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Numéro
Med Sci (Paris)
Volume 23, Numéro 5, Mai 2007
Page(s) 550 - 550
Section Forum : Répartie
DOI https://doi.org/10.1051/medsci/2007235550
Publié en ligne 15 mai 2007

Une « brève » parue en janvier dernier [1] (→) résume un article décrivant onze cas de Kuru identifiés entre 1996 et 2004 et dont la durée d’incubation est supérieure à 36 ans [2]. La Brève se termine en évoquant la possibilité de très longue durée d’incubation pour le nouveau variant de la maladie de Creutzfeldt-Jakob (lié à la maladie de la vache folle) et sur la prudence à garder avant de déclarer terminées l’épidémie de vache folle et l’épidémie humaine de nouveau variant qui lui est liée. Cette conclusion reprend l’éditorial paru en même temps que l’article dans The Lancet [3] insistant sur la sous-estimation probable des modèles qui ont visé à estimer la taille de l’épidémie humaine au Royaume-Uni. En effet, l’éditorial se terminait en disant que toute croyance sur le fait que le pic de l’épidémie du nouveau variant avait été atteint et que celle-ci était derrière nous devait être considérée avec un extrême scepticisme.

(→) m/s 2007, n°1, p.49

The Lancet a publié par la suite 4 lettres critiquant l’article, et en effet cette publication mérite d’être discutée sur au moins 2 points :

  • La possibilité que le Kuru [4, 5] puisse avoir une très longue durée d’incubation était déjà connue avant la publication du Lancet. Dans un travail paru en 2002, cosigné lui aussi par Alpers et portant sur l’estimation de la durée d’incubation du Kuru [6], les auteurs écrivaient dans le résumé que le 90e percentile de la distribution d’incubation du Kuru (la valeur de la durée d’incubation est supérieure à ce 90epercentile chez 10 % de sujets) était estimé entre 21 et 27 ans. Donc les données disponibles étaient compatibles avec le fait que 10 % des sujets pouvaient avoir une durée - entre l’exposition à l’agent infectieux et le début de la maladie - supérieure à 27 ans. La durée médiane était estimée entre 10 et 13 ans. Les auteurs concluaient d’ailleurs qu’il était probable que des cas du nouveau variant de la maladie de Creutzfeldt-Jakob et de la forme iatrogénique liée à l’exposition à l’hormone de croissance extractive humaine continueraient à se produire pendant des décennies après la fin de l’exposition.

  • De même, les modèles publiés estimant le nombre de cas attendus du nouveau variant au Royaume-Uni ont utilisé des distributions de durée d’incubation prenant en compte la possibilité de longues durées d’incubation chez une proportion des patients [7, 8]. Enfin, la prise en compte d’une durée d’incubation potentiellement plus longue pour les patients homozygotes valine-valine ou hétérozygotes méthionine-valine que pour les patients homozygotes méthionine-méthionine au codon 129 du gène de la PRP a aussi été évaluée [9], conduisant à une augmentation de 250 au maximum du nombre de cas prédits par rapport aux 205 cas initialement prévus.

Au total, on peut s’interroger sur les motivations d’un discours alarmiste dans un contexte de moindre urgence et donc de moindre financement des recherches dans le domaine des maladies à prions.

Références

  1. Labie D. Cinquante ans d’incubation pour une maladie à prions. Med Sci (Paris) 2007: 23 : 49. [Google Scholar]
  2. Collinge J, Whitfield J, McKintosh E, et al. Kuru in the 21st century: an acquired human prion disease with very long incubation periods. Lancet 2006; 36 : 2068–74. [Google Scholar]
  3. Lessons from Kuru (editorial). Lancet 2006; 367 : 2034. [Google Scholar]
  4. Laurent M. L’exemplaire histoire du Kuru. Med Sci (Paris) 1999; 15 : 545–50. [Google Scholar]
  5. Gilgenkrantz S. Nos ancêtres les cannibales. Med Sci (Paris) 2004; 20 : 14–6. [Google Scholar]
  6. Huillard d’Aignaux JN, Cousens SN, Maccario J, et al. The incubation period of Kuru. Epidemiology 2002; 13 : 402–28. [Google Scholar]
  7. Valleron AJ, Boelle PY, Will R, Cesbron JY. Estimation of epidemic size and incubation time based on age characteristics of vCJD in the United Kingdom. Science 2001; 294 : 1726–8. [Google Scholar]
  8. Huillard d’Aignaux JN, Cousens SN, Smith PG. Predictability of the UK variant Creutzfeldt-Jakob disease epidemic. Science 2001; 294 : 1729–31. [Google Scholar]
  9. Valleron AJ, Boelle PY, Chatignoux E, Cesbron JY. Can a second wave of new variant of the CJD be discarded in absence of observation of clinical non Met-Met cases ? Rev Epidemiol Sante Publ 2006; 54 : 111–5. [Google Scholar]

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