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Editorial
Numéro
Med Sci (Paris)
Volume 23, Numéro 1, Janvier 2007
Page(s) 3 - 4
Section Éditorial
DOI https://doi.org/10.1051/medsci/20072313
Publié en ligne 15 janvier 2007

Le temps des vœux, comme celui des anniversaires, est toujours un moment privilégié d’arrêt sur images : celles de l’année écoulée qui annoncent celles de l’année à venir. L’actualité biomédicale fut riche en 2006 et le sera plus encore en 2007 à n’en pas douter. Au passage de 2005 à 2006 éclata le scandale du vrai faux transfert nucléaire jamais réussi chez l’humain par l’ex-Pr Hwang [1]. À grands renforts de commissions d’enquête, la plupart des détails des graves atteintes à l’éthique (dons d’ovocytes obtenus sous influence voire contrainte), de la fraude scientifique et de son ampleur, nous sont maintenant connus. Ce fut également une grande occasion de remise en cause pour les revues scientifiques et tout particulièrement Science, principale victime des deux articles frauduleux. Comme nous pouvions nous y attendre, c’est la recherche du « sensationnel », et la précipitation à publier un article dont la rédaction attend un fort impact médiatique, qui sont mises en cause. La commission d’enquête et de propositions diligentée par l’AAAS (American association for the advancement of sciences) recommande, en conséquence, une particulière vigilance pour les articles à fort impact, laissant dans un délicat flou artistique la caractérisation précise de ce type d’article comme la procédure interne qui permettra de savoir qui, au sein de la rédaction du journal, sera chargé de déterminer si un article soumis entre, ou non, dans cette catégorie. Il serait naïf de croire que la politique éditoriale des grandes revues va radicalement changer. Il serait tout aussi naïf de croire que la fraude pourrait ne jamais atteindre le monde scientifique. Si l’affaire est triste, sa mise en évidence finalement rapide, et donc la capacité de réaction de la communauté scientifique, fut rassurante.

Journal d’analyse et de revue, m/s est un peu protégé de ces fraudes par le recul critique. Ce qui ne nous exempte pas d’analyser en permanence notre politique éditoriale et chercher sans cesse à l’améliorer. La publication de notre numéro spécial consacré à la maladie de Fabry en 2005 avec le soutien de la société Genzyme ayant soulevé des interrogations qui n’étaient dues qu’à un manque d’informations fournies, nous avons lu avec attention les recommandations du comité ERMES de l’Inserm que nous publierons intégralement dans notre numéro de février. Nous compléterons à l’avenir nos procédures de transparence afin que nul ne soit privé d’une indication qui pourrait lui paraître utile ou dont l’absence pourrait soulever le doute concernant un éventuel conflit d’intérêt. Nous sommes convaincus que nous avons tout à y gagner, et qu’il en est de même pour les associations ou les sociétés qui nous font confiance en acceptant de soutenir la publication de la revue ou en nous proposant de mettre à la disposition de nos lecteurs des numéros spéciaux ou supplémentaires, plus particulièrement consacrés à l’actualité scientifique la plus pertinente d’un domaine spécifique. C’est, dès lors, une excellente occasion de remercier ici tout particulièrement le laboratoire Servier, dont le soutien régulier vient d’être renouvelé, et d’annoncer déjà pour 2007 un numéro Vaccination qui sera publié avec le soutien de plusieurs laboratoires pharmaceutiques et un supplément Protéomique publié avec le soutien du cancéropôle Dijon/Bourgogne.

L’actualité biomédicale 2006 aura été également riche de l’irruption de plus en plus marquée du secteur caritatif dans la recherche et le débat public. La Fondation Gates étend son activité avec une efficacité remarquable, reconnue de façon inégalée par la décision du milliardaire Warren Buffet de lui confier directement le destin de sa fortune, quelque 31 milliards de dollars s’ajoutant aux 40 milliards offerts au départ par Bill et Melinda Gates. Avec un personnel très réduit (moins de 300 personnes à New York), la Fondation réussit à investir 1,5 milliards de dollars par an, des sommes supérieures aux États, dans la recherche et la lutte contre les principales maladies associées à la pauvreté comme la tuberculose, le paludisme ou le Sida. Citons pour ce dernier domaine la nouvelle initiative dans la recherche fondamentale et clinique de décembre 2006 de 230 millions d’euros (287 millions de dollars) pour fédérer les efforts de 165 chercheurs de 19 pays, dont la Belgique, le Cameroun, le Canada, la France et la Suisse, pour ne citer que les francophones, en vue de développer un vaccin. De façon intéressante, et cette fois vers la santé plus globalement, la Fondation Gates prit l’initiative de la publication par Nature d’un numéro spécial (23 novembre 2006) consacré à la question du diagnostic, prévention et dépistage, dans les pays en voie de développement. Des enjeux, une capacité d’intervention, qui nous conduisent à prendre avec un certain recul l’agitation qui a accompagné la critique et la consigne de boycott formulées par l’église catholique française à l’égard des recherches sur les cellules souches embryonnaires à la veille du Téléthon. Étrange miroir renversé d’une fortune privée, issue d’un Etat gardant la référence religieuse jusque sur ses billets de banque, mise au service de l’espace public, tandis que des convictions privées voudraient s’imposer à la sphère publique allant jusqu’à contester la légitimité des lois de bioéthiques dans un État laïc. La collecte ayant malgré tout marqué un record, l’Association Française contre les Myopathies pourra poursuivre son travail d’aide à la recherche sur les malades rares associées à des mutations génétiques, tandis que la Fondation Gates poursuivra, plus riche que jamais, sa croisade contre les maladies endémiques.

L’année 2006 aura enfin été riche également des implications de la biologie dans la vie de la Cité. Le Biopouvoir, pour reprendre la formule du philosophe Michel Foucault, passage de l’ancien pouvoir du suzerain de faire mourir ou laisser vivre au nouveau pouvoir de faire vivre ou laisser mourir, poursuit son développement et interroge sans cesse les fondements de notre démocratie. D’une certaine manière, la perspective de pouvoir traiter un jour les pathologies dégénératives liées à l’âge par des cellules souches embryonnaires obtenues après transfert nucléaire constitue une image emblématique du biopouvoir. En attendant ce jour, la dignité humaine a déjà fort à faire avec l’usage de ressources biomédicales hors du champ scientifique ou médical, des traitements infligés aux prisonniers de Guantanamo, condamnés par la Cour Suprême américaine, puis validés par un vote du Congrès, aux protestations soulevées par la cruauté de la peine de mort infligée par trois injections (la première anesthésiante, la seconde paralysante, la dernière mortelle) laissant l’agonie se prolonger parfois plus de 30 minutes. Qu’en sera-t-il demain des nouveaux usages de l’imagerie cérébrale, nouvelle version high-tech du détecteur de mensonge sensée, cette fois, détecter les terroristes dans les aéroport ou déterminer le degré de culpabilité des accusés au tribunal ? De ce mésusage potentiel de la science nous devons être tous conscients et responsables, au même titre que cette légitime fierté que nous ressentons devant les extraordinaires avancées de nos disciplines. Car 2006 aura également permis de franchir de nouvelles frontières dans la découverte de la magnifique palette de la plasticité du vivant. À l’interférence ARN couronnée par le Nobel répond la dynamique de l’épigenèse. Le concept de cellule souche fertilise la biologie du développement, la médecine régénérative comme la biologie des cancers. La communication intercellulaire, de l’immunologie aux neurosciences en passant par le métabolisme et l’endocrinologie, s’interprète aujourd’hui dans une dynamique temporelle des informations échangées intégrant l’histoire de ces interactions. Michel Bouvier, Rédacteur en chef Québec, s’associe à mon propos pour vous assurer, avec l’ensemble de nos rédactions, que M/S vous fera partager cette merveilleuse aventure humaine tout au long de cette année 2007 que nous vous souhaitons riche de découvertes, heureuse et prospère pour vous-même et tous ceux que vous aimez.

Références

  1. Chneiweiss H. Cloningate ? La publication scientifique et le clonage thérapeutique face à la mystification Hwang. Med Sci (Paris) 2006; 22 : 218–22. (Dans le texte)

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