Quand l’odeur de la peur ressemble à celle du prédateur (brèves ; 27/06/2013)
© Fayard, 1986© Livre de Poche,
2006 [1]
Pour survivre, il faut être capable de détecter l’ennemi. Au cours de l’évolution de nombreux systèmes de détection, auditifs, visuels mais aussi olfactifs, ont été élaborés, avec les stratégies permettant de se soustraire au danger. Les phéromones - que l’on n’a encore jamais pu mettre en évidence chez l’homme - existent chez les mammifères. Ainsi, l’odeur d’un prédateur, ou kairomone, permet à la souris d’être avertie du danger, de même la perception d’une phéromone d’alarme (AP) émise par une congénère effrayée. Il a été démontré que cette AP active les neurones olfactifs du ganglion de Grueneberg (GG) situé dans le septum nasal d’où partent des axones en direction du bulbe olfactif [2]. C’est une équipe de Lausanne qui avait découvert, en 2008, cet organe sensoriel, détecteur de l’AP, et fonctionnel dès la naissance. Cette même équipe vient de faire une nouvelle avancée considérable : elle a réussi à isoler la substance chimique de cette phéromone d’alarme par microextraction suivie d’une chromatographie gazeuse et spectrométrie de masse ; il s’agit du 2-sec-butyl-4,5-dihydrothiazole, ou SBT [3]. Ce produit induit le même signal que la phéromone des souris apeurées, mâles ou femelles. Mais le plus surprenant est qu’il existe une similitude entre ce SBT et les molécules dégagées par les carnivores prédateurs de rongeurs, le 2,4,5-riméthylthiazoline, ou TMT. [4]. Par une technique d’imagerie, les auteurs ont montré que TMT, comme SBT, induit un signal calcium au niveau du GG, qui est transmis au bulbe olfactif. L’équipe de Lausanne a pu prouver que le comportement inné de peur qui se traduit par divers effets - immobilisation ou fuite et dissimulation - disparaissait après destruction axonale confirmant ainsi la transmission neurale du signal à partir du GG. SBT induit une élévation du calcium dans le GG, dont résulte un taux accru de corticostérone plasmatique entraînant ensuite chez la souris, mâle ou femelle et à tout âge, un comportement inné de peur. Ces molécules olfactives permettent à l’animal de se protéger du danger et de prévenir ses congénères. Mais comment se fait-il que ce signal de peur soit analogue à l’odeur émise par le prédateur ? Est-ce une forme encore inconnue de camouflage, comme le caméléon changeant de couleur ou le phasme prenant la forme d’une brindille, une crypsis moléculaire en quelque sorte ? Un sauf-conduit pour la survie en tout cas, comme chez Caenorabditis elegans dont la longévité est conditionnée par la perception d’une petite molécule au cours de sa vie adulte.
Dominique Labie
Inserm U567-CNRS UMR 8104
Institut Cochin, Paris, France
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Références
- Süskind P. Le Parfum : Histoire d’un meurtrier (Das Parfüm : die Geschichte eines Mörders), trad. Bernard Lortholary. Paris : Fayard, 1986 : 360 p.
- Brechtbühl L, et al. Science 2008 ; 321 : 1092-5.
- Brechtbühl L, et al. Proc Natl Acad Sci USA 2013 ; 110 : 4762-7.
- Papes F, et al. Cell 2010 ; 141 : 692-703.
