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Editorial
Numéro
Med Sci (Paris)
Volume 34, Numéro 5, Mai 2018
Page(s) 375 - 376
Section Éditorial
DOI https://doi.org/10.1051/medsci/20183405001
Publié en ligne 13 juin 2018

La médecine de « demain » nécessite de former les futurs acteurs de soins : médecins, pharmaciens, dentistes, maïeuticiens et métiers de la santé, dans la perspective d’une évolution maîtrisée des connaissances et de nos compétences. L’optimisation des soins est liée à la qualité de notre recherche et donc, de nos innovations biomédicales. Pour cela, il faut que nous soyons capables de former avec créativité nos jeunes « chercheurs-soignants », en particulier par l’original dispositif de double cursus médecine et sciences, qui permet, dès le 1er cycle, l’acquisition d’une double culture, médicale et scientifique.

Ce double cursus répond à l’ambition de nos jeunes étudiants, qui souhaitent se former le plus précocement possible à la recherche. Ils pourront, tout en poursuivant leur formation médicale, se sensibiliser à la démarche scientifique dans nos laboratoires de recherche. Ainsi, ils pourront se préparer à être, demain, l’élite de notre recherche médicale qui pourra s’appuyer sur tous les points forts de notre système de soins et de recherche pour faire face à la compétition internationale.

La recherche en santé a la particularité de ne pouvoir se concevoir qu’en mélangeant une culture scientifique, caractérisée par un savoir-faire méthodologique précis, avec une curiosité clinique, qui incite à se poser des questions pertinentes capables de faire progresser l’innovation en santé. Le métier de « médecin-chercheur » est une vraie originalité que le système français, par son statut hospitalo-universitaire et ses structures intégrant soins et recherche, permet de promouvoir - en collaboration avec nos EPST, en premier lieu l’Inserm.

L’avenir, pour nos jeunes étudiants, est certainement d’avoir accès à des doubles, voire des triples formations initiales, qui leur permettront au cours de la vie de se réorienter en fonction des besoins et de leurs souhaits. Le cursus médecine et sciences, qui combine deux compétences de haut niveau, autorise cette flexibilité, mais d’autres doubles cursus comme, par exemple, médecine et sciences politiques ou d’autres formations innovantes (biomathématiciens et bio-informaticiens) permettront aussi d’aller dans ce sens.

Le double cursus médecine et sciences va nous permettre d’« enrichir » nos unités de recherche en accueillant de jeunes médecins et pharmaciens et, à terme, d’autres métiers de la santé, ce qui permettra un « décloisonnement » du soin et de la recherche au profit de tous. Ce décloisonnement est fondamental, car soins et recherche exercent une symbiose associative particulièrement vertueuse.

La recherche et l’innovation sont des facteurs d’attractivité et d’optimisation de la qualité des soins. L’impact positif de la recherche peut se mesurer par la qualité des hommes et des femmes qu’elle forme, car elle leur permet d’acquérir rigueur méthodologique et visions moderne et interactive du monde. La recherche n’a pas de frontière. Par essence, elle doit répondre à des questions universelles que tout médecin-chercheur doit se poser afin d’améliorer la santé des autres. Cette dimension humaniste de la recherche doit être bien affirmée dans nos institutions universitaires et hospitalières. C’est indiscutablement l’un des points forts de notre système, raison pour laquelle les facultés de santé « médecine, pharmacie, odontologie » et tous les autres métiers de la santé doivent s’allier pour « ré-universitariser » nos centres hospitalo-universitaires, en collaboration avec tous les partenaires (hôpitaux et médecins libéraux). C’est une vision ambitieuse, mais c’est certainement en rêvant le monde de demain que nous pourrons le changer un peu.

L’Association médecine-sciences-pharmacie (AMPS)1, qui réunit déjà en France plus de 300 jeunes étudiants motivés, a permis d’affirmer une nouvelle culture de formation à la recherche médicale. Cette association, qui rayonne déjà en Europe, assure avec un grand dynamisme la coordination de différentes actions, en collaboration avec les institutions et en particulier les doyens des facultés de santé. Elle exprime des questions pratiques qui touchent à la réalisation de ce double cursus au cours des 1er et 2e cycles d’étude, en particulier dans la perspective des épreuves classantes nationales (ECN).

L’enquête menée récemment par l’association met en exergue des difficultés, notamment dans l’aboutissement d’un projet professionnel « recherche », que les seules carrières hospitalo-universitaires ne suffiront pas à régler [1]. Il faut donc imaginer des adaptations organisationnelles et statutaires, avec une valence recherche affirmée en partie en post-internat. Cette enquête propose des mesures très intéressantes [1] qui devront être débattues, afin de rendre possibles des carrières « originales » qui enrichiront notre recherche médicale. Ces points nourrissent la réflexion d’une réforme attendue du 2e cycle, qui doit faciliter la réalisation de ces doubles cursus précoces extrêmement enrichissants. Il faut aussi « revisiter » le post DES (diplôme d’études spécialisées) et imaginer de nouveaux statuts permettant de renforcer la part universitaire du projet professionnel de nos étudiants qui souhaitent avoir une carrière de chercheurs, que ce soit dans une structure hospitalière ou, à terme, dans des structures ambulatoires de soins.

En complément, nous souhaitons aussi continuer à soutenir tous les projets qui permettent la formation à la recherche, en particulier par des stages d’initiation de courte durée au cours du 1er cycle, par le renforcement des années recherche (en cours de 3e cycle), et par des cursus plus approfondis, comme celui de chef de clinique ou d’assistant hospitalier de recherche. Cette formation doit préparer aux différents métiers de la recherche, que celle-ci soit fondamentale, translationnelle ou clinique. Cette séparation, tout à fait artificielle, n’a d’autre intérêt que de dessiner les champs d’une recherche en santé sans étanchéité. Dans ce continuum, au sein duquel un étudiant en santé peut « naviguer », il y a des domaines originaux, comme celui des soins premiers, qui est un des champs d’action privilégié de la médecine générale, mais aussi d’autres disciplines, comme la santé publique. Ainsi, nous souhaitons favoriser les projets professionnels de nos étudiants au profit d’une recherche française rénovée et ambitieuse.

C’est dans cette stratégie innovante et cohérente que la conférence des doyens de médecine va continuer à s’engager avec conviction, en affirmant son soutien à la formation à la recherche par toutes les actions que nous pourrons mener en association avec nos représentants étudiants et l’Association médecine-sciences-pharmacie. Nous remercions et félicitons cette association pour son formidable engagement. Il reste tant de choses à faire…

Avançons ensemble !

Liens d’intérêt

L’auteur déclare n’avoir aucun lien d’intérêt concernant les données publiées dans cet article.


Références

  1. Scherlinger M, Bienvenu Thomas CM, Piffoux M, Séguin P, au nom de l’Association médecine/pharmacie-sciences (AMPS). Les doubles cursus médecine-sciences en France : état des lieux et perspectives. Med Sci (Paris) 2018 ; 34 : 464–472. [CrossRef] [EDP Sciences] [PubMed] [Google Scholar]

© 2018 médecine/sciences – Inserm

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