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Numéro
Med Sci (Paris)
Volume 24, Numéro 11, Novembre 2008
Page(s) 997 - 1002
Section Forum : Chroniques bioéthiques (15)
DOI https://doi.org/10.1051/medsci/20082411997
Publié en ligne 15 novembre 2008

L’histoire

En novembre 2006, la HFEA (Encadré 1) reçoit deux dossiers de demande d’autorisation, où il s’agit de dériver des cellules souches d’embryons créés par transfert de noyau (SCNT, somatic cell nuclear transfer, anciennement clonage), en utilisant des noyaux de cellules humaines et des ovocytes animaux. À la réunion du 10 janvier 2007, la HFEA délibère pour savoir si la régulation de la recherche utilisant des embryons hybrides h-animal (humain-animal) est de son ressort ; elle conclut que, dans le cadre de la loi actuelle, ce type de recherche ne serait sans doute pas interdit, et décide, avant de prendre une décision finale, qu’il convient de lancer une consultation publique sur « les implications éthiques et sociales de créer de telles entités ».

La consultation a lieu du 26 avril au 20 juillet 2007, en même temps que la HFEA examine les arrière-plans scientifiques :

« After careful consideration of the evidence gathered through the consultation, the Authority decided that cytoplasmic hybrid research should be allowed to move forward, with caution and careful scrutiny. Research teams wishing to pursue a licence for this type of research will have to demonstrate, to the satisfaction of an HFEA licence committee, that their planned research project is both necessary and desirable. They must also meet the standards required by the HFEA for embryo research » (H&C, 2007, Chair’s foreword).

La présidente de la HFEA, Shirley Harrison : « We have gained a valuable insight into public opinion as a result of this consultation and this has enabled us to make a policy decision based on robust evidence » (id) (rapport de la HFEA, Appendice A, Chronologie).

Le contexte scientifique

Historique

Mélanger du matériel génétique humain et animal est une pratique à laquelle on a souvent eu recours et qui a fait avancer la recherche. Il convient de distinguer hybrides vrais et chimères (Encadré 2). La cartographie du génome a fait intervenir la fusion de cellules humaines et animales. La HFEA a autorisé le test du hamster1, qui crée des embryons hybrides « vrais », mais elle interdit tout développement ultérieur de ces embryons. La création d’animaux transgéniques a permis de modéliser des maladies humaines, de fabriquer des produits thérapeutiques (hormone de croissance, 1982), d’identifier le rôle particulier de tel ou tel gène. Les animaux chimériques obtenus par transfert de cellules humaines dans des embryons animaux a permis d’étudier le développement embryonnaire, et la pluripotence des cellules souches (CS). Les cybrides (hybrides cytoplasmiques), obtenus par transfert d’un noyau dans le cytoplasme d’une cellule embryonnaire d’espèce différente (ovocyte ou non), ont aidé à comprendre le rôle du génome mitochondrial ; ils ont aussi permis des essais de clonage d’espèces en voie de disparition. Cette technique est attestée dans la recherche scientifique depuis plus d’un siècle (Appendice B, revue de la littérature scientifique).

Dans le cas présent, la technique du transfert de noyau humain dans un ovocyte animal permettrait de dériver des lignées de CS immunocompatibles avec le donneur du noyau (objectif : clonage thérapeutique), et du point de vue de la pure recherche, d’étudier la reprogrammation du noyau, certaines maladies mitochondriales, etc. L’avantage principal est de ne pas gaspiller d’ovocytes humains. Les chinois rapportent avoir obtenu des lignées de CS humaines pluripotentes à partir d’embryons hybrides utilisant des ovocytes de lapine, et un autre groupe aurait obtenu des embryons hybrides (ovocytes de vache) se développant jusqu’au stade de « blastocystes » (Encadré 3).

Survol international

La plupart des pays n’ont aucune législation spécifique sur la création d’embryons h-animal. Trois cas : (1) les pays (comme la France) qui interdisent la création d’embryons humains pour la recherche n’ont pas à se poser la question des cybrides, si l’on considère, comme les britanniques, que les embryons cybrides créés sont humains ; (2) les pays qui ont autorisé la création d’embryons par transfert de noyau (Chine, Japon, Corée du sud) sans interdire explicitement l’hybridation, se dirigent vers l’usage de cybrides (Chine) ; (3) trois pays ont explicitement prohibé la création d’embryons chimériques ou hybrides h-animal (Australie, Canada, États-Unis) (Appendice C, International perspective).

La consultation britannique

(http://www.hfea.gov.uk/en/1517.html)

Elle s’est déroulée en deux parties, menées parallèlement : (1) consultation écrite et dialogue public ; (2) consultation des scientifiques et revue de la littérature.

Consultation publique

Elle comprenait : (1) un document explicatif, et cinq questions sur l’acceptabilité des divers types de recherche sur l’embryon (donné, créé pour la recherche, cloné), auxquelles n’importe qui pouvait répondre sur internet (810 réponses spontanées), pour prendre le pouls de l’opinion (Encadré 4) ; (2) un dialogue public en trois temps : (a) délibération, (b) sondage d’opinion, (c) réunion publique.

  • Douze groupes de délibération (Londres, Manchester, Newcastle, Belfast, Glasgow, Swansea) étaient organisés autour des divers types d’embryons homme-animal, suivis d’une réunion de travail d’une journée impliquant près de la moitié des membres des groupes (sélectionnés pour être représentatifs du Royaume-Uni). Pendant cette journée, la façon dont les personnes interrogées changeaient d’opinion selon l’information qu’elles recevaient était explorée ; les orateurs étaient des spécialistes du domaine de recherche ; les échanges associaient questions et débat, et étaient filmés et enregistrés, et les documents mis sur le site HFEA (Appendice E).

  • Début juillet 2007, un sondage sur un échantillon de 2000 anglais et 60 résidents d’Irlande du Nord (Appendice F).

  • Une réunion publique (volontariat), des orateurs, un débat, les 153 participants sont appelés à voter (vote électronique), tout est enregistré et rendu public (Appendice G).

Consultation de scientifiques

Sociétés savantes ayant une expertise relative aux CS ou aux maladies qui pourraient bénéficier de la recherche) (Appendice H) ; et ample revue de la littérature, constituant trente pages du rapport (Appendice B).

Thèmes ayant émergé de la consultation

  • Les gens qui sont contre toute recherche sur l’embryon humain restent sur leur position.

  • Ceux qui ne sont pas fermés à la recherche (donner ses embryons pour la recherche, plutôt que de les détruire) peuvent évoluer dans leurs jugements.

  • La plupart n’ont jamais entendu parler de la création pour la recherche d’embryons hybrides, bien que cela existe depuis longtemps ; ils expriment une répugnance initiale, puis au cours de la délibération, passent d’une attitude méfiante à l’idée que c’est nécessaire.

  • Ce qui rend méfiant : essentiellement les risques de contamination humaine, accessoirement l’idée que si l’on veut développer des thérapies humaines, il faudra recommencer avec des ovocytes humains.

  • Ce qui emporte l’adhésion est une idée précise des bénéfices potentiels en termes de thérapeutique :

    « There is a strong increase in agreement with creating embryos which contain mostly human and a small amount of animal genetic material in research if it may help to understand some diseases, for example Parkinson’s and Motor neurone disease (61 % agree compared to 35 % who agree with scientists creating an embryo which contains mostly human with a small amount of animal genetic material purely for research) » (Appendix F, Fig 5, §13).

  • Les réserves des scientifiques : pour que la technique aboutisse, il faut que les protéines codées par le génome nucléaire et par le génome mitochondrial puissent interagir ; on a des indices que c’est ce qui arrive (embryons h-vache États-Unis, Corée ; embryons h-lapine, Chine) ; certains suggèrent que la présence de mitochondries humaines est souhaitable (la technique SCNT a cet effet) ; à 14 jours, toutes les protéines sont humaines sauf 13 (codées par les mitochondries) ; on a jusqu’ici très peu de connaissances sur l’interaction des génomes mitochondrial et nucléaire.

  • Les alternatives (CS adultes, CS du cordon, cellules iPS) ont leurs limites ; les scientifiques sont d’avis qu’en l’état des choses toutes les voies doivent être explorées.

  • Ne doit-on pas craindre de s’engager sur une pente glissante ? Non, il vaut mieux encadrer (ce qui rassure) qu’interdire (ce qui laisse soupçonner qu’on fait des horreurs en cachette).

Conclusions et décision

  • Présentement, on ne peut pas démontrer que la création de cybrides est indispensable, mais on peut argumenter que c’est une voie intéressante pour apprendre à construire des thérapies cellulaires immunocompatibles avec le profil d’un patient donné, les alternatives n’ayant pas fait leurs preuves de façon convaincante.

  • Le fait qu’une telle recherche soit encadrée selon des règles explicites (interdiction d’implanter dans un utérus humain, développement embryonnaire limité à 14 jours) rassure beaucoup.

  • Les personnes ayant participé à la consultation ont exprimé un grand désir d’être informées de ces sujets, et le débat public a été bien accueilli, il a joué un rôle très positif (information, transparence, formation).

Décision

La HFEA considère que (5 septembre 2007) :

  • Il n’y a pas de raison d’interdire : l’opinion est divisée, elle penche vers une régulation stricte et un souci de toujours démontrer que cela va servir à des avancées médicales précises (voir Encadré 2).

  • Les équipes qui soumettent des projets doivent donc argumenter en ce sens : elles suivront les règles, et leur projet a un objectif précis qui rend la création de cybrides « nécessaire et désirable ».

  • La HFEA s’engage à réétudier la manière dont elle communique la recherche en train de se faire.

Hybrids and Chimeras. A report on the findings of the consultation, Royaume-Uni, octobre 2007.

http://www.hfea.gov.uk/en/1517.html#report

À Consulter

http://www.publications.parliament.uk/pa/cm/cmsctech.htm (Government proposals for the regulation of hybrid and chimera embryos, 5 avril 2007).

http://www.acmedsci.ac.uk/p99puid105.html Rapport sur les embryons inter-espèces.


1

Le test du hamster étudie la pénétration des spermatozoïdes dans des ovocytes de hamster : les spermatozoïdes humains capacités peuvent se lier, pénétrer des ovocytes dépellucidés de hamster et décondenser les noyaux pour former des pronucléus mâles. En pratique, le hamster test permet d’évaluer la fonctionnalité des spermatozoïdes.


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