L’AMPK (AMP-activated protein kinase) a
été, pour la première fois, caractérisée en 1975 comme étant la
protéine kinase phosphorylant et inhibant la
3-hydroxy-3-méthylglutaryl-coenzyme A réductase, une enzyme
impliquée dans la synthèse du cholestérol. Puis, en 1980, une
protéine kinase également dépendante de l’AMP et inhibant
l’acétyl-CoA carboxylase (ACC), enzyme contrôlant la synthèse des
acides gras, a été découverte. Ce n’est, cependant, qu’en 1987 que
l’AMPK est formellement identifiée comme étant l’unique enzyme
responsable de l’inhibition conjointe de la synthèse du cholestérol
et des acides gras. Grâce à son clonage en 1994, les rôles de
l’AMPK ont pu être mieux définis. L’AMPK est alors apparue comme un
senseur métabolique incontournable permettant l’ajustement précis
des besoins et disponibilités énergétiques cellulaires.
Structure et régulation de l’AMPK
L’AMPK existe sous la forme d’un complexe
hétérotrimérique composé d’une sous-unité catalytique (a) et de
deux sous-unités régulatrices (b et g), chacune représentée par
différentes isoformes (a1, a2, b1, b2, g1, g2 et g3) codées par des
gènes distincts (Figure 1). Ainsi, il est théoriquement
possible de réaliser 12 combinaisons hétérotrimériques abg
différentes dont les fonctions dépendront des isoformes présentes
dans les complexes formés. Les variations des profils d’expression
tissulaire, de la localisation subcellulaire et de la sensibilité à
l’AMP des différents hétérotrimères abg, apportent une complexité
supplémentaire dans la compréhension du mode d’action et du rôle
physiologique de l’AMPK [1, 2]. Bien que les rôles spécifiques
joués par ces différents complexes soient encore peu connus, il est
aisé d’imaginer l’existence de propriétés tissus spécifiques.
Ainsi, la représentation majoritaire de l’hétérotrimère a2b2g3 dans
le muscle squelettique humain [3, 4] renforce l’idée d’une action
physiologique spécialisée des hétérotrimères AMPK au niveau de
voies métaboliques spécifiques dans ce tissu. La sous-unité
catalytique a contient le domaine kinase dans sa région
aminoterminale, suivi d’un domaine d’auto-inhibition actif
uniquement en absence d’AMP et d’un domaine d’interaction avec les
sous-unités b et g. On retrouve une forte expression de l’isoforme
a1 dans le rein, le poumon et le tissu adipeux alors que l’isoforme
a2 est exprimée principalement dans le cœur et le muscle
squelettique. La localisation à la fois cytoplasmique et nucléaire
de l’isoforme a2 permet de contrôler directement l’expression d’un
certain nombre de gènes par la phosphorylation de facteurs de
transcription [5, 8] (Figure 2B). La sous-unité b contient
également un domaine d’interaction protéine-protéine qui permet la
liaison des sous-unités a et g, permettant ainsi la formation du
complexe enzymatique hétérotrimérique. Cette sous-unité contient
aussi un domaine de liaison au glycogène dont la fonction
physiologique reste encore à élucider [9, 10]. La sous-unité g
possède une répétition de quatre motifs CBS
(cystathionine-b-synthase) formant un site allostérique pour la
liaison de l’AMP et de l’ATP avec des affinités qui diffèrent pour
chacune de ses isoformes [1]. L’importance des domaines CBS a été
mise en évidence par la découverte des conséquences induites par
différentes mutations de la sous-unité g. Ainsi, une mutation, chez
le porc, de la sous-unité g3, isoforme d’expression restreinte
au muscle squelettique [1], entraîne une augmentation du glycogène
au niveau musculaire ayant une influence néfaste sur la qualité de
la viande alors que des mutations de la sous-unité g2 chez l’homme
(Figure 1) sont associées à une accumulation de
glycogène dans le cœur provoquant un trouble de conduction
cardiaque, le syndrome de Wolff-Parkinson-White [11].

Figure 1. Structure du complexe
AMPK. Le profil de migration en gel d’électrophorèse
dénaturant du complexe AMPK purifié à partir de foie de rat est
présenté à gauche de la figure. L’AMPK est une enzyme
hétérotrimérique comprenant une sous-unité catalytique a et deux
sous-unités régulatrices b et g qui sont indiquées sur le coté du
gel d’électrophorèse. Chez les mammifères, il existe deux isoformes
pour les sous-unités a (a1, a2) et b (b1, b2), et trois isoformes
pour la sous-unité g (g1, g2 et g3) de telle sorte qu’il est
possible de réaliser 12 combinaisons abg différentes dans chaque
tissu de l’organisme. La structure des sous-unités a, b et g est
représentée schématiquement dans la partie droite de la figure. La
sous-unité catalytique a contient dans sa région aminoterminale le
domaine kinase ainsi que le site de phosphorylation (Thr172) par
l’AMPK kinase suivi d’un domaine d’auto-inhibition et d’un domaine
d’interaction avec les sous-unités b et g. La sous-unité b contient
un domaine de liaison au glycogène et un domaine d’interaction
protéine-protéine permettant la formation du complexe enzymatique
hétérotrimérique par la liaison des sous-unités a et g. La
sous-unité g possède une répétition de quatre motifs CBS
(cystathionine-b-synthase) impliqués dans la liaison de l’AMP et de
l’ATP. La localisation de cinq mutations de la sous-unité g2
identifiées chez l’homme qui ont été associées à une accumulation
de glycogène dans le cœur (syndrome de Wolff-Parkinson-White) et de
la mutation de la sous-unité g3 entraînant une augmentation du
glycogène au niveau musculaire chez le porc est indiquée par des
flèches.
L’activité du complexe hétérotrimérique de
l’AMPK est contrôlée de manière extrêmement sensible en réponse à
de faibles variations des concentrations en nucléotides
intracellulaires et plus particulièrement de l’AMP. La régulation
de l’activité AMPK par l’AMP est complexe car elle implique
différents niveaux de régulation (Figure 2A). Tout d’abord,
l’activité de l’AMPK est modulée de façon allostérique par l’AMP
(stimulation) et l’ATP (inhibition) de manière compétitive
(Figure 2A, point ). En effet, ces nucléotides se
fixent sur le même site de fixation formé par les domaines CBS de
la sous-unité g. De plus, la liaison de l’AMP favorise la
phosphorylation de l’AMPK au niveau de son résidu Thr172
localisé dans la boucle d’activation du domaine catalytique
(Figure 1 et Figure 2A, point ‚).
Cette phosphorylation est essentielle pour assurer l’activation de
l’AMPK. La liaison de l’AMP protège également l’AMPK d’une
déphosphorylation par les protéines phosphatases (Figure 2A,
point ƒ). Deux protéines kinases capables de phosphoryler et
d’activer l’AMPK ont été récemment identifiées : il s’agit de
la protéine kinase suppresseur de tumeur LKB1 [12-14] et de la
protéine kinase CaMKKb [15, 16]. Étrangement, dans la cellule, LKB1
ne répond pas aux variations du rapport AMP/ATP et semble être
constitutivement active. C’est, en fait, la liaison de l’AMP au
complexe AMPK qui permettrait d’expliquer l’activation de l’AMPK
par LKB1, en modifiant la structure de l’AMPK et en permettant
l’accessibilité du résidu Thr172 à LKB1. Le mécanisme
d’activation de l’AMPK par la CaMKKb, ainsi que son implication
potentielle dans des phénomènes physiopathologiques, restent encore
à éclaircir.

Figure 2. Régulation et activation de
l’AMPK. A. Les changements de concentration en AMP et ATP
sont les principaux régulateurs de l’activité de l’AMPK. L’AMPK est
activée de façon allostérique par l’AMP et inhibée par l’ATP par
compétition pour un même site de fixation sur la sous-unité
régulatrice g de l’AMPK (point ). La liaison de l’AMP favorise la
phosphorylation de la sous-unité catalytique a par les AMPK kinases
(LKB1 et CaMMKb) (point ‚), essentielle pour assurer l’activation
de l’AMPK, et empêche également sa déphosphorylation par les
protéines phosphatases (point ƒ). C’est l’augmentation du rapport
AMP/ATP qui détermine l’activation de l’AMPK en réponse aux
épisodes de stress énergétique comme l’absence de glucose,
l’exercice physique, l’ischémie ou l’hypoxie. Lorsque la balance
énergétique cellulaire est perturbée, les rapports ATP/ADP et
ATP/AMP sont alors automatiquement modifiés par l’intervention de
l’adénylate kinase (point „). Une fois activée, l’AMPK favorise les
réactions métaboliques génératrices d’ATP et réduit les voies
anaboliques consommatrices d’ATP (point …). B.
Régulation transcriptionnelle des gènes de la lipogenèse et de la
néoglucogenèse par l’AMPK. L’activation de l’AMPK inhibe
l’expression des gènes codant le co-activateur PGC1a en
phosphorylant le coactivateur TORC2, empêchant son accumulation
nucléaire. L’inhibition de la transcription des facteurs SREBP1c et
ChREBP est réalisée par un mécanisme encore inconnu. L’AMPK
phosphoryle également les facteurs de transcription ChREBP et
HNF4a, bloquant leur accumulation nucléaire ou provoquant leur
dégradation protéolytique.
Rôle physiologique de l’AMPK
Chez les mammifères, les cellules doivent
maintenir une balance énergétique positive et stable, caractérisée
par un rapport ATP/ADP élevé (ratio 10/1). Lorsque cette
balance énergétique est perturbée par un facteur environnemental,
la production d’ATP chute. Le rapport ATP/ADP ainsi que le rapport
ATP/AMP sont alors automatiquement modifiés par l’intervention de
l’adénylate kinase (Figure 2A, point „). C’est
l’augmentation du rapport AMP/ATP qui détermine l’activation de
l’AMPK en réponse aux épisodes de stress énergétique comme
l’absence de glucose, l’exercice physique, l’ischémie ou l’hypoxie.
Une fois activée, l’AMPK participe au maintien de l’homéostasie
énergétique cellulaire en contrôlant, à court terme, l’activité de
certaines enzymes et à long terme, l’expression de certains gènes,
la plupart impliqués dans le métabolisme énergétique [17, 19].
Ainsi, afin de réajuster la balance énergétique cellulaire,
l’activation de l’AMPK stimule des voies cataboliques impliquées
dans la synthèse d’ATP (oxydation des acides gras, glycolyse) et
inhibe des voies anaboliques ou consommatrices d’ATP (synthèse des
protéines, de cholestérol et des acides gras) (Figure 2A,
point …). Ce système senseur du métabolisme énergétique
constitue un mécanisme de survie cellulaire hautement conservé chez
les eucaryotes, son apparition remontant à un milliard d’années. De
nombreux orthologues de l’AMPK sont en effet retrouvés, entre
autres, chez la mouche, le nématode, la levure ou les plantes. Chez
la levure Saccharomyces cerevisiae, la perte d’activité AMPK
(SNF1) provoque, par exemple, l’incapacité de croissance en absence
de glucose et, chez la mousse Physcomitrella patens, l’AMPK
contrôle les changements métaboliques imposés au cours de la
transition entre les périodes de lumière et d’obscurité.
Contrôle du métabolisme du glucose et des
lipides par l’AMPK
L’AMPK joue un rôle important dans le contrôle
du métabolisme lipidique en phosphorylant et inactivant l’ACC.
L’ACC catalyse la transformation de l’acétyl-CoA en malonyl-CoA ce
qui, dans le foie et le tissu adipeux, constitue la première
réaction de la biosynthèse des acides gras. En inactivant l’ACC,
l’AMPK est donc responsable d’une inhibition de la synthèse des
acides gras dans ces tissus lipogéniques. L’AMPK a également un
effet de régulation à long terme sur la transcription des gènes de
la lipogenèse, ACC et synthase des acides gras [19], en inhibant
l’expression et l’activité des facteurs de transcription SREBP1c
(sterol regulatory element binding protein 1c) [19, 20] et
ChREBP (carbohydrate response element binding protein) [5,
19] (Figure 2B). En outre, dans le foie mais également dans
les muscles striés (squelettiques et myocardiques), le malonyl-CoA
produit par l’ACC joue le rôle d’élément régulateur : il
bloque, en effet, le transport des acides gras du cytosol vers la
mitochondrie en inhibant la carnitine-palmitoyl transférase-1
(CPT-1). Dans ces tissus, l’activation de l’AMPK entraîne donc une
diminution de la concentration cytosolique de malonyl-CoA,
facilitant ainsi la pénétration des acides gras dans la
mitochondrie et leur oxydation. Par ce mécanisme, il a été
récemment démontré que la leptine et l’adiponectine, deux
adipokines sécrétées par le tissu adipeux, stimulent l’oxydation
des acides gras dans le foie et le muscle squelettique
secondairement à une activation de l’AMPK dans ces tissus [21, 23].
L’effet de déplétion lipidique obtenu dans ces tissus permet alors
l’amélioration des paramètres métaboliques dans différents modèles
de rongeurs insulinorésistants. En effet, l’accumulation des
triglycérides dans le foie et le muscle squelettique participe à la
physiopathologie de l’insulinorésistance chez l’homme et l’animal,
alors que la déplétion lipidique de ces tissus améliore la
sensibilité à l’insuline (concept de lipotoxicité). On voit donc
tout l’intérêt métabolique que peut avoir une activation de l’AMPK
et la réduction de la lipotoxicité qui l’accompagne. Ainsi,
l’activation de l’AMPK par un agent pharmacologique, l’AICAR
(5-aminoimidazole-4-carboxamide-1-b-ribofuranoside), entraînant une
augmentation intracellulaire de ZMP, un analogue non métabolisable
de l’AMP, améliore les paramètres métaboliques de rongeurs
insulinorésistants en favorisant la déplétion lipidique des tissus
[24]. Par ailleurs, il a été récemment démontré que l’AMPK favorise
la biogenèse mitochondriale musculaire par activation du facteur de
transcription PGC-1a (peroxisome proliferator-activated
receptor g coactivator-1a), ce qui permet
d’optimiser l’oxydation des substrats [25].
L’AMPK participe également à la régulation du
métabolisme glucidique. Ainsi, l’activation de l’AMPK favorise le
transport insulino-indépendant du glucose dans le muscle
squelettique et le cœur [26, 27]. Une fois capté dans le muscle
squelettique, le glucose est immédiatement oxydé plutôt que stocké
sous forme de glycogène, réaction coûteuse en énergie, via
l’inhibition de la glycogène synthase par l’AMPK [28]. Dans le
muscle cardiaque, l’AMPK stimule la glycolyse par un mécanisme
faisant intervenir la 6-phosphofructo-2 kinase (PFK-2) [29]. L’AMPK
phosphoryle et active la PFK-2, entraînant une augmentation du
fructose-2,6-bisphosphate intracellulaire, un puissant stimulateur
allostérique de la PFK-1, enzyme clé de la glycolyse. D’autre part,
il a été démontré que l’activation de l’AMPK hépatique par l’AICAR
ou l’adiponectine réprime l’expression des principaux gènes
impliqués dans la néoglucogenèse, glucose-6-phosphatase (G6Pase) et
phosphoénolpyruvate carboxykinase (PEPCK), et inhibe la production
hépatique de glucose [19, 22, 30]. Cela a également été montré en
utilisant une forme constitutivement active de l’AMPK d’expression
exclusivement hépatique. En effet, une activation spécifique de
l’AMPK dans le foie, en réduisant l’expression des gènes clés de la
néoglucogenèse, est suffisante pour normaliser la glycémie de
souris ob/ob et de souris rendues diabétiques par la
streptozotocine [19]. Le modèle actuel de régulation
transcriptionnelle des gènes de la néoglucogenèse par l’AMPK
implique l’inhibition de la translocation nucléaire du
co-activateur TORC2 (transducer of regulated cyclic-AMP response
element binding activator 2) et, en conséquence, de
l’expression du co-activateur PGC-1a [6] (Figure 2B). PGC-1a
est un co-activateur essentiel à l’activation des gènes de la
néoglucogenèse (G6Pase, PEPCK) par l’intermédiaire des facteurs de
transcription HNF4a (hepatocyte nuclear factor 4a) et
FoxO1 (forkhead box transcription factor O1). L’inhibition
transcriptionnelle des gènes de la néoglucogenèse peut être
également réalisée par la phosphorylation par l’AMPK des facteurs
de transcription HNF4a et FoxO1, provoquant ainsi leur dégradation
protéolytique [7, 8, 18] (Figure 2B).
Une autre stratégie pour étudier les effets
métaboliques de l’AMPK consiste à créer des modèles murins
déficients en AMPK. La délétion de l’isoforme a2 de l’AMPK provoque
une insulinorésistance, une intolérance au glucose, une
hypertriglycéridémie et une sensibilité accrue aux effets délétères
d’un régime riche en lipides [31, 32], c’est-à-dire un phénotype
équivalent au syndrome métabolique chez l’homme. Cela est
intéressant à plus d’un titre : d’une part, il est confirmé
que l’AMPK joue un rôle crucial dans la régulation métabolique et
pondérale ; d’autre part, l’AMPK pourrait être un nouveau gène
candidat associé au syndrome métabolique chez l’homme.
Avec l’ensemble de ces données, on peut
logiquement imaginer qu’une activation pharmacologique de l’AMPK
pourrait être une nouvelle voie thérapeutique dans la prise en
charge de l’insulinorésistance et du diabète insulino-indépendant.
Les mécanismes d’action de l’AMPK expliquent d’ailleurs, en partie,
les effets métaboliques bénéfiques chez l’homme de deux familles
d’anti-diabétiques, les biguanides (metformine et phenformine) et
les thiazolidinediones (rosiglitazone), qui activent chacune l’AMPK
[20, 33].
Régulation de la prise alimentaire
Outre son rôle de détecteur de l’état
énergétique cellulaire, l’AMPK pourrait être également impliquée
dans le contrôle central de la satiété au niveau de l’hypothalamus
(Figure 3), une région du cerveau jouant un rôle
central dans l’homéostasie énergétique de l’organisme en régulant
la prise alimentaire et la dépense énergétique. Il a ainsi été
récemment montré que l’activité de l’AMPK hypothalamique varie avec
le statut nutritionnel, l’AMPK étant activée à jeun et inhibée en
période de satiété [34]. Un parallèle intéressant a également été
mis en évidence entre le niveau d’activité de l’AMPK hypothalamique
et la prise alimentaire en réponse à différentes hormones ou
métabolites connus pour être modulés par l’état nutritionnel :
la ghréline et les endocannabinoïdes activent l’AMPK et induisent
la prise alimentaire alors que l’insuline, le glucose et la leptine
agissent de manière opposée [34-36]. Plusieurs résultats montrent
également que des variations du statut énergétique de
l’hypothalamus sont capables de moduler directement l’activité
AMPK. Ainsi, une déplétion en ATP causée par le 2-désoxyglucose
(analogue non métabolisable du glucose) active l’AMPK et la prise
alimentaire alors qu’une augmentation de l’état énergétique due à
l’injection intrahypothalamique de C75 (inhibiteur de la synthèse
des acides gras) ou d’acide a-lipoïque (acide gras à chaîne courte)
inhibe l’AMPK et la prise alimentaire [37, 38]. De même, la
surexpression hypothalamique d’une forme constitutivement active de
l’AMPK chez la souris conduit à une augmentation sensible de sa
prise alimentaire alors que l’expression d’une forme inactive de
l’AMPK ou l’injection intra-hypothalamique de composé C, un
inhibiteur de l’AMPK, a un effet inverse [34, 37, 38]. L’ensemble
de ces résultats montre que l’AMPK hypothalamique constitue une
cible commune à de nombreux facteurs affectant le comportement
alimentaire. En revanche, les voies de signalisation par lesquelles
l’AMPK contrôle la prise alimentaire, notamment via
l’expression des neuropeptides orexigéniques NPY (neuropeptide Y)
et AgRP (agouti related protein) et anorexigéniques POMC
(proopiomélanocortine) et CART (cocaine- and
amphetamine-regulated transcript), restent encore mal connues.
La mise en évidence d’une hyperphagie couplée à une activation de
l’AMPK hypothalamique chez des souris rendues diabétiques par
injection de streptozotocine [39] conforte également l’idée que
l’AMPK pourrait constituer une cible thérapeutique intéressante
pour la prise en charge des troubles du comportement alimentaire.
Néanmoins, il faut souligner que l’AMPK est régulée de façon
différente dans l’hypothalamus et les tissus périphériques. Par
exemple, la leptine active l’AMPK dans le muscle squelettique et
l’inhibe dans l’hypothalamus, ce qui suggère que les mécanismes de
régulation impliqués sont différents. Ainsi, sauf à pouvoir
délivrer localement des concentrations thérapeutiques déterminées,
l’utilisation d’inhibiteurs pharmacologiques de l’AMPK pour réduire
la prise alimentaire pourrait se révéler difficile en raison de
leurs effets préjudiciables attendus sur le métabolisme énergétique
des tissus périphériques.

Figure 3. Régulation de l’activité de
l’AMPK hypothalamique par les signaux hormonaux et
nutritionnels. L’hypothalamus joue un rôle central dans
l’homéostasie énergétique de l’organisme en contrôlant à la fois la
prise alimentaire et la dépense énergétique. Des neurones
hypothalamiques intègrent de nombreux signaux hormonaux et
nutritionnels et induisent un changement du comportement
alimentaire et métabolique. Le réseau de signalisation intégrant
ces régulations est complexe et des études récentes ont accordé à
l’AMPK hypothalamique une place centrale dans le contrôle de la
prise alimentaire. En effet, l’activité de l’AMPK hypothalamique
varie avec le statut nutritionnel : le jeûne active l’AMPK
alors que la prise alimentaire l’inhibe. Parmi les nombreux
facteurs circulants qui varient au cours du cycle nutritionnel,
l’insuline, le glucose et la leptine sont connus comme étant des
inhibiteurs puissants de la prise alimentaire et également de
l’activité de l’AMPK hypothalamique. La ghréline et les
endocannabinoïdes ont des effets opposés. Plusieurs travaux
suggèrent que le malonyl-CoA est un médiateur clé en aval de l’AMPK
dans le contrôle de la prise alimentaire. L’activation de l’AMPK
induit une baisse de l’activité de l’ACC qui, en conséquence,
diminue l’accumulation de malonyl-CoA intra-hypothalamique. Cette
réduction de malonyl-CoA hypothalamique influence probablement la
prise alimentaire par la régulation de l’expression des
neuropeptides orexigéniques (NPY, AgRP) et anorexigéniques (POMC,
CART).
Contrôle du métabolisme myocardique par
l’AMPK
Le cœur doit produire quotidiennement près de
35 kg d’ATP pour assurer son activité contractile et son rôle
de pompe. Il tire son énergie de l’oxydation de substrats comme les
acides gras et le glucose (Figure 4A). Pour cela, un apport
continu en oxygène est fourni par les artères coronaires. Le
rétrécissement ou l’occlusion d’une artère coronaire produit une
diminution de la perfusion du myocarde (ischémie) et par conséquent
une réduction de l’apport en substrat et en oxygène. En l’absence
d’oxygène, le métabolisme oxydatif cesse et la glycolyse devient la
seule voie métabolique susceptible de produire de l’ATP (Figure
4B). L’énergie est produite à partir du glucose exogène mais
aussi à partir de la dégradation du glycogène (glycogénolyse). Face
à cette situation de stress métabolique, la glycolyse est stimulée,
permettant de fournir un minimum d’énergie pour maintenir la survie
cellulaire. L’AMPK joue un rôle clé dans cette stimulation. D’une
part, l’activation de l’AMPK entraîne une translocation du
transporteur de glucose GLUT-4 au niveau de la membrane plasmique
facilitant la pénétration du glucose dans le cardiomyocyte par un
mécanisme indirect et encore inconnu [27]. D’autre part, l’AMPK
phosphoryle et active la PFK-2, entraînant une augmentation du
fructose-2,6-bisphosphate intracellulaire, un puissant stimulateur
allostérique de la PFK-1 [29]. De plus, les voies anaboliques
consommatrices d’énergie sont inhibées au cours de l’ischémie.
Ainsi, la synthèse des protéines (responsable de 30 % de la
consommation d’ATP en métabolisme basal) est réduite par
phosphorylation et inhibition du facteur d’élongation eEF-2 par
l’AMPK, rendant impossible l’élongation des chaînes peptidiques.
Lorsque la perfusion myocardique est rétablie, le métabolisme
oxydatif est à nouveau possible et l’oxydation des acides gras
devient la source principale d’énergie fournissant de 80 % à
90 % de la production d’ATP. Le mécanisme moléculaire proposé
fait, une fois de plus, intervenir l’AMPK par son action sur l’ACC,
facilitant la pénétration des acides gras dans la mitochondrie et
donc leur oxydation (Figure 4C). Il a été en effet démontré
que l’AMPK reste active au cours des premiers moments de la
reperfusion et que cela provoque une inhibition de l’ACC, une
diminution de la concentration en malonyl-CoA et donc une
augmentation de l’oxydation des acides gras [40].

Figure 4. Contrôle du métabolisme
énergétique dans le cœur. A. La production d’ATP par le
cœur sain est assurée en condition d’aérobie par l’oxydation de
différents substrats comme les acides gras et le glucose, le
substrat préférentiel étant les acides gras (70 %) dont la
voie métabolique d’oxydation inhibe celle du glucose (cycle de
Randle). B. Lorsque l’ischémie myocardique survient,
la glycolyse devient la seule voie métabolique susceptible de
produire de l’ATP. L’AMPK joue un rôle crucial dans cette situation
en réponse à l’augmentation du rapport AMP/ATP. L’AMPK augmente le
transport de glucose dans le myocarde ischémique en favorisant la
translocation du transport de glucose GLUT-4, phosphoryle et active
la PFK-2, entraînant une augmentation du fructose-2,6-bisphosphate
intracellulaire, un puissant stimulateur allostérique de la PFK-1,
ce qui stimule la glycolyse. L’activation de l’AMPK a donc un effet
favorable sur la viabilité des cellules myocardiques situées dans
le territoire ischémique. C. Lorsque la
perfusion myocardique est rétablie, l’oxydation des acides gras
redevient la source principale d’énergie (80-90 %) et fait
intervenir l’AMPK par la phosphorylation et l’inactivation de
l’ACC, favorisant la synthèse de malonyl-CoA et l’entrée puis
l’oxydation des acides gras dans la mitochondrie (MITO).
CYTO : cytoplasme.
L’importance de l’AMPK dans la protection
métabolique du cœur ischémique a été bien démontrée grâce à
l’utilisation de modèles murins d’invalidation génique ou de
transgenèse. L’isoforme a2 de l’AMPK est essentielle pour la
protection métabolique : les cœurs isolés perfusés de souris
AMPKa2-/- développent une contracture de
manière plus précoce et plus importante lorsqu’ils sont soumis à un
épisode ischémique. Celle-ci est le résultat d’une chute plus
rapide d’ATP. La surexpression cardiaque d’une forme dominante
négative de l’AMPK inhibe l’activation de l’AMPK, la stimulation de
la glycolyse et la production de lactate au cours de l’ischémie et
entraîne une aggravation des lésions ischémiques (mort cellulaire)
[41, 42]. Récemment, l’AMPK a été impliquée dans les effets
cardioprotecteurs de l’adiponectine en inhibant l’apoptose des
cardiomyocytes [43].
Conclusions
Un grand nombre d’effets métaboliques favorables
apportés par l’action des adipokines, leptine et adiponectine, ou
de composés pharmacologiques sont dépendants d’une activation de
l’AMPK. Ainsi, par ses multiples actions tissulaires sur le
métabolisme énergétique, l’AMPK apparaît comme une cible
thérapeutique de choix pour la prise en charge des maladies
métaboliques (diabète, insulinorésistance, obésité) et de
pathologies cardiaques (ischémie cardiaque, complications liées au
diabète). ‡
REMERCIEMENTS
Nos travaux ont été financés par l’Institut
National de la Santé et de la Recherche Médicale (Inserm), le
Ministère de la Recherche, la Région Rhône-Alpes (programme
EURODOC), l’Institut Benjamin Delessert, GlaxoSmithKline, le Fond
National de la Recherche Scientifique (FNRS) Belge, la bourse
post-doctorale « Michel de Visscher » et la Commission
des Communautés Européennes (QLG1-CT-2001-01488, AMPDIAMET et
LSHM-CT-2004-005272, EXGENESIS).
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