| Issue |
Med Sci (Paris)
Volume 41, Novembre 2025
Les Cahiers de Myologie
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| Page(s) | 19 - 22 | |
| Section | Actualités | |
| DOI | https://doi.org/10.1051/medsci/2025183 | |
| Published online | 28 November 2025 | |
Laminopathies : maladies rares, grands défis
Temps forts du 5e Congrès international des laminopathies
Laminopathies: rare diseases, major challenges. Highlights from the 5th International Meeting on Laminopathies
Sorbonne Université, Inserm, Institut de Myologie, Centre de recherche en myologie, Paris, France
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a.muchir@institut-myologie.org
Le 5e Congrès international des laminopathies s’est tenu du 21 au 23 mai 2025 sur le campus historique des Cordeliers de Sorbonne Université à Paris. Cet événement a réuni une communauté dynamique et interdisciplinaire comprenant des cliniciens, des généticiens, des chercheurs, des représentants de l’industrie et des associations de patients, venus de toute l’Europe et d’ailleurs. Le congrès a servi de plateforme interactive pour partager les dernières découvertes et avancées cliniques dans l’étude des laminopathies, un groupe hétérogène de maladies rares et héréditaires causées par des mutations dans les gènes codant les protéines de l’enveloppe nucléaire, en particulier le gène LMNA. En raison de leur nature multisystémique et de leur rareté, les laminopathies représentent des défis majeurs en matière de diagnostic et de prise en charge, soulignant l’importance des approches multidisciplinaires et de collaborations internationales. Pendant trois jours, le congrès a proposé un programme scientifique complet favorisant l’échange de connaissances entre les acteurs de la recherche fondamentale, de la pratique clinique et de la médecine translationnelle. Ce rapport présente une synthèse des avancées scientifiques les plus marquantes, des stratégies thérapeutiques émergentes et souligne l’intégration croissante de la perspective des patients, un fil conducteur tout au long du congrès, qui reflète une évolution vers une recherche et des soins centrés sur le patient dans le domaine des maladies rares.
Abstract
The 5th International Meeting on Laminopathies was held from May 21 to 23, 2025, at the historic Cordeliers Campus of Sorbonne University in Paris, France. This highly anticipated event brought together a vibrant and interdisciplinary community including clinicians, geneticists, researchers, industry representatives, and patient advocates from across Europe and beyond. The conference served as a dynamic platform for sharing the latest discoveries and clinical advances in the study of laminopathies, a heterogeneous group of rare, inherited diseases caused by mutations in genes encoding nuclear envelope proteins, most notably LMNA. Given their multisystemic nature and rarity, laminopathies pose significant challenges for both diagnosis and management, underscoring the importance of multidisciplinary approaches and international collaborations. Over the course of three days, the meeting featured a comprehensive scientific program promoting the exchange of knowledge between stakeholders in basic research, clinical practice, and translational medicine. This report provides a summary of the most impactful scientific insights, emerging therapeutic strategies, and highlights the increasing integration of the patient perspective, a key theme that ran throughout the meeting and reflects a broader movement toward patient-centered rare disease research and care.
© 2025 médecine/sciences – Inserm

Introduction
Les laminopathies représentent un groupe hétérogène et cliniquement complexe de maladies génétiques rares, principalement causées par des mutations du gène LMNA qui code les protéines lamines A et C, deux composants essentiels de la lamina nucléaire qui est un réseau filamenteux tapissant la face interne de l’enveloppe nucléaire. Ces protéines structurales jouent un rôle crucial dans le maintien de l’architecture du noyau, l’organisation de la chromatine, la mécanosensation, ainsi que la régulation de l’expression génique. Les mutations du gène LMNA perturbent l’intégrité et l’homéostasie nucléaires, entraînant une dysfonction cellulaire étendue dans de nombreux tissus. À l’échelle cellulaire, les lamines défectueuses compromettent la mécanique nucléaire, augmentent l’instabilité génomique et modifient les voies de signalisation, altérant ainsi les processus de prolifération, de différenciation et de réponse au stress cellulaire. Ces altérations physiopathologiques se traduisent par un large éventail de phénotypes cliniques, touchant les muscles squelettiques et cardiaques, le tissu adipeux, les nerfs périphériques et le système vasculaire, entre autres. Le spectre clinique des laminopathies est remarquablement varié et on y trouve quatre manifestations phénotypiques majeures. Cela inclut les dystrophies musculaires de début et sévérité variables, telles que la dystrophie musculaire congénitale liée à LMNA, la dystrophie musculaire d’Emery-Dreifuss (EDMD) et la dystrophie des ceintures de type 1B, caractérisées par une faiblesse musculaire progressive, des rétractions tendineuses et une cardiomyopathie dilatée avec atteinte du système conductif. Il y a également les cardiomyopathies dilatées avec atteinte du système de conduction, responsables d’arythmies, de blocs auriculo-ventriculaires et d’un risque accru de mort subite, sans atteinte musculaire squelettique associée. Le troisième phénotype majeur est la lipodystrophie partielle familiale de type Dunnigan, une laminopathie métabolique associée à une redistribution anormale de la graisse, une résistance à l’insuline, un diabète de type 2, une dyslipidémie et un risque cardiovasculaire élevé. Enfin, il y a les syndromes progéroïdes, tels que le syndrome de Hutchinson-Gilford, une pathologie pédiatrique dévastatrice marquée par un vieillissement accéléré, un retard de croissance, une ostéolyse et une athérosclérose précoce, entraînant généralement une mort prématurée à l’adolescence.

© A. Muchir
Cette variabilité phénotypique, même chez des individus porteurs de la même mutation LMNA, reflète l’interaction complexe entre le défaut génétique, les facteurs épigénétiques, la sensibilité tissulaire spécifique, et possiblement des modificateurs environnementaux. Elle pose également des défis considérables en termes de reconnaissance clinique, de précision diagnostique et de développement de thérapies ciblées.
Par ailleurs, la rareté des différentes formes de laminopathies, combinée à une symptomatologie pouvant mimer des maladies plus fréquentes, entraîne souvent des retards ou des erreurs de diagnostic. Cela souligne l’importance cruciale du dépistage génétique précoce, des modèles de soins multidisciplinaires, ainsi que de la recherche collaborative internationale, afin d’élucider les mécanismes pathologiques et de concevoir des stratégies thérapeutiques personnalisées et efficaces.
Un programme scientifique multidisciplinaire et à fort impact
Organisé sur trois journées, le 5e Congrès international des laminopathies (https://laminopathies.net) a rassemblé environ 150 participants issus d’un large éventail de disciplines, reflet de la nature intrinsèquement multisystémique des laminopathies. L’événement a réuni des experts en cardiologie, neurologie, endocrinologie, génétique médicale, biologie cellulaire, pédiatrie et recherche translationnelle, aux côtés de représentants de patients, de spécialistes des essais cliniques et de partenaires de l’industrie biotechnologique. Cette diversité a favorisé une atmosphère véritablement interdisciplinaire, essentielle pour relever les défis diagnostiques et thérapeutiques que posent ces maladies rares et complexes.
Le programme scientifique a été soigneusement conçu pour équilibrer les avancées de la recherche fondamentale avec des perspectives cliniques concrètes, proposant un agenda dynamique et riche en formats variés. Au cours des conférences plénières, les présentations de haut niveau ont mis en avant des leaders internationaux reconnus qui ont partagé des avancées majeures sur la biologie de l’enveloppe nucléaire, les mécanismes de progression des laminopathies et les modèles expérimentaux de pointe. Parmi ceux-ci figuraient des systèmes de cellules souches pluripotentes induites dérivées de patients, des souris génétiquement modifiées et des cultures organoïdes 3D. Ces conférences ont souligné la manière dont ces modèles sont exploités pour identifier de nouvelles cibles moléculaires et évaluer l’innocuité et l’efficacité de thérapies candidates. Les sessions thématiques, axées sur des sujets cliniques et translationnels clés, ont exploré en profondeur les technologies diagnostiques émergentes telles que le séquençage haut débit, la transcriptomique unicellulaire et les tests biophysiques de l’enveloppe nucléaire. Les intervenants ont également abordé l’identification de biomarqueurs circulants, l’intégration de la médecine personnalisée et les avancées dans le développement de traitements innovants. Notamment, les progrès des technologies d’édition génique (CRISPR/Cas9), des oligonucléotides antisens et des petites molécules ciblant les voies de stress nucléaire ont été présentés, témoignant d’un élan croissant vers des interventions modifiant l’évolution de la maladie.

© A. Muchir
Véritables piliers du congrès, les sessions de présentations des posters ont offert aux jeunes chercheurs, doctorants et cliniciens débutants, une plateforme pour présenter leurs résultats inédits et études pilotes. Ces moments d’échanges informels ont favorisé les discussions scientifiques, les opportunités de mentorat et l’émergence de nouvelles collaborations au-delà des frontières institutionnelles et nationales. De nombreux posters portaient sur les outils de diagnostic innovants, les corrélations génotype-phénotype et les essais thérapeutiques exploratoires, illustrant le dynamisme de la recherche dans ce domaine.
Au cours des tables rondes interactives, les discussions très participatives ont offert un espace de dialogue interdisciplinaire sur des enjeux cruciaux de la recherche et de la prise en charge des laminopathies. Les thèmes abordés comprenaient les décisions cliniques dans la cardiomyopathie liée au gène LMNA, les considérations éthiques dans les essais de thérapie génique pédiatrique, l’intégration des résultats rapportés par les patients, ainsi que la conception de registres multicentriques et d’études longitudinales. Le format ouvert a encouragé la résolution collaborative de problèmes et mis en lumière la nécessité de coordonner les efforts internationaux pour harmoniser les pratiques cliniques et méthodologies de recherche.
Ainsi, dans la continuité des premières éditions des réunions internationales des laminopathies, la structure et le contenu du programme ont illustré une volonté forte de traduire les découvertes fondamentales en actions cliniques concrètes, tout en reconnaissant le rôle central des patients et de leurs familles dans l’orientation des priorités de recherche. En prolongeant les passerelles entre laboratoires, pratique clinique et vécu des patients, le congrès a posé les bases solides d’un progrès durable en matière de connaissances et de soins dans le domaine des laminopathies.
Avancées cliniques et thérapeutiques
Un axe scientifique et clinique majeur de la conférence a porté sur l’atteinte cardiaque, l’une des manifestations les plus fréquentes et les plus graves des laminopathies. En raison de son apparition précoce et de sa progression rapide, un diagnostic précoce ainsi qu’une intervention préventive sont essentiels pour optimiser la prise en charge des patients.
Les discussions ont souligné l’importance d’optimiser et de développer plus avant les algorithmes de stratification du risque spécifiquement adaptés aux porteurs de mutations de LMNA. Ces outils devraient intégrer à la fois des variables cliniques (comme l’âge de début des symptômes, les antécédents familiaux et les anomalies à l’électrocardiogramme (ECG)), des données génotypiques spécifiques, ainsi que des biomarqueurs d’imagerie. Les experts ont débattu des critères actuels pour l’implantation prophylactique de défibrillateurs automatiques, en particulier chez les patients asymptomatiques ou présentant une fonction ventriculaire gauche seulement légèrement altérée. L’importance d’une évaluation électrophysiologique précoce et d’une prise de décision partagée a été mise en avant afin de prévenir les événements arythmiques fatals.
Plusieurs présentations ont également porté sur l’évolution du paysage des essais cliniques ciblant la cardiolaminopathie, y compris des traitements par petites molécules, des interventions de modification génique et des approches de médecine de précision. Des chercheurs ont partagé des données préliminaires issues d’études de l’histoire naturelle de la maladie ainsi que d’essais de phases 1 et 2, soulignant la valeur des registres internationaux et de la collaboration multicentrique pour faciliter le recrutement des patients et l’harmonisation des critères d’évaluation.
Un autre domaine central abordé a été celui des laminopathies métaboliques. L’interaction entre les mécanismes nucléaires et l’homéostasie métabolique a constitué un fil conducteur des discussions, ouvrant de nouvelles pistes pour des interventions ciblées qui prennent en compte à la fois les altérations structurelles de l’enveloppe nucléaire et les déséquilibres métaboliques systémiques. Le rôle potentiel des agents métaboliques a été discuté, tout comme les efforts en cours pour développer des biomarqueurs capables de guider une prise en charge personnalisée et de suivre la réponse aux traitements.
Dans l’ensemble, ces sessions ont reflété une vision de plus en plus intégrée des laminopathies, perçues comme des affections dépassant les frontières traditionnelles des systèmes d’organes, et nécessitant une approche multidisciplinaire tant pour le diagnostic que pour le traitement et l’innovation thérapeutique.
Les patients au cœur du dialogue
L’un des moments les plus émouvants et marquants fut sans conteste la session dédiée aux patients, session mise en place dès les toutes premières éditions de ces réunions internationales. Cette cinquième édition a réuni des personnes vivant avec une laminopathie, leurs familles, des professionnels de santé et des chercheurs, dans un cadre ouvert, bienveillant et empreint d’écoute. Elle a offert un espace rare et profondément significatif de dialogue direct entre l’expérience vécue des patients et les communautés scientifique et médicale engagées dans la compréhension et le traitement de ces maladies rares. Les patients et leurs proches y ont livré des témoignages poignants sur leur parcours diagnostique souvent long, incertain et semé d’erreurs, ainsi que sur les défis physiques, émotionnels et sociaux auxquels ils font face au quotidien. De la surveillance cardiaque répétée à la dégénérescence musculaire, en passant par le poids psychologique de vivre avec une pathologie évolutive et encore mal comprise, leurs récits ont mis en lumière le coût humain des retards diagnostiques et des prises en charge fragmentées.
Cette session a également permis aux patients d’exprimer leurs attentes pour la recherche à venir : accélération du transfert des découvertes scientifiques vers des traitements concrets, prise en compte des résultats rapportés par les patients dans les essais cliniques, et amélioration de la communication entre soignants et malades sur l’évolution de la maladie et les options thérapeutiques. Les cliniciens et chercheurs ont répondu par des mises à jour sur les essais cliniques en cours, les stratégies thérapeutiques émergentes et les efforts de collaboration internationale. Ce dialogue bidirectionnel, fondé sur le respect mutuel et un engagement commun, a illustré l’impact direct de l’implication des patients : réorientation des protocoles d’essais cliniques, émergence de nouvelles hypothèses de recherche, mise en place de registres de patients et de réseaux de soins spécifiques aux laminopathies. Cette session a ainsi rappelé, avec force, l’impératif éthique d’intégrer les perspectives des patients à chaque étape du continuum recherche-soins, de la recherche fondamentale à la politique de santé, en passant par le design des études cliniques. Elle a aussi souligné l’urgence de développer des modèles de soins multidisciplinaires accessibles à toutes et tous, sans barrière géographique et à la hauteur de la complexité systémique des laminopathies, qui prennent en compte non seulement les besoins médicaux, mais aussi psychologiques, nutritionnels, sociaux et de rééducation. Au-delà de sa valeur scientifique et structurelle, cette session a apporté une profondeur humaine essentielle à la rencontre, rappelant que derrière chaque mutation génétique ou donnée clinique se trouve une personne – et bien souvent une famille entière – qui affronte la réalité d’une maladie rare. Elle a réaffirmé la mission plus large de la communauté dédiée aux laminopathies, à savoir faire progresser non seulement la connaissance, mais aussi la compassion, l’autonomisation et la qualité de vie des personnes concernées.
Conclusion
Le 5e Congrès international sur les laminopathies a témoigné de l’élan et de l’esprit de collaboration qui animent les avancées dans ce domaine exigeant. La convergence des expertises cliniques, de la recherche fondamentale et de l’expérience des patients laisse entrevoir une accélération significative du développement de diagnostics précis et de thérapies efficaces. Cet événement a ainsi permis de futures initiatives de recherche internationales, de réseaux d’essais cliniques, ainsi que de programmes de formation destinés à soutenir et former la prochaine génération de chercheurs engagés dans l’étude des maladies rares de l’enveloppe nucléaire.
Liens d’intérêt
L’auteur déclare n’avoir aucun lien d’intérêt concernant les données publiées dans cet article.
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