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Editorial
Numéro
Med Sci (Paris)
Volume 22, Numéro 3, Mars 2006
Page(s) 227 - 228
Section Éditorial
DOI https://doi.org/10.1051/medsci/2006223227
Publié en ligne 15 mars 2006

Il y a un peu plus de cinq siècles, Juan Ponce de Léon embarquait vers les Indes Occidentales avec la deuxième expédition de Christophe Colomb (1493). Quelques années plus tard, il partait à la recherche de la fontaine de jouvence. Ironiquement, il découvrit la Floride, l’endroit des États-Unis où la proportion de personnes âgées dans la population est la plus élevée !

Mais si on songe aux avancées de la médecine et de l’hygiène au XXe siècle, est-on certain que l’allongement spectaculaire de la durée de la vie soit toujours un bienfait ? Au XVIIIe siècle, cette question a été formalisée par Jonathan Swift, lorsque Gulliver, de passage à Luggnagg, rencontre les Struldbruggs, une population qui « bénéficie » de l’immortalité, mais accompagnée par tous les stigmates de la sénescence :

« La question, en conséquence, n’était pas de savoir si un homme choisirait de rester toujours dans la prime jeunesse, accompagné de prospérité et de santé, mais de savoir comment il vivrait perpétuellement au milieu de la cohorte de maux que la vieillesse amène avec elle » [1].

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Un sceau-cylindre d’Ur III représentant Gilgamesh et Enkidu.

Sans doute, en satiriste expérimenté, Swift force-t-il le trait. Heureusement, de nombreuses personnes âgées bénéficient d’une bonne santé et d’une vie intellectuelle et sociale bien remplie. Mais la question qu’il pose doit nous faire réfléchir. D’un point de vue éthique, les vieillards ont-ils moins de valeur que les jeunes ? D’un point de vue économique, aurons-nous les ressources nécessaires à la prise en charge des personnes âgées ? La recherche biomédicale saura-t-elle relever le défi de la longévité en permettant de retarder encore plus les conséquences débilitantes associées au vieillissement ? La liste en est longue : diminution de l’élasticité des tissus, des défenses immunitaires, de la force musculaire, du fonctionnement des organes des sens et de la rapidité des réflexes, sans oublier la perte de mémoire et la désynchronisation des rythmes biologiques, ni l’augmentation des maladies liées à l’âge (cancers, maladies cardiovasculaires, syndrome métabolique et diabète de type II, ostéoporose, arthrose, cataracte et dégénérescence maculaire, maladies neurodégénératives…). Ces déficits et maladies associées au vieillissement sont retrouvés dans de nombreuses espèces, malgré des espérances de vie différentes (2-3 ans pour la souris, 12-15 ans pour le chien, 30-35 ans pour le chimpanzé, au-delà de 80 ans, déjà, pour l’homme). Cela suggère une importante coordination, liée à la longévité de l’organisme. Ce numéro spécial tente de faire le point des connaissances fondamentales sur le vieillissement biologique. Il aborde également ses aspects sociétaux, et la façon dont le Canada et la France envisagent de relever les défis qu’il impose à l’aube du troisième millénaire.

Depuis toujours, la question formulée par Swift s’est posée aux hommes : 2 700 ans avant notre ère, Gilgamesh, roi d’Uruk et premier des super-héros - il était au deux tiers d’origine divine et pour un seul tiers humain - avait un ami nommé Enkidu [2].

À la mort de celui-ci, Gilgamesh, au comble de la tristesse, partit à la recherche du secret de l’immortalité. Il consulta un vieillard très sage, nommé Utanapishti, un des rares mortels, selon les Sumériens, à avoir survécu au déluge. Le secret était de ne pas dormir pendant sept jours et sept nuits. Mais Gilgamesh ne réussit pas cette épreuve et Utanapishti, sans doute pour le consoler, lui fit alors don d’une plante de jouvence. À peine Gilgamesh avait-t-il pu se procurer la plante qu’elle fut dérobée par un serpent : il comprit alors qu’il n’est pas dans la nature de l’homme de vivre immortel.

En revanche, un peu d’optimisme ne nuit pas pour retarder l’instant fatal… C’est ce qu’indiquent plusieurs études épidémiologiques. À titre d’exemple, dans une cohorte de 999 sujets âgés de 65 à 85 ans, et suivis pendant 9 ans, le taux de mortalité, toutes causes confondues, était près de deux fois plus bas chez ceux qui présentaient un haut niveau d’optimisme par rapport aux pessimistes [3].

Références

  1. Swift J. Les voyages de Gulliver. Collection GF Flammarion. Paris : Flammarion, 1997 : 287. (Dans le texte)
  2. Bottéro J. L’Épopée de Gilgamesh, le grand homme qui ne voulait pas mourir. Collection L’aube des peuples. Paris : Gallimard, 1992. (Dans le texte)
  3. Giltay EJ, Geleijnse JM, Zitman FG, et al. Dispositional optimism and all-cause and cardiovascular mortality in a prospective cohort of elderly dutch men and women. Arch Gen Psychiatry 2004; 61 : 1126–35. (Dans le texte)

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Liste des figures

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Un sceau-cylindre d’Ur III représentant Gilgamesh et Enkidu.

Dans le texte

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