitue une stratégie innovante permettant d’améliorer leur solubilité, leur stabilité in vivo et leur distribution ciblée vers les cellules tumorales. Cet article revient sur les principales caractéristiques des complexes polypyridyles1 de ruthénium Ru développés dans nos laboratoires et met en lumière nos résultats précliniques encourageants concernant le développement d’une méthode originale d’encapsulation covalente de ces complexes.
Abstract
High-grade serous carcinoma is the most aggressive and prevalent form of ovarian cancer. It is characterized by high genetic heterogeneity, resistance to conventional chemotherapies, and generally poor prognosis. In response to these therapeutic challenges, ruthenium polypyridyl complexes have emerged as a promising alternative to platinum-based compounds. These complexes possess unique physicochemical properties and demonstrate significant anticancer activity while exhibiting reduced toxicity to healthy cells. Their mechanisms of action are still under investigation and include the induction of oxidative stress, the disruption of mitochondrial function, and the intercalation of DNA. Covalent encapsulation of these complexes in polymeric nanovectors enhances their solubility, in vivo stability, and targeted delivery to tumor cells, representing an innovative strategy.
This article presents the main features of the polypyridyl ruthenium complexes developed by our research group and highlights our promising preclinical results regarding the development of an novel covalent encapsulation method for these complexes.
Les polypyridyles sont une grande famille de ligands dérivées de la pyridine qui possèdent plusieurs atomes d’azote donneurs qui se coordinent aux metaux tels que le Ru. Ainsi ils donnent des complexes aux propriétés redox et photophysiques riches telles que fortes absorptions dans le visible et réactivité photo-redox utile.
© 2025 médecine/sciences – Inserm
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Vignette (© G. Gasser).
Chimie inorganique médicinale et cancer de l’ovaire : du cisplatine aux complexes de ruthénium
Contexte clinique et thérapeutique
Le cancer de l’ovaire est une tumeur maligne de l’appareil reproducteur féminin. Il constitue la septième cause de cancer la plus fréquente chez les femmes dans le monde, et la huitième cause de mortalité liée au cancer [1]. Parmi les différentes formes de tumeurs ovariennes, le cancer épithélial représente la forme la plus courante et la plus létale, totalisant environ 95 % des cas. Parmi les sous-types histologiques de ces cancers épithéliaux, le carcinome séreux de haut grade est largement prédominant, représentant à lui seul près de 80 % des cas, avec environ 5 000 nouveaux cas par an en France [2–4]. Ce sous-type se caractérise par une agressivité clinique marquée, une évolution rapide, et une tendance à être diagnostiqué à un stade avancé, généralement avec une dissémination péritonéale dès la découverte de la maladie. Le carcinome séreux de haut grade trouve principalement son origine dans l’épithélium tubaire distal, en particulier les cellules des fimbriae des trompes de Fallope2. Le pronostic de cette maladie reste défavorable, avec un taux de survie à cinq ans inférieur à 50 % [5]. Dans ce contexte, les efforts de recherche se concentrent sur le développement de stratégies innovantes, à la fois pour la détection précoce de la maladie et pour l’élaboration de traitements personnalisés. C’est dans cette dynamique que la chimie inorganique médicinale, une discipline à l’interface entre la chimie minérale et la chimie médicinale traditionnelle, a émergé au cours des dernières décennies comme un domaine particulièrement prometteur [6–8]. Les ions métalliques, notamment les métaux de transition3, présentent des propriétés physico-chimiques uniques, telles que des états d’oxydation multiples, des géométries de coordination variées ou encore des réactivités spécifiques, qui ouvrent la voie à des mécanismes d’action inédits en oncologie. La découverte du cisplatine (Figure 1A) dans les années 1960 et son approbation par l’Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux (la Food and Drug Administration, FDA) en 1978, a marqué un tournant majeur dans l’utilisation thérapeutique des complexes métalliques. Ce composé agit par la formation de liaisons covalentes avec l’ADN, induisant des adduits4 inter- (minorité) et intra-brins (majorité), perturbant ainsi la réplication de l’ADN et déclenchant des voies de signalisation conduisant à la mort cellulaire, par nécrose ou apoptose [9, 10]. Malgré son rôle central dans les chimiothérapies de première ligne [un patient sur deux bénéficiant d’une chimiothérapie reçoit l’un des trois complexes de platine approuvés en France, (Figure 1A)], le cisplatine présente plusieurs limitations. Ses effets secondaires sont fréquents et sérieux. On peut inclure une néphrotoxicité et une neurotoxicité marquées, ainsi que des troubles gastro-intestinaux, une altération de la fertilité, des risques de réactions d’hypersensibilité et une toxicité hématologique commune à de nombreux agents cytotoxiques. En outre, son efficacité est souvent compromise par l’apparition de résistances cellulaires responsables de rechutes tumorales [11, 12].
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Figure 1. A. Structure de métallodrogues déjà utilisées en clinique. B. Structure des métallodrogues étudiés en essais cliniques. C. Complexes métalliques expérimentaux prometteurs. |
Métallodrogues à base de ruthénium
Dans ce contexte, les recherches se sont orientées vers des métallodrogues de nouvelle génération, notamment à base d’or (Au, auronafin, Figure 1A) [13], de ruthénium (Ru, NAMI-A ou BOLD-100, Figure 1B) [14, 15], de fer (Fe, ferrocifène, Figure 1C) [16, 17], d’osmium (Os) ou de rhodium (Rh, métallostaurosporine, Figure 1C) [18, 19]. Ces métallodrogues offrent la possibilité d’intervenir dans une large gamme de processus biologiques en aval, quels que soient les mécanismes mis en œuvre. Ainsi, plusieurs modes d’action peuvent être impliqués dans leur efficacité, ce qui contribue à améliorer l’efficacité du traitement [20, 21]. Les résultats prometteurs observés lors des essais cliniques de certains complexes de Ru, en particulier NAMI-A et BOLD-100 (Figure 1B) [22, 23] ont motivé de nombreux groupes de recherche à travers le monde à concevoir de nouvelles générations de ces composés [8, 24, 25].
De notre côté, nous nous sommes particulièrement intéressés à des complexes de RuII) à base de ligands polypyridyles5, bien connus pour leur pouvoir cytotoxique et leur potentiel en tant qu’agents chimiothérapeutiques. En particulier, nous avons conçu une nouvelle classe de complexes polypyridyles de Ru (Ru-sq), composée de deux ligands 4,7-diphenyl-1,10-phénanthroline et d’un ligand semiquinonate (Figure 2A). Le Ru-Sq fut le premier complexe à base de semiquinonate étudié en détail en tant que candidat anticancéreux [26]. La combinaison de Ru avec un ligand catécholate permet des mécanismes d’action complexes, incluant des interactions avec l’ADN et des organites comme les mitochondries. En effet, dans notre étude, le complexe s’est accumulé préférentiellement dans le noyau, causant des dommages à l’ADN, et a perturbé significativement le potentiel membranaire mitochondriale, induisant un stress oxydant nocif pour les cellules cancéreuses. Ce complexe, chargé positivement, est stable dans le plasma à 37 °C et présente une cytotoxicité supérieure à celle du cisplatine (4,00 ± 0,76 µm) sur des lignées de cellules ovariennes avec une IC50 (concentration inhibitrice médiane) de 0,47 ± 0,04 µm. In vitro, le complexe métallique inhibe significativement la croissance des sphéroïdes tumoraux multicellulaires après 13 jours de traitement à des doses de 20 et 25 µm (Figure 2B). Une efficacité partielle du Ru-sq a été observée in vivo, avec une réduction de la croissance tumorale et une prolongation de la survie des souris femelles consanguines porteuses de tumeurs ovariennes, à une dose de 15 mg/kg (Figures 2C et 2D).
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Figure 2. Complexe de Ru-sq, résultats in vitro et in vivo. A. Structure chimique du Ru-sq. B. Impact du Ru-sq sur la croissance des sphéroïdes tumoraux multicellulaires en fonction du temps. C. Impact du Ru-sq sur la taille des tumeurs en fonction du temps. D. Impact du Ru-sq sur la survie des souris porteurs de tumeurs ovariennes en fonction du temps. ©2020, Anna Notaro, Angelo Frei, Riccardo Rubbiani, et al. [26]. |
Cependant, l’administration intrapéritonéale du complexe Ru-sq s’est avérée sous-optimale en raison de sa faible solubilité. L’encapsulation covalente de ces complexes dans des nanostructures représente donc une stratégie prometteuse pour améliorer à la fois leur ciblage tumoral et leur profil pharmacocinétique [27, 28].
Cette revue débute par un rappel des propriétés physico-chimiques du ruthénium ainsi que des principaux mécanismes d’action de ses complexes. Elle présente ensuite une synthèse des caractéristiques structurales et des activités biologiques des complexes de Ru développés au sein de nos groupes. Enfin, la dernière partie met en avant notre stratégie d’encapsulation innovante, récemment mise au point, démontrant une efficacité prometteuse dans le traitement du carcinome séreux de haut grade.
Les complexes de ruthénium (II) en oncologie
Propriétés physico-chimiques et mécanismes d’action
Le ruthénium (Ru), élément du groupe 8 et de la période 5 du tableau périodique des éléments, présente un profil chimique particulièrement intéressant pour la conception de nouveaux agents anticancéreux. Il peut exister sous plusieurs états d’oxydation stables, notamment le Ru (II) et le Ru (III), ce qui offre une grande flexibilité dans la conception de complexes et permet une interaction avec l’environnement redox tumoral [29]. Les complexes de Ru (III) sont souvent mis à profit en tant que prodrogues dans des conditions biologiques spécifiques telles que l’hypoxie, où le Ru (III) est réduit en Ru (II), forme toxique [30, 31]. La géométrie octaédrique des complexes de Ru (II)/Ru (III) permet une grande diversité de ligands, qui ouvre la voie à des stratégies de vectorisation ou d’activation conditionnelle, et qui permet un contrôle spatial précis de la libération des ligands pour favoriser les interactions avec l’ADN et les protéines cibles.
Les complexes de Ru (II) exercent leur activité antitumorale directement, selon divers mécanismes, dépendant de leur structure. Ces mécanismes impliquent généralement l’ADN, les voies mitochondriales ou les cellules du réticulum endoplasmique. Certains complexes de Ru s’intercalent dans l’ADN ou se lient à ses bases par des liaisons covalentes, perturbant ainsi la réplication et la transcription de l’ADN, ce qui induit des cassures double brin. Cela active la voie de signalisation de la réponse aux dommages de l’ADN, qui entraîne l’arrêt du cycle cellulaire et l’apoptose [32, 33]. D’autres complexes de Ru (II), chargés positivement, s’accumulent dans les mitochondries en raison de la charge négative de la membrane mitochondriale interne [34–37]. Cette accumulation provoque une dépolarisation rapide de la membrane et la mort des cellules par nécrose. Par ailleurs, les protéines du sang, telles que l’albumine, participent également au mécanisme d’action des complexes de Ru (II). Le ruthénium peut se lier à l’albumine, ce qui prolonge sa demi-vie dans l’organisme et favorise l’accumulation dans les tumeurs par l’effet EPR (enhanced permeability and retention) [38–40]. Enfin, le ruthénium forme des complexes stables avec des ligands donneurs d’azote tels que la bipyridine ou la phénanthroline. Les complexes de Ru (II) à base de ligands polypyridyles constituent ainsi une classe de composés largement utilisés, surtout en tant qu’agents de chimiothérapie.
Complexes de ruthénium polypyridyl-catécholate
Nos groupes de recherche se sont particulièrement intéressés à la combinaison des avantages des ligands polypyridyles avec ceux des ligands dioxo de type catéchol, également reconnus pour leur potentiel anticancéreux. Après les résultats prometteurs obtenus in vitro et in vivo avec le complexe Ru-sq, notamment sur des tumeurs ovariennes, plusieurs dérivés ont été synthétisés et étudiés afin d’établir une relation structure-activité pour cette classe de complexes de Ru-catécholate (Figure 3A) [26, 41]. Les catéchols choisis comportaient des groupements électrodonneurs ou électroattracteurs. Notre étude a permis de corréler l’état d’oxydation du ligand dioxo avec l’activité biologique du complexe. En effet, les complexes 1-4, portant des groupements électrodonneurs, sont chargés positivement et présentent une cytotoxicité significativement plus élevée que les complexes 5-6, qui possèdent des groupements électroattracteurs (Figure 3A). Parmi cette bibliothèque, le complexe 1, contenant un catéchol substitué par un groupement méthoxy, a démontré des propriétés biologiques remarquables in vitro avec une IC50 de 0,07 µM, soit 260 fois plus cytotoxique que le cisplatine (IC50 = 18 µM) sur les cellules ovariennes A2780 résistantes au platine. Ce complexe cible plusieurs structures cellulaires, notamment l’ADN et les mitochondries, comme l’ont confirmé les études in vitro et in vivo, renforçant ainsi son potentiel en tant qu’agent anticancéreux contre les tumeurs ovariennes. Cependant, le complexe 1 présente une faible solubilité dans l’eau. Pour pallier cette limitation, il a été formulé à l’aide de polysorbate 80, un surfactant non ionique déjà utilisé pour la formulation du docetaxel [42, 43]. Grâce à cette stratégie, le complexe 1 a pu être distribué dans l’organisme de souris saines de type Balb/c sans provoquer de toxicité aiguë (Figure 3B). La faible distribution dans le sang témoigne de la rapide clairance rénale et biliaire, favorisée par l’augmentation de la distribution du complexe dans l’intestin au cours du temps. Cette distribution représente une contrainte importante pour une application en oncologie, car la rétention du complexe se trouve limitée dans les tumeurs. D’autres stratégies de formulation sont donc nécessaires pour améliorer la solubilité et l’efficacité antitumorale de ces complexes.
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Figure 3. A. Structure chimique des complexes de Ru dioxo impliqués dans l’étude de structure activité. B. Biodistribution du complexe 1 dans les souris saines Balb/c. ©2020, Anna Notaro, Angelo Frei, Riccardo Rubbiani, et al. [26]. |
Complexes de Ru (II) conjugués de manière covalente à un polymère biodégradable
Méthodes d’encapsulation
Les polymères sont largement utilisés dans les systèmes nanoparticulaires conçus pour l’administration contrôlée de médicaments anticancéreux [44, 45]. Les nano-particules polymériques sont particulièrement attractives en raison de leur facilité de synthèse, de leur fonctionnalisation, de leur architecture adaptable, ainsi que de leur capacité à se dégrader en milieu biologique. Les polymères les plus couramment employés sont biodégradables, tels que le poly (D,L-lactide) ou le poly (D,L-glycolide), afin de réduire la toxicité in vivo et de moduler la cinétique de libération du médicament [46, 47]. Il existe deux principales méthodes d’encapsulation : 1) l’encapsulation physique sans liaison covalente entre l’entité encapsulée et le polymère encapsulant, et 2) l’encapsulation covalente avec formation d’un lien covalent entre la molécule encapsulée et le polymère [48]. Bien que l’encapsulation physique présente certains avantages, notamment la préservation de l’intégrité du complexe, elle comporte aussi des inconvénients majeurs. En l’absence de liaison chimique forte, le complexe peut s’échapper prématurément de la matrice, entraînant ainsi une libération non contrôlée et une perte d’efficacité thérapeutique. De plus, la quantité de complexe pouvant être chargée dans la nanoparticule est souvent limitée [49, 50].
Nanoparticules poly (D,L-lactide)-Ru
Dans cette optique, nos groupes de recherche ont développé une nouvelle stratégie d’incorporation d’un complexe de Ru (II) dans des nanoparticules polymériques, dans le cadre du traitement du carcinome séreux de haut grade (Figure 4A) [51]. Nous avons mis au point une méthode de polymérisation par ouverture de cycle du lactide, amorcée par un complexe de calcium, permettant d’encapsuler le complexe de Ru (II) dans la chaîne polymérique du poly (D,L-lactide) avec un taux d’encapsulation supérieur à 50 %, ce qui constitue une amélioration significative par rapport à nos systèmes précédents (Figure 4B) [52, 53]. Cette approche « one-pot » se distingue par sa simplicité, ne nécessitant pas d’étapes de purification complexes : une précipitation suivie de quelques lavages suffit à obtenir les conjugués Ru-polymère purs, avec différentes masses molaires (2, 4, 7,5 et 11 kDa). Après nanoprécipitation, les conjugués Ru-polymères ont permis la formation de nanoparticules (NP1-NP4) d’environ 110 nm, avec une capacité d’encapsulation allant jusqu’à 68 % en masse de complexe de Ru (II).
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Figure 4. A. Stratégie d’encapsulation développée dans nos groupes de recherche. B. Structure chimique des réactifs utilisés et des conjugués obtenus au laboratoire. |
Les tests in vitro réalisés sur des cellules ovariennes A2780 ont montré une accumulation intracellulaire nettement supérieure à celle du complexe libre. La libération des nanoparticules est contrôlée et peut être ajustée en modifiant la taille de la chaîne de polymère (Figure 5A). Outre une excellente tolérance clinique observée chez la souris, l’efficacité de notre approche a été confirmée in vivo sur des modèles murins xénogreffés avec des tumeurs ovariennes d’adénocarcinome séreux (OV54) dérivées de patientes. La pharmacocinétique et la distribution du complexe de Ru (II) sont significativement améliorées. En effet, l’accumulation tumorale des nanoparticules est multipliée par 18 par rapport au complexe de Ru non conjugué, tout en réduisant leur présence dans les organes vitaux tels que le cerveau, les poumons, le foie et les reins (Figure 5B).
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Figure 5. A. Profil cinétique de la libération des nanoparticules NP1-NP4 au cours du temps. B. Quantité de Ru dans les tumeurs et les organes vitaux pour NP3 (7,5 kDa de Ru-PLA). © 2023 João P. M. António, Albert Gandioso, Fariba Nemati, Nancy Soliman, Robin Vinck, Fan Sun, Carine Robert, Pierre Burckel, Didier Decaudin, Christophe M. Thomas et Gilles Gasser ; disponible sur https://doi.org/10.1039/D2SC05693C |
Conclusion
Le carcinome séreux de haut grade demeure un enjeu majeur de santé publique en raison de son agressivité et de son pronostic défavorable. Malgré l’efficacité initiale des chimiothérapies à base de complexes de platine, leurs effets secondaires importants limitent leur succès thérapeutique à long terme. Dans ce contexte, les complexes à base de ruthénium (Ru) suscitent un intérêt croissant en raison de leurs propriétés physico-chimiques uniques et de leurs modes d’action multiples. En particulier, les complexes de Ru (II) à base de ligands dioxo, développés au sein de nos groupes ont démontré une cytotoxicité marquée sur des lignées cellulaires de carcinome séreux de haut grade, une efficacité in vivo avérée, ainsi qu’une capacité à cibler simultanément le noyau et les mitochondries. Pour surmonter les problèmes de solubilité et améliorer la biodistribution, nous avons mis en place une stratégie simple et efficace reposant sur l’utilisation de polymères biocompatibles et biodégradables, permettant la formation de nanoparticules à base de complexes de Ru. Ces nanoparticules favorisent l’accumulation du complexe dans les tissus tumoraux et améliorent son profil pharmacocinétique. L’ensemble de nos travaux illustre le potentiel des complexes de ruthénium en tant qu’agents thérapeutiques innovants et souligne la nécessité de poursuivre les efforts en vue de leur développement préclinique et clinique dans le traitement du carcinome séreux de haut grade.
Liens d’intérêt
G.G. est co-propriétaire d’un brevet protégeant l’activité de composés discutés dans cette revue. Les auteurs déclarent n’avoir aucun lien d’intérêt concernant les données publiées dans cet article.
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Les polypyridyles sont une grande famille de ligands dérivées de la pyridine qui possèdent plusieurs atomes d’azote donneurs qui se coordinent aux metaux tels que le Ru. Ainsi ils donnent des complexes aux propriétés redox et photophysiques riches telles que fortes absorptions dans le visible et réactivité photo-redox utile.
Les fimbriae de la trompe utérine, aussi connus sous le nom fimbriae tubae, sont de petites saillies en forme de doigts à l’extrémité des trompes de Fallope, à travers lesquelles les ovules se déplacent des ovaires vers l’utérus. Les cellules des fimbriae des trompes de Fallope sont de petites cellules épithéliales avec de petits cils minces qui pulsent à l’intérieur des trompes de Fallope pour guider l’ovule de l’ovaire à l’utérus (ndlr).
Les métaux de transition sont des éléments chimiques situés dans la partie centrale du tableau périodique. Ils sont caractérisés par leur capacité à former des ions avec des charges multiples et à présenter des propriétés aussi bien magnétiques que catalytiques importantes. Leurs atomes ont des électrons qui peuvent former des liaisons métalliques avec d’autres atomes. Cette définition inclut des éléments tels que le fer, le cuivre, le nickel, le zinc et le titane. Les métaux de transition sont utilisés dans une grande variété de domaines tels que la production d’acier, la catalyse, l’électronique, les pigments et les bijoux. Leur capacité à former des liaisons avec d’autres atomes leur permet également d’agir comme des catalyseurs dans des réactions chimiques. Cette caractéristique les rend utiles dans de nombreux processus industriels (ndlr).
Les adduits sont des modifications chimiques de l’ADN ou des composés résultant de la réaction de deux entités moléculaires. En biologie, ils indiquent des modifications pouvant entraîner des mutations et sont utilisés comme indicateurs d’exposition à des agents carcinogènes. En chimie, ils désignent des produits issus de la combinaison directe de deux molécules sans modification fondamentale de leur structure (ndlr).
Liste des figures
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Figure 1. A. Structure de métallodrogues déjà utilisées en clinique. B. Structure des métallodrogues étudiés en essais cliniques. C. Complexes métalliques expérimentaux prometteurs. |
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Figure 2. Complexe de Ru-sq, résultats in vitro et in vivo. A. Structure chimique du Ru-sq. B. Impact du Ru-sq sur la croissance des sphéroïdes tumoraux multicellulaires en fonction du temps. C. Impact du Ru-sq sur la taille des tumeurs en fonction du temps. D. Impact du Ru-sq sur la survie des souris porteurs de tumeurs ovariennes en fonction du temps. ©2020, Anna Notaro, Angelo Frei, Riccardo Rubbiani, et al. [26]. |
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Figure 3. A. Structure chimique des complexes de Ru dioxo impliqués dans l’étude de structure activité. B. Biodistribution du complexe 1 dans les souris saines Balb/c. ©2020, Anna Notaro, Angelo Frei, Riccardo Rubbiani, et al. [26]. |
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Figure 4. A. Stratégie d’encapsulation développée dans nos groupes de recherche. B. Structure chimique des réactifs utilisés et des conjugués obtenus au laboratoire. |
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Figure 5. A. Profil cinétique de la libération des nanoparticules NP1-NP4 au cours du temps. B. Quantité de Ru dans les tumeurs et les organes vitaux pour NP3 (7,5 kDa de Ru-PLA). © 2023 João P. M. António, Albert Gandioso, Fariba Nemati, Nancy Soliman, Robin Vinck, Fan Sun, Carine Robert, Pierre Burckel, Didier Decaudin, Christophe M. Thomas et Gilles Gasser ; disponible sur https://doi.org/10.1039/D2SC05693C |
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