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Numéro
Med Sci (Paris)
Volume 26, Numéro 1, Janvier 2010
Page(s) 105 - 106
Section Forum
DOI https://doi.org/10.1051/medsci/2010261105
Publié en ligne 15 janvier 2010

Il est toujours précieux de disposer d’un journal en temps de peste, qu’il soit écrit par des contemporains de l’épidémie ou fasse l’objet plus tard d’une reconstitution historique.

Ce journal a été écrit à quatre mains par Antoine Flahault, directeur de l’École des Hautes études en santé publique et Jean-Yves Nau, spécialisé au Monde dans les questions médicales [1]. Il avait une autre vocation que d’évoquer un suspense romanesque, celle, scientifique, de confronter le point de vue d’un épidémiologiste et celui d’un journaliste, face aux cahots de l’épidémie. L’un comme l’autre suit donc parallèlement les aventures du virus et les fluctuations des chiffres, morbidité et mortalité, d’un pays à l’autre à travers le monde, et les communiqués émis régulièrement par différentes instances, des plus autorisées (« experts ») aux plus politiques (ministres et porte-parole de partis) : bref, le virus, ce qu’on en sait, et ce qu’on en dit.

Le Journal est rédigé avec une certaine sécheresse et ne comporte que peu d’éléments pittoresques ou même d’analyses socioculturelles détaillées. Il est surtout centré sur une réalité biologique qui se dérobe : diagnostics de grippe portés sans test d’identification du virus, mortalité attribuée à la grippe sans connaître le scénario de l’exitus, discussion sans véritable conclusion de l’implication de facteurs aggravants dans le déroulement de la grippe : grossesse, antécédents pathologiques, maladies chroniques, ou tout simplement obésité.

C’est évidemment le sort des vaccins qui fournit une sorte de fil conducteur du récit, avec la reprise incessante des mêmes éléments divinatoires : quel vaccin sortira gagnant, à quelle date, produit par qui ? Acheté par qui, administré comment et en combien de doses ? Et surtout revient une question lancinante : à qui sera-t-il destiné ? Plus ou moins à toute la population, comme l’a proposé la ministre Roselyne Bachelot en France ? Ou en priorité aux personnes vulnérables ? Et à ce moment, qui sont-elles ? Pas nécessairement les vieillards, car ils pourraient bénéficier de leur long passé d’immunisations. Plutôt les jeunes enfants, y compris les très jeunes, à partir de six mois ? Les personnes souffrant de maladies débilitantes, et last but not least, les femmes enceintes ? Ce qui fait finalement beaucoup de monde ! Avec une inconnue à la clé, l’efficacité de ce vaccin, qui sera probablement partielle, sans parler des effets secondaires à court et surtout à long terme, évidemment inconnus. À cet égard, A. Flahault, à moins que ce ne soit J.Y. Nau, tellement ils sont interchangeables malgré la modification de la graphie qui indique le changement de plume, a signalé que nous nous situons maintenant en France dans une atmosphère de soupçon relativement inédite à l’égard des vaccins, patrimoine pastorien. Nous sommes entrés dans cette ère du soupçon depuis la valse-hésitation autour du vaccin contre l’hépatite B en 1992 : elle se traduit par la peur de voir apparaître des affections démyélinisantes comme la sclérose en plaques, ou des paralysies ascendantes de type Guillain-Barré, la peur de l’inconnu.

Les deux auteurs regrettent finalement le manque d’analyses historiques détaillées du traitement ou de la vaccination contre la grippe dans le passé, quand il était assez facile de suivre la population vaccinée rituellement chaque année. Les données du réseau GROG des cliniciens ne permettent pas de répondre à ces questions rétrospectives. On se serait ainsi privé de précieux enseignements, et on serait moins démuni dans la situation actuelle si on pouvait disposer d’éléments de comparaison.

La lecture du Journal laisse perplexe. Les questions principales, nature et pronostic de la pandémie parvenue à son acmé, et conduites à tenir, restent enveloppées de leur mystère, et l’interruption brusque du Journal qui ne correspond à aucun événement notable, pas même le commencement de l’hivernage sous nos climats tempérés, ne permet pas de mémoriser quelques conclusions, même fragiles, à confronter à l’actualité des prochains jours. À quand par conséquent le tome suivant du Journal ? Les chroniqueurs d’une épidémie vont-ils, comme les chroniqueurs politiques, devoir échelonner leurs réflexions sur plus d’une décennie, témoins plus qu’acteurs d’un monde microbien dont les péripéties s’enchaînent sans vraiment livrer le secret de leur contrôle ?

Conflit d’intérêts

L’auteur déclare n’avoir aucun conflit d’intérêts concernant les données publiées dans cet article.

Références

  1. Flahaut A, Nau JY. A(H1N1) : journal de la pandémie. Paris : Plon, 2009 : 324 p. (Dans le texte)

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