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Numéro
Med Sci (Paris)
Volume 24, Numéro 2, Février 2008
Page(s) 213 - 214
Section Forum
DOI https://doi.org/10.1051/medsci/2008242213
Publié en ligne 15 février 2008

Après Biologie des passions [1], désormais un classique, Jean-Didier Vincent nous propose un nouveau voyage à travers le cerveau : Voyage extraordinaire au centre du cerveau [2]. Le titre fait évidemment allusion à Jules Verne, mais il ne s’agit certainement pas de science fiction.

Comme tous les voyages, celui-ci commence par la consultation de la carte, autrement dit, l’anatomie du cerveau, le « paysage cérébral » du premier chapitre, puis vient le choix des « compagnons de voyage », une vingtaine de spécialistes, neurologues ou psychiatres, francophones, qui complètent chacun des chapitres par leurs connaissances précises. Méthodes d’investigation et problématiques de recherche sont quasiment identiques dans ces deux disciplines médicales qui n’en faisaient d’ailleurs qu’une jusqu’en 1968.

Le troisième chapitre est consacré à la météorologie, fluctuante comme l’état central, du contrôle de la température corporelle aux troubles de l’humeur, au gré des composantes circadiennes et saisonnières et de leurs traitements par les psychotropes.

En voyage, il est important de bien dormir, et Sigmund Freud et Michel Jouvet guideront le lecteur dans le sommeil et les rêves. Autres guides expérimentés, Jacques Faure, pionnier de l’électroencéphalographie en France, ou Constantin Von Economo. On doit au premier la découverte du réflexe olfacto-bucco-ano-génito-sexuel chez la lapine, au second celle d’un schlafzentrum et d’un wachszentrum hypothalamiques chez les patients atteints d’encéphalite lors de l’épidémie de grippe espagnole qui envahit l’Europe en 1918. Les chapitres V à VIII explorent le manger et le boire, où l’auteur retrouve son complice le restaurateur Jean-Marie Amat (courez au Château du Prince Noir !), tous deux déjà associés dans une Nouvelle Physiologie du Goût [3]. Amateurs de rougets, lamproies, écrevisses, foie gras, pigeons, lièvres, obésité et diabète sucré vous guettent, pathologies dont traitent les chapitres suivants, ainsi que de l’alcoolisme et de ses ravages. Transition naturelle avec les pages sur les lieux de plaisir du cerveau et le rire.

Il est temps maintenant de traiter des parties nobles du cerveau où s’élaborent les processus mnésiques. Je ne peux résister à citer l’introduction de ce chapitre sur le boulevard Pavlov : « On y croise les statues des héros qui ont contribué à la gloire du cerveau : le russe Ivan Pavlov (1849-1939) qui est représenté avec un chien ; l’anglais Charles Scott Sherrington (1857-1952) qui montre du doigt un chat attaché sur une table de dissection ; l’espagnol Santiago Ramon Y Cajal (1852-1934) assis devant un microscope ; l’américain John Broadus Watson devant une usine et Eric Kandel (1929), le seul statufié de son vivant, dont on discerne avec difficulté ce qu’il tient dans sa main droite, une sorte de lièvre couché ou un morceau d’apfelstrudel ? ». Chacun aura reconnu la fameuse aplysie ou lièvre de mer ou, plus prosaïquement, les mollusques pisse-vinaigre du bassin d’Arcachon.

Les chemins de l’amour (déjà empruntés par l’auteur dans la Chair et le Diable) [4] nous mènent au salon des beaux-arts avec une description très précise des systèmes visuels et auditifs.

Après un hommage à Marcel Proust en guise d’exorde - et sous l’égide de Georges Perec qui fut documentaliste au CNRS en Neurobiologie - on grimpe ensuite au grenier des souvenirs où s’exercent les différentes sortes de mémoire et leurs troubles associés.

Dans le chapitre qui confronte la théorie de l’esprit au cerveau des facultés, c’est-à-dire l’isocortex, l’auteur rappelle l’inégalité de l’héritabilité du QI, et dans la présentation du cerveau moteur, il fait appel à Bernard Bouliac et Yves Agid, ce dernier décrivant combien les mouvements anormaux sont la « manifestation la plus spectaculaire, sinon la plus tragique d’un cerveau malade ». Le dernier de ces chapitres est consacré au langage. En 70 ans, de ses premiers balbutiements à ses dernières paroles, un homme prononcera en moyenne 184 800 000 mots… Ceux que l’auteur a choisis dans ces 464 pages, très finement illustrées par François Durkheim, composent un livre remarquablement écrit, très documenté mais jamais ennuyeux, meilleur marché que Les 500 millions de la Begum, qui se lit en moins de temps qu’il n’en faut pour un Tour du monde en 80 jours ou même de Cinq semaines (en ballon), et qui n’a vraiment rien du Testament d’un excentrique.

Références

  1. Vincent JD. Biologie des passions. Paris : Odile Jacob, 199 : 342 p. (Dans le texte)
  2. Vincent JD. Voyage extraordinaire au centre du cerveau. Paris : Odile Jacob, 2007 : 456 p. (Dans le texte)
  3. Amat JM, Vincent JD. Pour une nouvelle physiologie du goût. Paris : Odile Jacob, 2000 : 244 p. (Dans le texte)
  4. Vincent JD. La chair et le diable. Paris : Odile Jacob, 2000 : 304 p. (Dans le texte)

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