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Numéro
Med Sci (Paris)
Volume 31, Numéro 2, Février 2015
Page(s) 218 - 219
Section Forum
DOI https://doi.org/10.1051/medsci/20153102021
Publié en ligne 5 mars 2015

Comment s’invente une maladie ? Une telle question ne se pose pas, si la maladie désigne un état qu’il s’agit de nommer. Que signifie l’idée que l’hystérie fut inventée « au temps des Lumières », énoncé qui compose le titre d’un ouvrage de plus de trois cents pages sur ce sujet [1] ? Les éléments d’une réponse à cette interrogation sont patiemment et méticuleusement apportés par Sabine Arnaud, l’auteure de ce même ouvrage [1].

Retenons d’abord la méfiance envers toute acception naturaliste d’une maladie qui occupe dans l’histoire de la médecine une place particulière : l’hystérie. La facilité consisterait à en accepter une naturalité qui, dès l’époque d’Hippocrate, est évoquée. Qu’est-ce qui fait inventer, se réinventer, se transformer une entité nosologique si difficile à cerner et à traiter en conséquence ? La périodisation choisie est d’importance. Le « temps des Lumières » s’étend, au-delà des acceptions les plus communes, bien en amont et en aval du xviiie siècle, caractérisé par une histoire de la médecine irréductible à toutes les grilles de datation relatives à une approche événementielle (grandes découvertes, inventions, coups de théâtres, révolutions, etc.). À l’intersection de la tradition et de la modernité (médecine issue de l’hippocratisme et médecine contemporaine des Lumières), du physique et du moral (manifestations et affections corporelles, manifestations mentales, imagination), du normal et du pathologique (entre mode, affectation et affection, maladie, entre manière d’apparaître, d’exister auprès d’autrui et souffrances), enfin de différentes maladies ou affections (manie, mélancolie, vapeurs, etc.), l’hystérie offre un prisme pertinent pour reprendre une histoire de la médecine et des maladies.

Outre la démarche originale et personnelle de l’auteure, qui jamais n’enferme la thématique dans une grille de lecture réductrice, le choix des textes permet de prendre la mesure de l’importance considérable de la littérature médicale portant sur l’hystérie (plus de 280 auteurs recensés dans la bibilographie primaire). Six chapitres composent le corps de l’ouvrage : De l’usage des diagnostics, des divisions du savoir – Les métaphores ou comment donner figure à l’indéfinissable – Mises en écrit d’une maladie et pratiques de diffusion. L’emprunt de genres rhétoriques – Code, vérité ou ruse ? Descriptions littéraires de troubles en quête de lecteurs – Mise en récit de cas et création d’énigmes. Les fonctions du narratif – Jeux de rôle et redéfinition de la médecine. On retiendra, notamment, la question fondamentale de l’énonciation de la maladie (hystérie) selon les points de vue du médecin et du patient. L’hystérie, comme l’énonce Sabine Arnaud, déjoue la frontière classiquement établie entre médecins et patients, ces derniers soumettant hypothèses et observations face à des médecins souvent désemparés.

L’auteure s’attache à montrer, au travers de nombreuses évocations, comment la maladie met en œuvre autant qu’elle fait se déployer plusieurs niveaux de discours, invitant à de nouvelles appréhensions, au-delà de l’hystérie, d’une histoire de la médecine et de la maladie : « Ce livre, écrit-elle en conclusion, présente une histoire des sciences qui est, avant tout, une histoire du savoir en formation. Il identifie à la fois un mouvement de cohérence de l’insertion de cette catégorie médicale et les ruptures constantes de cette cohérence à travers mésinterprétations, contextualisations diverses, et le redéploiement stratégique de narration ».

Liens d’intérêt

L’auteur déclare n’avoir aucun lien d’intérêt concernant les données publiées dans cet article.

Références

  1. Arnaud S. L’invention de l’hystérie au temps des Lumières (1670–1820). Paris : EHESS, 2014 : 348 p. (Dans le texte)

© 2015 médecine/sciences – Inserm

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