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Numéro
Med Sci (Paris)
Volume 24, Numéro 12, Décembre 2008
Page(s) 1107 - 1108
Section Forum
DOI https://doi.org/10.1051/medsci/200824121107
Publié en ligne 15 décembre 2008

Il y a des livres que l’on saisit d’une main légère, feuilletant pour regarder la première page, la première phrase, un sourire aux lèvres, intrigué par le titre et l’auteur [1]. Quelle mouche pouvait donc avoir piqué Philippe Lazar, ancien directeur général de l’Inserm1, ancien président de l’IRD2, laïc bien connu, de vouloir nous parler spiritualité ? L’âge n’y est pas pour rien, puisque l’auteur nous avoue dès le premier propos qu’il lui a fallu attendre soixante-dix ans pour découvrir qu’il avait une âme. Puis la voix douce et familière vous prend, sans même vous en apercevoir vous gagnez un fauteuil confortable comme il convient à une conversation amicale, et ce livre ne vous quittera plus.

Attention, c’est un petit bijou que vous avez dans les mains ! L’un de ces livres trop court, à peine 125 pages, trop rapidement lu, la soirée suffit, que l’on ne laisse sur la table du salon qu’à regret, mais pour être sûr également de le retrouver le lendemain et d’y relire vite quelques-unes de ces idées si simples, si évidentes, comme toutes les grandes idées, de celles qui vous habitent dès lors qu’elle vous ont été révélées dans leur gravité joyeuse.

La proposition de Philippe Lazar tourne autour de « Je suis par mon corps mais je ne vis que par mes relations avec les autres ». Levinas avait ouvert la voie, Lazar la poursuit. Dès lors, le concept d’âme vu par l’auteur s’inscrit dans cette empreinte que l’autre inscrit en nous, tandis que, à notre tour, nous produisons en lui une trace qu’il pourra garder par delà l’existence de notre corps et notre présence réelle. Par cette relation aux autres, Philippe Lazar accepte que son âme ne soit pas absolue et immortelle puisqu’elle s’atténuera au fil de la disparition de ceux qui la porteront au-delà de lui-même. C’est un matérialiste qui parle et qui ose parler à la première personne tout au long de ce court traité.

Je ne veux pas ici en dire plus, tant déflorer le propos serait vous priver du bonheur de la lecture. Mais pour ceux qui n’auraient pas déjà lâché cette chronique pour se précipiter chez leur libraire préféré et lui recommander d’avoir dès maintenant un stock conséquent de cet ouvrage qui fera date et participera sans nul doute à la pérennité de l’âme (et du nom ?) de son auteur, je peux ajouter qu’il y est aussi question de culture, de l’existence ou non d’une communauté juive, du droit des homosexuels ou de la question féministe, et surtout des chemins de la liberté. Nous devons accepter un corps limité, en particulier dans sa durée, mais notre capacité et notre responsabilité de nous ouvrir aux autres nous révèlent les espaces sans limite dans lesquels notre âme peut s’épanouir.

Ai-je dis assez que ce livre était beau et plein d’espoir ? Non, il est magnifique et contient l’essence d’une vie, comme ce point final « Mais seulement le temps d’un songe… » auquel répond en écho Shakespeare « Nous sommes tissés de l’étoffe dont sont faits les songes… 3.


1

Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale, dont il fut directeur de 1982 à 1996.

2

Institut de la Recherche pour le Développement, qu’il réforma profondément.

3

We are such stuff as dreams are made on… ». W. Shakespeare, La Tempête, Acte IV, Scène 1.

Références

  1. Lazar P. Court traité de l’âme. Paris : Fayard, 2008. (Dans le texte)

© 2008 médecine/sciences - Inserm / SRMS

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