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Numéro
Med Sci (Paris)
Volume 41, Novembre 2025
Les Cahiers de Myologie
Page(s) 79 - 79
Section Lu pour vous
DOI https://doi.org/10.1051/medsci/2025222
Publié en ligne 28 novembre 2025

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Vignette : Générée avec une intelligence artificielle

Résumé

En 2005, Bitoun et collaborateurs ont identifié des mutations de la méchanoenzyme dynamine 2, codée par le gène homonyme DNM2, responsables d’une myopathie centronucléaire (CNM) liée à un gain de fonction. La même année, Züchner et al. ont montré que des mutations du domaine pleckstrin homology (PH) de DNM2 entraînent une neuropathie de Charcot-Marie-Tooth (CMT) à transmission autosomique dominante, cette fois associée à une perte de fonction. La CNM se traduit par des altérations des fibres musculaires, tandis que la CMT compromet la conduction nerveuse périphérique, les deux provoquant une faiblesse musculaire.

L’équipe de Jocelyn Laporte (IGBMC, Illkirch) a exploré la possibilité d’une compensation entre ces anomalies aux effets opposés [1]. Résultats : les souris portant simultanément les mutations S619L (CNM) et K562E (CMT) présentent une nette amélioration de la force, de la coordination motrice et de la masse musculaire, par rapport aux modèles simples. L’organisation des fibres, la distribution de la desmine et la structure de la myéline sont normalisées. Ces observations montrent qu’un excès et un déficit d’activité de DNM2 peuvent s’annuler mutuellement, restaurant un équilibre fonctionnel. Cette découverte suggère que la modulation fine, plutôt que la simple inhibition ou surexpression, de l’activité de DNM2 pourrait constituer une voie thérapeutique commune aux CNM et CMT.

Commentaire

Ce travail illustre la complémentarité entre approches génétique et physiopathologie cellulaire. En combinant deux mutations humaines à effets opposés, les auteurs montrent que le phénotype pathologique résulte d’un déséquilibre de l’activité de DNM2 plutôt que d’un défaut d’expression tissulaire. Restaurer un niveau optimal d’activité suffit à corriger la plupart des anomalies musculaires et nerveuses, et ce de façon durable chez l’animal.

L’intérêt thérapeutique est majeur. Ces résultats confortent les stratégies visant à ajuster finement l’activité enzymatique plutôt qu’à supprimer ou surexprimer le gène, renforçant la pertinence des approches de modulation allostérique ou de « silençage » allélique sélectif. Mais quelques limites subsistent. La transposition clinique d’une double mutation compensatoire n’est pas envisageable, et les mécanismes précis de régulation de DNM2 (interaction avec les lipides membranaires ou des partenaires tels que BIN1 qui code l’amphiphysine 2) restent à approfondir.

Néanmoins, cette étude apporte une preuve de concept élégante. La modulation inverse de DNM2 peut corriger deux pathologies distinctes, illustrant le potentiel de la thérapie génique de précision dans les maladies neuromusculaires.

Liens d’intérêt

Les auteurs déclarent n’avoir aucun lien d’intérêt concernant les données publiées dans cet article.

Références

  1. Goret M, Edelweiss E, Jehl J, et al. Combining dynamin 2 myopathy and neuropathy mutations rescues both phenotypes. Nat Commun 2025 ; 16 : 4667. [Google Scholar]

© 2025 médecine/sciences – Inserm

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