Accès gratuit
Editorial
Numéro
Med Sci (Paris)
Volume 22, Numéro 11, Novembre 2006
Page(s) 899 - 900
Section Éditorial
DOI https://doi.org/10.1051/medsci/20062211899
Publié en ligne 15 novembre 2006

Prenant aujourd’hui avec beaucoup de joie, et une certaine appréhension, les responsabilités de rédacteur en chef de M/S, je me suis soudain retrouvé à Chartres au cœur de la première Renaissance, celle du XIIe siècle, en recherchant l’auteur de la célèbre phrase : « Nous sommes des nains juchés sur des épaules de géants. Nous voyons davantage et plus loin qu’eux, non parce que notre vue est plus aiguë ou notre taille plus haute, mais parce qu’ils nous portent en l’air et nous élèvent de toute leur hauteur gigantesque ». Avec Bernard de Chartres à qui nous devons cette pensée, je commencerai donc par rendre l’hommage qu’ils méritent à mes collègues sur les épaules desquels aujourd’hui je cherche à me hisser : Jean-François Lacronique, premier en France dans la fonction tandis que Michel Bergeron l’assumait au Québec ; l’incomparable Axel Kahn, géant dans l’appétit de connaissance et le savoir encyclopédique, et qui mena la revue vers ses premiers sommets ; Marc Peschanski, qui réussit l’exploit de lui succéder et fut aussi celui qui m’invita à rejoindre la revue, et bien évidemment Gérard Friedlander qui l’a animée au cours des cinq dernières années, tandis que Jacques Drouin, Daniel Bichet, François Auger, et enfin Michel Bouvier assumaient ces fonctions au Québec.

Chartres en ce XIIe siècle, quatre siècles avant Rabelais, fut un haut lieu d’un nouvel humanisme qui ouvrait la voie à ce grand mouvement du progrès scientifique dont nous héritons aujourd’hui. Une nouvelle approche résumée alors par Honorius d’Autun en «l’exil de l’homme, c’est l’ignorance ; sa patrie, c’est la science». Ce que ce même Honorius d’Autun développait en : « pour parvenir à la patrie de l’homme qu’est la science, il faut passer par sept villes étapes qui sont les sept matières universitaires (grammaire, rhétorique, dialectique, géométrie, arithmétique, astronomie, musique). La huitième ville est la physique (sciences naturelles), la neuvième la mécanique (arts manuels), la onzième l’économique, et la douzième la politique »1. Sans chercher à trop paraphraser Honorius, voilà un bel exemple à suivre pour le nouveau Comité éditorial que je vais animer. Construire sur les bases universitaires, puis aller vers ses développements scientifiques, médicaux et biotechnologiques pour atteindre les questions de société, celles du comment bien vivre ensemble.

M/S a déjà fêté ses 20 ans, acquis ses lettres de noblesse et sa place centrale dans la publication scientifique francophone. Mais la vie d’une revue est fragile, l’avenir de la presse « papier » profondément remis en question. Face à ce paradoxe, notre projet pour M/S place la revue au cœur d’un ensemble d’activités plus large lui donnant, en retour, une audience et une visibilité renouvelées.

Les assises de la revue

La revue « papier » restera ainsi au cœur de nos activités. Elle est sa nef, elle sera le vaisseau amiral. Mais les temps ont changé et la revue doit évoluer avec une structure tripartite : les Synthèses, le Magazine et le Forum.

  • M/S reste la seule revue de langue française portée à ce niveau d’exigence scientifique et de qualité éditoriale. Elle doit permettre l’expression en français des auteurs et des équipes francophones dans des synthèses de la littérature scientifique bien écrites. Les nouvelles Synthèses devront être courtes pour être agréables à lire et accessibles à un large public éduqué, sans que le fonds scientifique ne soit sacrifié, au contraire. Un effort sera donc demandé aux auteurs pour que leurs articles exposent de façon concise les faits collectés, les nouveaux acquis, et ce en bon français, car on ne pense jamais aussi clairement que dans sa langue usuelle et le français structure la pensée différemment de l’anglais. Y parvenir toujours n’est pas facile mais pourtant essentiel, en particulier pour un complément de formation des étudiants n’ayant généralement accès, à ce niveau de connaissance, qu’à des textes de langue anglaise. De plus, il sera désormais demandé aux auteurs de prendre du recul sur l’événement afin de l’analyser avec esprit critique et d’ouvrir sur une réflexion et une discussion. Pour soutenir l’intérêt d’une Synthèse, la préciser ou élargir le sujet, nous créerons un encadré qui s’intitulera « Prise de distance » faisant pendant au résumé. De là, tous les « rebonds » seront possibles et le site Internet de la revue s’ouvrira à la possibilité de débats et controverses à partir des articles publiés.

  • Le Magazine, souvent feuilleté en premier, est la vitrine de réactivité de M/S. Les Nouvelles permettent de suivre les résultats les plus récents au regard d’une littérature de plus en plus abondante. Je plaide toutefois pour le maintien des Brèves, forme où M/S a une tradition d’excellence, bien adaptée à une lecture rapide pour tous ceux qui souhaitent se tenir informés sans entrer dans le détail. Les Institutions de recherche et les Universités (françaises, québécoises ou nouvelles partenaires de l’alliance élargie) auront à leur disposition une tribune pour des Brèves à la suite des communiqués de presse toujours plus fréquents élaborés par ces structures à l’occasion de publications de leurs travaux.

  • Le Forum, l’une des originalités majeures de M/S, doit s’ouvrir en toute liberté aux analyses éthiques, économiques et sociales concernant la recherche biomédicale, la médecine, y compris le secteur des biotechnologies et de l’industrie pharmaceutique encore peu présent aujourd’hui. Une place nouvelle sera accordée à des fiches de lecture portant sur des ouvrages en langue française ayant trait à des questions de recherche biomédicale. La rubrique Hypothèses et Débats doit être renouvelée et pourrait s’alimenter des débats de société autour de la santé. Cette partie du journal est la plus propice à la possibilité d’ouvrir des blogs permettant l’expression libre des lecteurs sur des sujets controversés. À intervalles réguliers, de brèves synthèses des principaux arguments échangés sur un sujet donné seront faites par la rédaction.

Bonds et rebonds

M/S se développera sur la Toile. Le site Internet doit devenir un des vecteurs du développement de M/S. Il doit participer du rôle didactique de la revue, avec une bibliothèque d’images et de schémas accessible facilement par un moteur de recherche spécifique. Nous avons plusieurs projets de développement en cours et vous en reparlerons dès leur mise en place. En tout état de cause, et respectant ainsi notre mission de service au public, nos archives seront librement accessibles six mois après la parution des articles dans la revue.

M/S est le fruit d’une collaboration historique entre le Québec et la France que nous porterons aujourd’hui plus avant encore avec Michel Bouvier et son équipe. Riche de cette expérience, riche des numéros thématiques ayant illustré l’excellence de la recherche biomédicale pratiquée dans plusieurs grandes universités francophones, M/S doit être prêt à accueillir de nouveaux partenaires scientifiques, belges, suisses, et, plus largement, tout partenaire scientifique (société savante, organisation professionnelle…) et/ou hospitalo-universitaire francophone ayant une activité conséquente en recherche biologique et médicale.

M/S doit être porteur d’une vision prospective de la recherche biomédicale et prendre part le plus possible au débat public. Au-delà de réunions d’analyses qu’organisera la revue, des rencontres pourront être organisées en partenariat avec des médias et/ou des institutions de culture scientifique et technique. Les analyses et débats des pages Forum trouveraient ainsi un débouché plus large vers le public et, inversement, un résumé analytique de certains débats publics pourrait trouver sa place dans la partie Forum pour une audience plus vaste ou plus prolongée.

Collégialité et engagement de la communauté scientifique

La collégialité est le seul moyen de remplir ces objectifs ambitieux, car plus que jamais M/S doit être une aventure collective, partagée à travers toute la francophonie et à part égale par ses auteurs et ses lecteurs. La revue est prestigieuse et reconnue, mais elle ne pourra se maintenir et se développer sans un engagement militant des scientifiques et des médecins, tant sur la qualité des textes soumis que pour leur attractivité. Chacun devra également se mobiliser pour augmenter la visibilité de la revue, vers les jeunes, les lycéens et les étudiants en particulier, vers les professeurs de biologie du secondaire, vers la communauté médicale, vers le monde industriel, vers les administrations de régulation de la santé. Sur papier ou via des licences Internet, à titre individuel ou via des bibliothèques, il faut élargir le lectorat de M/S. Car la connaissance que nous cherchons à mettre à la disposition de tous est l’un de ces biens publics essentiels dont nul ne peut être privé et dont l’usage n’épuisera jamais la ressource. Aussi, en vous appelant à nous rejoindre pour ce nouvel essor de M/S, je conclurai avec une pensée de Montesquieu qui me semble aller à merveille à tout acteur de la biomédecine : « Pour faire de grandes choses, il ne faut pas être un grand génie : il ne faut pas être au-dessus des hommes, il faut être avec eux »2.


1

Emilia Robin, La pensée universitaire au Moyen Âge. www.eleves.ens.fr. L’auteur ne cite pas quelle est la dixième ville étape et je n’ai pu trouver l’original du texte d’Honorius d’Autun.

2

Montesquieu, Pensées.


© 2006 médecine/sciences - Inserm / SRMS

Les statistiques affichées correspondent au cumul d'une part des vues des résumés de l'article et d'autre part des vues et téléchargements de l'article plein-texte (PDF, Full-HTML, ePub... selon les formats disponibles) sur la platefome Vision4Press.

Les statistiques sont disponibles avec un délai de 48 à 96 heures et sont mises à jour quotidiennement en semaine.

Le chargement des statistiques peut être long.