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Numéro
Med Sci (Paris)
Volume 21, Numéro 4, Avril 2005
Page(s) 358 - 359
Section Nouvelles
DOI https://doi.org/10.1051/medsci/2005214358
Publié en ligne 15 avril 2005

Plus de 171 millions d’individus dans le monde souffrent de diabète, un chiffre qui aura doublé dans 25 ans [1]. L’étiologie de cette maladie est complexe, des facteurs génétiques et environnementaux (suralimentation et sédentarité) étant étroitement associés. On distingue le diabète de type 1 résultant d’une destruction auto-immune progressive des cellules béta pancréatiques, et le diabète de type 2 caractérisé par une résistance à l’insuline accompagnée d’une incapacité des cellules béta à sécréter l’insuline. Dans le MODY (maturity onset diabetes of the young) - une forme particulière du diabète de type 2 - des mutations ont été identifiées dans des gènes codant pour des facteurs de transcription (HNF-4alpha, HNF-1alpha, IPF-1, HNF-1béta et NeuroD) impliqués dans le développement du pancréas, puis dans le fonctionnement physiologique des cellules béta matures [2].

Un autre facteur de transcription, Pax4, joue lui aussi un rôle essentiel dans la multiplication et la maturation des cellules béta lors du développement pancréatique embryonnaire. En effet, l’invalidation de ce gène par recombinaison homologue chez la souris supprime la différenciation des cellules à insuline et conduit à une mort néonatale liée à un diabète aigu [3]. Cependant, la fonction de Pax4 demeure inconnue dans les îlots matures. L’expression de Pax4 est élevée dans les insulinomes humains mais faible dans les cellules béta normales, suggérant une corrélation entre les concentrations de Pax4 et la réplication cellulaire [4]. Récemment, des variations génétiques (mutations et polymorphismes) dans le gène codant pour Pax4 ont été associées à une susceptibilité de développer un diabète de type 1 ou 2 dans des populations japonaises, scandinaves, afro-américaines et suisses [58]. L’équipe de A. Biason-Lauber (Université de Zurich, Suisse), avec notre participation, a mis en évidence que le polymorphisme Ala1168Cys du gène pax4 est associé au développement du diabète de type 1 [8]. En effet, le risque relatif de développer un diabète de type 1 est quatre fois plus élevé chez les enfants homozygotes C/C avec des anticorps circulants anti-cellules d’îlots (marqueurs précoces d’une attaque auto-immune contre les cellules béta) que chez les hétérozygotes A/C [8]. Ces diverses études suggèrent une implication directe de Pax4 dans la différenciation et la régénération des cellules béta. Une hypothèse serait que Pax4 module la masse des cellules béta en contrôlant leur prolifération. Il serait alors envisageable de développer des agents pharmacologiques activateurs de Pax4 pour stimuler in vivo la prolifération des cellules béta et compenser ainsi leur perte pathologique.

Nous avons pu confirmer le rôle fondamental de Pax4 dans la cellule béta [9]. En effet, les facteurs de croissance, activine A et béta-celluline (membres respectivement de la famille des transforming growth factors et epidermal growth factors), stimulent l’expression du gène pax4 et la prolifération des cellules béta dans les îlots de rat. L’effet de la béta- celluline est inhibé par la wortmannine, indiquant que la voie de signalisation de la phosphatidylinositol-3-kinase intervient dans l’activation de Pax4. La surexpression constitutive de Pax4 dans les îlots de rat au moyen d’adénovirus recombinants induit une augmentation de la réplication des cellules béta qui, normalement, prolifèrent peu à l’âge adulte (Figure 1). Une analyse du profil d’expression des gènes impliqués dans la réplication cellulaire révèle que l’ARNm du facteur de transcription c-myc, ainsi que celui de son gène cible Id2, sont augmentés, identifiant ainsi la voie c-myc/Id2 comme médiatrice entre Pax4 et la réplication cellulaire [9]. Chez la souris, S. Pelengaris et al. ont démontré que la surexpression de c-myc in vivo induit transitoirement la réplication des cellules béta, suivie d’une mort cellulaire (apoptose) massive [10]. Par ailleurs, la surexpression additionnelle du gène anti-apoptotique bcl-xl protège de cette apoptose [10]. Dans les îlots de rat surexprimant Pax4, nous avons également observé une induction du transcrit Bcl-xL. L’augmentation de cette protéine membranaire mitochondriale altère les concentrations de calcium dans cet organite ainsi que la production d’ATP. Comme l’ATP est le médiateur clé entre le métabolisme du glucose et la libération d’insuline, une diminution de la sécrétion d’insuline serait attendue. Nous avons effectivement démontré que les cellules béta surexprimant Pax4 diminuent leur sécrétion d’insuline en réponse au glucose. Pax4 agirait donc comme une molécule coordinatrice de la plasticité et de la survie des cellules béta en contrôlant l’expression des gènes c-myc et bcl-xl, aux dépens de la sécrétion d’insuline (Figure 2).

thumbnail Figure 1.

La surexpression de Pax4 induit la prolifération des cellules béta pancréatiques. La prolifération (anti-BrdU, en jaune), l’expression de l’insuline (anti-insuline, en rouge) et les noyaux (DAPI, en bleu) sont détectés par immunofluorescence dans les cellules béta d’îlots de rat dispersés, puis infectés avec des adénovirus codant pour la protéine béta-galactosidase (témoin, A) ou le facteur de transcription Pax4 (B). Une augmentation de la réplication est observée dans les cellules surexprimant Pax4 (d’après [9]).

thumbnail Figure 2.

Mécanisme d’activation de la prolifération des cellules béta pancréatiques par Pax4. Des facteurs de croissance, comme la béta-celluline, induisent la voie de signalisation de la phosphatidyl inositol 3 kinase (PI3-K) qui, à son tour, stimule l’expression endogène de Pax4. Ce facteur de transcription augmente spécifiquement l’expression de l’oncogène c-myc qui, par l’intermédiaire du gène Id2, induit la réplication cellulaire. En parallèle, Pax4 active l’expression du gène bcl-xl, qui protège la cellule béta des effets néfastes apoptotiques que peut déclencher la voie c-myc/Id2. En revanche, les signaux mitochondriaux (augmentation des concentrations de calcium et synthèse de l’ATP) sont modifiés, atténuant ainsi de façon transitoire la sécrétion d’insuline induite par le glucose.

Des altérations constitutives du gène pax4 pourraient donc compromettre la réplication et la survie des cellules béta. Nous avons vérifié ce postulat en faisant exprimer, in vitro dans des îlots humains au moyen d’un adénovirus recombinant, le gène pax4 porteur de la mutation identifiée dans la population japonaise. Comme attendu, les îlots surexprimant la forme mutée de Pax4 prolifèrent nettement moins que ceux surexprimant la forme normale de la protéine et sont plus susceptibles à l’apoptose induite par des cytokines, médiatrices de la destruction cellulaire [9]. Pax4 serait donc un allié des cellules béta en les protégeant des stress physiologiques.

En conclusion, le facteur de transcription Pax4 joue un rôle primordial dans la plasticité et la survie de l’îlot de Langerhans. Des variations génétiques dans ce gène entraînent un déséquilibre entre la prolifération et l’apoptose des cellules béta, ce qui favoriserait le développement du diabète.

Remerciements

Nous remercions Geneviève Ruckstuhl et le Dr Nathalie Brun pour leurs lectures attentives du texte, ainsi que Nadine Dupont pour le soin apporté aux figures.

Références

  1. Wild S, Roglic G, Green A, et al. Global prevalence of diabetes : estimates for the year 2000 and projections for 2030. Diabetes Care 2004; 27 : 1047–53. (Dans le texte)
  2. Servitja JM, Ferrer J. Transcriptional networks controlling pancreatic development and béta cell function. Diabetologia 2004; 47 : 597–613. (Dans le texte)
  3. Sosa-Pineda B, Chowdhury K, Torres M, et al. The Pax4 gene is essential for differentiation of insulin-producing béta cells in the mammalian pancreas. Nature 1997; 386 : 399–402. (Dans le texte)
  4. Ueda Y. Activin A increases Pax4 gene expression in pancreatic béta cell lines. FEBS Lett 2000; 480 :101–5. (Dans le texte)
  5. Shimajiri Y, Sanke T, Furuta H, et al. A missense mutation of Pax4 gene (R121W) is associated with type 2 diabetes in Japanese. Diabetes 2001; 50 : 2864–9. (Dans le texte)
  6. Holm P, Rydlander B, Luthman, H, Kockum I. Interaction and association analysis of a type 1 diabetes susceptibility locus on chromosome 5q11-q13 and the 7q32 chromosomal region in Scandinavian families. Diabetes 2004; 53 : 1584–91.
  7. Mauvais-Jarvis F, Smith SB, Le May C, et al. PAX4 gene variations predispose to ketosis-prone diabetes. Hum Mol Genet 2004; 13 : 3151–9.
  8. Biason-Lauber A, Boehm B, Lang-Muritano M, et al. Association of childhood diabetes mellitus with a genomic variant of Pax4 : possible link to béta cell regenerative capacity. Diabetologia 2005 (sous presse). (Dans le texte)
  9. Brun T, Franklin I, St-Onge L, et al. The diabetes-linked transcription factor Pax4 promotes béta-cell proliferation and survival in rat and human islets. J Cell Biol 2004; 167 : 1123–35. (Dans le texte)
  10. Pelengaris S, Khan M, Evan G. Suppression of Myc-induced apoptosis in béta cells exposes multiple oncogenic properties of Myc and triggers carcinogenic progression. Cell 2002; 109 : 321–34. (Dans le texte)

© 2005 médecine/sciences - Inserm / SRMS

Liste des figures

thumbnail Figure 1.

La surexpression de Pax4 induit la prolifération des cellules béta pancréatiques. La prolifération (anti-BrdU, en jaune), l’expression de l’insuline (anti-insuline, en rouge) et les noyaux (DAPI, en bleu) sont détectés par immunofluorescence dans les cellules béta d’îlots de rat dispersés, puis infectés avec des adénovirus codant pour la protéine béta-galactosidase (témoin, A) ou le facteur de transcription Pax4 (B). Une augmentation de la réplication est observée dans les cellules surexprimant Pax4 (d’après [9]).

Dans le texte
thumbnail Figure 2.

Mécanisme d’activation de la prolifération des cellules béta pancréatiques par Pax4. Des facteurs de croissance, comme la béta-celluline, induisent la voie de signalisation de la phosphatidyl inositol 3 kinase (PI3-K) qui, à son tour, stimule l’expression endogène de Pax4. Ce facteur de transcription augmente spécifiquement l’expression de l’oncogène c-myc qui, par l’intermédiaire du gène Id2, induit la réplication cellulaire. En parallèle, Pax4 active l’expression du gène bcl-xl, qui protège la cellule béta des effets néfastes apoptotiques que peut déclencher la voie c-myc/Id2. En revanche, les signaux mitochondriaux (augmentation des concentrations de calcium et synthèse de l’ATP) sont modifiés, atténuant ainsi de façon transitoire la sécrétion d’insuline induite par le glucose.

Dans le texte

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