Open Access
Issue
Med Sci (Paris)
Volume 36, Number 5, Mai 2020
Page(s) 524 - 524
Section Forum
DOI https://doi.org/10.1051/medsci/2020082
Published online 26 May 2020

La sage-femme, un métier en voie de disparition ? L’appellation, attestée dès 1212, désigne une femme « savante », experte des accouchements. Telle est en tout cas la définition de l’Académie française en 1694 : « celle dont le métier est d’accoucher les femmes. » Leurs revendications actuelles suggèrent-elles la clôture d’un cycle qui les institua professionnelles de l’accouchement, détrônant les matrones qui, depuis le fond des âges, prêtaient secours aux parturientes ?

C’est cette histoire, du décret de ventôse 1803 aux lois de 1917, que Nathalie Sage-Prouchère reconstitue pour la France à partir d’archives départementales et nationales minutieusement inventoriées [1]. Elle suit les méandres d’une administration tiraillée entre des objectifs contradictoires, par exemple encourager les initiatives locales pour la formation et maintenir le centralisme parisien, face à un vrai problème : la mortalité maternelle et infantile persistante.

Tout au long du XIXe siècle, la même préoccupation des pouvoirs publics transparaît : maintenir la subordination de la sage-femme au chirurgien et des femmes aux hommes… Suspectes, en raison de leur familiarité avec les choses du sexe et de la vie, en même temps que détentrices d’un savoir en pleine évolution qui élargit leurs compétences au-delà de l’accouchement, à la gynécologie et à la pédiatrie, les sages-femmes ont connu, au cours du XIXe siècle, une lente ascension sociale, comparable à celle des institutrices. La loi de 1892, abolissant les officiers de santé, les consacrait enfin comme un corps professionnel apportant le progrès médical au fin fond des campagnes où elles étaient seules à exercer désormais.

Cette histoire passionnante, scientifique et sociale, aurait évidemment gagné à une comparaison internationale qui nous manque. Par ailleurs, sans être complètement muettes, les sages-femmes n’ont pas laissé autant de mémoires et de témoignages sur le contenu et les méthodes de l’enseignement, et surtout sur les péripéties de leur vécu, que les médecins.

Aujourd’hui, dans leur majorité, les sages-femmes se refusent en France à troquer leur appellation historique pour un titre plus technique et revendiquent comme une urgence l’amélioration de leur salaire et de leurs conditions d’exercice. Ailleurs, comme au Maghreb, elles se plaignent d’être désormais la cible facile de poursuites ou même de vengeances après un accouchement qui tourne mal, pourtant sans responsabilité de leur part. Après tant de batailles pour la professionnalisation de la sage-femme, allons-nous assister à sa mort programmée ?

Les sages-femmes ont désormais du mal, en effet, à voir définir leur territoire de compétence et de responsabilité. Il leur reste, face au machisme latent des interlocuteurs, à revendiquer la poursuite de leur trajectoire, avec l’aide des hommes qui ont rejoint leurs rangs. Ils s’appellent, eux – mais le public le sait-il ? – maïeuticiens. Avec un clin d’œil à Socrate, inventeur de la maïeutique, l’art d’accoucher… les esprits et dont la mère, dit-on, était accoucheuse.

Liens d’intérêt

L’auteure déclare n’avoir aucun lien d’intérêt concernant les données publiées dans cet article.

Références

  1. Sage Pranchère N. L’école des sages-femmes. Naissance d’un corps professionnel 1786–1917. Tours : Presses Universitaires François-Rabelais de Tours, 2017. [Google Scholar]

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