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Numéro
Med Sci (Paris)
Volume 31, Numéro 6-7, Juin–Juillet 2015
Page(s) 696 - 698
Section Forum
DOI https://doi.org/10.1051/medsci/20153106000
Publié en ligne 7 juillet 2015

La recherche scientifique internationale est marquée par la prépondérance et l’essor continuel du nombre de publications et de journaux scientifiques de langue anglaise. L’accroissement du nombre de résultats a pour effet une dilution des messages importants et rend complexe l’extraction rapide et efficace des informations clés contenues dans les articles. Les chercheurs sont aujourd’hui évalués surtout sur leur capacité à publier dans des revues scientifiques présentant un facteur d’impact1 important. Cette méthode d’évaluation leur impose une augmentation de rendement, et ce, parfois, au détriment de la qualité et/ou de l’innovation scientifique. Comment la revue médecine/sciences (m/s) se positionne-t-elle face à ce marasme ? Quel est l’intérêt pour un scientifique ou un médecin francophone de publier encore dans m/s ?

médecine/sciences, une revue scientifique de bonne facture

médecine/sciences propose quatre formats de publication : les Brèves, les Nouvelles, les Synthèses et le Forum. Les Brèves apportent un éclairage précis sur un sujet de recherche récent, dans lesquelles les auteurs commentent et critiquent une sélection d’articles originaux, dans le but de dégager une problématique générale et de permettre une discussion intéressante. Les Nouvelles et les Synthèses se veulent plus complètes : articles de fond faisant le point sur un sujet de recherche, incluant différentes problématiques. Le Forum propose, en mettant en perspective des concepts récents, objets de débat, une réflexion novatrice sur un sujet.

Soumis à l’avis d’un comité de lecture exigeant, les articles de m/s permettent aux auteurs de partager leurs expertises, ainsi que leurs points de vue sur des nouveautés scientifiques. Publier dans m/s permet aux chercheurs et doit permettre aux doctorants et post-doctorants de partager avec leurs pairs les connaissances et les réflexions qu’ils ont sur un sujet, en prenant le recul nécessaire à l’exercice délicat de la recherche scientifique.

Pour les lecteurs, m/s constitue un outil de veille scientifique efficace sur les dernières avancées en médecine et sciences du vivant. Elle est accessible à un large public scientifique et médical, tout en restant rigoureuse et d’une grande richesse informationnelle. L’une des forces de la revue est d’apporter un éclairage scientifique de qualité sur de nombreux domaines, en abordant des problématiques tant conceptuelles que techniques. Elle s’inscrit ainsi parfaitement dans l’esprit pluridisciplinaire que les sciences biologiques et médicales revêtent de plus en plus ces dernières années.

Une revue francophone qui résiste à un anglais scientifique largement dominant

La domination de la langue anglaise dans la diffusion scientifique et médicale n’est plus à démontrer. Ce langage commun est nécessaire à la communauté internationale pour une diffusion large et efficace des savoirs. Cependant, contrairement à la richesse lexicale de la langue française qui permet d’argumenter efficacement, précisément, et avec davantage de nuances et de style, l’anglais scientifique est souvent lissé, le rendant fade et sans force. Écrire en Français permet de valoriser à travers le monde la francophonie et donc la culture francophone. À travers médecine/sciences, les chercheurs sont libres d’exprimer dans leur langue maternelle toutes les nuances de leurs pensées où qu’ils se trouvent, libérés de cette barrière représentée par la maîtrise de la langue anglaise.

À l’aire de la mondialisation, le choix assumé de la langue française pour publier des articles scientifiques peut cependant apparaître comme un frein au rayonnement de la revue. En effet, m/s se voit attribuer un facteur d’impact proche de zéro. Elle se montre donc moins attractive que les grands journaux « stars » anglophones, tels que Nature ou Science, par exemple.

À l’heure où les chercheurs français sont évalués injustement et presque exclusivement sur le facteur d’impact de leurs publications, quelle que soit leur spécialité, certains ne perçoivent pas, ou plus, l’intérêt de rédiger un article pour médecine/sciences. La légitimité de ce facteur d’impact pour établir la « rentabilité » des professionnels de la recherche scientifique est très controversée et critiquée. Néanmoins, ce paramètre reste difficile à contourner, tant il entre en compte dans l’organisation de la recherche scientifique au niveau mondial et, donc, dans la pratique du métier de la recherche. Ce système d’évaluation rendu incontournable, ainsi que le fait que les nouvelles générations de chercheurs soient de plus en plus « sensibles » à l’anglais, risquent d’être fortement délétères pour médecine/sciences. Celle-ci se doit d’évoluer dans ce contexte international, tout en restant fidèle à ses principes que sont sa qualité de plume francophone et son ouverture sur tous les sujets pertinents et d’actualité.

Une revue trop discrète dans les laboratoires

Lorsque médecine/sciences nous a proposé d’intervenir au cours du colloque anniversaire de ses 30 ans en mars dernier, deux d’entre nous n’avaient jamais lu la revue. Nous nous sommes donc interrogés sur sa visibilité dans le milieu étudiant. Nous avons réalisé un sondage auprès de laboratoires situés à Lyon, dont les thématiques de recherche sont abordées dans le journal. Sur la centaine de personnes ayant répondu à ce questionnaire, 70 % des chercheurs ou ingénieurs interrogés connaissent et lisent la revue épisodiquement. La plupart d’entre eux ont déjà, ou souhaiteraient, publier dans m/s et 90 % des chercheurs séniors conseilleraient à leurs étudiants d’écrire un article pour la revue.

Ces résultats sont très encourageants, mais cet enthousiasme est vite dissipé, lorsque l’on s’intéresse aux chercheurs juniors comme les doctorants. En effet, seulement 42 % d’entre eux connaissent le journal et 80 % n’ont jamais songé y rédiger un article, sans être néanmoins réfractaires à cette idée.

Il existe donc un réel potentiel de personnes prêtes à s’investir et à poursuivre l’aventure m/s. Cependant, ces chiffres soulèvent un problème majeur de communication que rencontre la revue : comment approcher ces personnes ?

Le sondage révèle qu’une solution, qui serait efficace et très simple, serait un accès facilité à la revue dans les unités de recherche. En effet, 85 % des personnes interrogées déclarent qu’elles feuilletteraient ou liraient la revue, si celle-ci était disponible au coin café de leur laboratoire, par exemple. La qualité graphique et la mise en page de la version papier de la revue, bien adaptées au feuilletage, sont en effet de véritables atouts que médecine/sciences doit continuer d’exploiter.

Un outil pédagogique puissant absent du milieu universitaire

D’après notre sondage, plus de la moitié des doctorants ne connaissent pas médecine/sciences et la plupart de ceux qui la lisent l’ont découverte dans leur laboratoire de recherche et non durant leur cursus universitaire. Cette méconnaissance de la revue s’explique en partie par son manque de visibilité au sein des universités, un secteur dans lequel la revue possède pourtant un potentiel indéniable de lecteurs. Présente dans les bibliothèques universitaires, mais noyée parmi d’autres publications, m/s ne bénéficie pas d’une grande visibilité.

Au cours de la formation universitaire, le passage de la licence au master est marquée par une transition brutale des cours magistraux et des manuels de références, qui sont majoritairement en langue française, aux articles originaux en langue anglaise.

médecine/sciences peut être l’outil pédagogique idéal pour préparer efficacement les étudiants à cette transition qui reste parfois délicate. Revue de synthèse, elle est une vraie source d’informations pour les étudiants qui souhaitent élargir leurs connaissances en biologie, approfondir certains sujets de cours, développer et éprouver leur esprit critique. L’analyse d’articles originaux rédigés en anglais reste bien sûr indispensable à la formation des « futurs » chercheurs. Cependant, nous estimons que la rédaction en langue française est un véritable atout pour leur compréhension des concepts et des idées, comme celle de la complexité de la science biomédicale aujourd’hui et pour le développement de leur sens critique, eux qui ne peuvent maîtriser parfaitement le langage anglais. Et ce problème linguistique limite l’accès à ces subtilités que seule peut offrir la langue maternelle.

S’imposer dès le premier cycle universitaire constitue donc un véritable défi pour médecine/sciences. Cela lui offrirait la possibilité d’approcher un lectorat dont les besoins d’approfondissement des connaissances peuvent être couverts par la revue. Pour les enseignants, elle représente un réel support de qualité pour préparer leurs cours. Cependant, seuls 25 % des professeurs ou maîtres de conférences des universités y recourent. Il est donc primordial de les inciter à utiliser, mais aussi à diffuser et recommander m/s à leurs étudiants.

Une revue qui peine à suivre la révolution numérique ?

La recherche scientifique et, plus récemment, l’enseignement n’ont pas été épargnés par la révolution numérique en pleine expansion et devenue incontournable. Le numérique permet l’accès à une quantité ­d’informations toujours plus importante et bouleverse les concepts de temps et d’espace, en permettant les échanges instantanés des informations à travers le monde. Pour perdurer, médecine/sciences doit s’adapter et en utiliser les outils performants. Si le format papier reste agréable à lire, le site internet proposé par la revue est, quant à lui, peu intuitif au regard des exigences actuelles. Il n’a pas pour vocation de remplacer la version papier, mais de la compléter. Les lecteurs n’utilisent pas les deux formats (papiers et numériques) de la même façon ni pour les mêmes raisons. Si le format papier doit être agréable à lire, le format numérique se doit d’être efficace et ergonomique. Le site de médecine/sciences possède de nombreux atouts, tel un moteur de recherche qui s’avère très efficace, avec la proposition d’articles regroupés sur un même sujet, ainsi que les statistiques qui sont propres à l’article. Néanmoins, l’ergonomie n’est clairement pas au rendez-vous.

Nous regrettons que médecine/sciences ne soit pas plus active dans le champ de la vidéo, format de plus en plus utilisé par l’enseignement académique. La revue n’en propose actuellement que deux qui comptabilisent moins de 150 vues cumulées sur YouTube. Nous assistons, depuis peu, à un essor très important de ces vidéos visibles sur internet, les initiatives privées étant largement dominantes. Du tutorat amateur que l’on trouve sur YouTube jusqu’aux MOOC (massive online open course) proposés par de grandes universités américaines, mais également françaises, en passant par des cours mis en ligne par de nombreuses entreprises de renforcement scolaire, la vidéo est un format qui devrait être de plus en plus utilisé pour la diffusion de connaissances. De nombreux clubs d’audiovisuel se développent dans différentes universités françaises et m/s aurait beaucoup à gagner à travailler avec eux.

Le numérique est également un outil très performant pour augmenter la visibilité d’un produit ou d’une information, surtout auprès des étudiants et des jeunes chercheurs. Plus qu’une simple mode, les réseaux sociaux font également partie du quotidien en termes de communication. Si médecine/sciences veut ouvrir son lectorat et séduire les futurs et donc jeunes chercheurs, elle se doit d’être présente et active sur ces réseaux. Encore faut-il trouver le bon réseau. Twitter, très utilisé dans l’instantané et l’événementiel par les journalistes et les politiques, n’est pas réellement adapté à la communication scientifique. Facebook semble plus propice à ce type de communication et nombre de journaux scientifiques possèdent leur propre page, afin de mettre en avant leurs derniers numéros et articles intéressants. L’utilisation maîtrisée des réseaux sociaux permet donc de créer une effervescence à partir d’une information, favorisant ainsi sa large diffusion. Une grande majorité d’associations et de promotions étudiantes sont présentes sur ce type de réseau. Cela permettrait à m/s de cibler directement un lectorat potentiel.

Pour survivre dans ce monde virtuel et impitoyable des réseaux sociaux, il est nécessaire d’être actif et innovant. Des événements comme des concours de rédaction d’articles par des étudiants, menés en partenariat avec les universités, pourraient insuffler cet élan de développement numérique.

Pour conclure

Nous souhaitons reprendre et faire écho aux propos de Philippe Lazar lors du colloque des 30 ans de médecine/sciences, que nous rapportons ici : « La revue incarne des valeurs de résistance et de liberté au sein de la communauté scientifique contre une anglophonie dominante et destructrice qui impose ses lois et lisse la pensée scientifique. Publier dans m/s, c’est valoriser la francophonie, mais aussi défendre la recherche française. Toutefois, il est nécessaire d’avancer et d’évoluer avec les nouvelles technologies afin d’attirer les futurs chercheurs qui permettront de faire perdurer médecine/sciences. »

Liens d’intérêt

Les auteurs déclarent n’avoir aucun lien d’intérêt concernant les données publiées dans cet article.


1

Le facteur d’impact, mis en place par l’Institute for Scientific Information (ISI), est un indicateur de l’audience des revues. Il est basé sur les citations des articles qu’elles contiennent. Il s’agit, pour une année n, du rapport entre le nombre de citations d’articles publiés dans une revue au cours des deux années n-1 et n-2 et le nombre d’articles publiés dans la même revue au cours de ces deux mêmes années. Un classement est établi par thématique scientifique et un rang est attribué à chacune des revues.


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