La matrice extracellulaire (MEC) est un
assemblage de macromolécules (de nature protéique et glucidique)
qui lient entre elles des cellules homologues ou hétérologues et
les organisent en tissus (seuls les êtres unicellulaires n’ont pas
de matrice extracellulaire). La matrice extracellulaire est plus ou
moins importante et de composition très différente selon le tissu
considéré : le derme et les tendons sont presque exclusivement
constitués de matrice extracellulaire, le cerveau en contient très
peu. Les macromolécules de la matrice extracellulaire sont
regroupées en quatre catégories : les collagènes, les
protéoglycanes, l’élastine et les glycoprotéines de structure. La
proportion de chacun de ces éléments est très variable selon le
tissu considéré.
Après la description de chacune de ces familles,
nous introduirons les mécanismes de vieillissement de la matrice
extracellulaire. Ne pouvant, dans ce chapitre, présenter de manière
exhaustive la matrice extracellulaire de tous les tissus [1], nous
nous focaliserons sur la matrice extracellulaire artérielle et son
vieillissement dans les conditions normales et pathologiques.
Les macromolécules de la MEC
Même si la MEC constitue une charpente dans
laquelle sont intégrées les cellules, les interactions
cellules-matrices sont très étroites. Les cellules synthétisent la
MEC qui les entoure et cette matrice détermine en retour le
phénotype des cellules [2, 3].
Collagènes
Les collagènes sont les protéines les plus
représentées dans l’organisme humain [4]. Le derme, les tendons,
les parois vasculaires en contiennent respectivement 65-75 %,
70-85 % et 20-40 % (% du poids sec). Les collagènes
forment une famille de 27 membres distincts (I à XXVII)
regroupés en deux grandes sous-familles : les collagènes
fibrillaires et les collagènes non-fibrillaires. Chaque molécule de
collagène est un homotrimère ou un hétérotrimère composé de trois
chaînes a, ayant un ou plusieurs domaines en triple hélice. La
répétition du triplet (Gly-X-Y, X étant le plus souvent une proline
et Y une hydroxyproline) sur les trois chaînes a permet cette
conformation en triple hélice.
Les collagènes les plus représentés sont les
collagènes fibrillaires I (derme, os, tendon, ligament, artères,
veines…), II (cartilage) et III (derme, artères, veines…).
Lorsqu’ils sont sécrétés par les cellules, les collagènes sont des
triples hélices flanquées de domaines amino et carboxyterminaux
globulaires (Figure 1A). Ces domaines sont excisés avant que
les triples hélices ne s’associent de façon très organisée pour
former les fibres de collagènes. Les collagènes fibrillaires moins
représentés comme le collagène V et les collagènes non-fibrillaires
comme le collagène IV ont également des rôles essentiels. Le
collagène V détermine le diamètre des fibres de collagène I auquel
il est associé ; le collagène IV forme la charpente de la
jonction dermo-épidermique et autres membranes basales.
Une mutation sur une chaîne a de collagène est
plus délétère quand elle concerne un triplet Gly-X-Y à l’extrémité
carboxyterminale d’une chaîne a : des mutations des chaînes a1
ou a2 du collagène I sont responsables d’ostéogenèses imparfaites
et de syndromes d’Ehlers-Danlos de type I, II, VII ; des
mutations au niveau du collagène IV sont associées au syndrome
d’Alport et des mutations du collagène VII à certaines formes
d’épidermolyse bulleuse. La fonction principale des collagènes est
de conférer une résistance mécanique aux tissus.
Protéoglycanes
Les protéoglycanes, anciennement désignés par le
terme mucopolysaccharides, sont des chaînes protéiques sur
lesquelles sont liées une à plusieurs dizaines de chaînes
glycosaminoglycanes [5]. L’hyaluronane est un glycosaminoglycane
non lié à une protéine. Longtemps désignés en fonction de la
qualité des chaînes glycaniques (chondroïtine sulfate, dermatane
sulfate, héparane sulfate…), les protéoglycanes sont aujourd’hui
nommés selon la qualité de la chaîne protéique ou sa fonction
(décorine, versicane, fibromoduline…).
De par la présence de groupes sulfatés et
carboxylates, les glycosaminoglycanes sont des molécules chargées
négativement et ont la capacité de fixer de nombreuses molécules
d’eau. Cette propriété d’hydratation qu’ils confèrent aux tissus
est essentielle à ceux d’entre eux qui subissent de fortes
variations de pression comme les cartilages et les vaisseaux
sanguins. Vingt à trente pour cent du poids sec des cartilages sont
des glycosaminoglycanes. En fixant des facteurs de croissance comme
les bFGF (basic fibroblast growth factor), des serpines
comme l’antithrombine III et la protéase nexine-1, ou en jouant le
rôle de co-récepteurs, les héparane sulfate et héparine contrôlent
la biodisponibilité et/ou la fonction de ces facteurs.
Élastine
L’élastine est le composant majeur des fibres
élastiques ; elle est associée à des microfibrilles composées
de glycoprotéines de structure comme les fibrillines et les MAGP
(microfibril-associated glycoproteins) [6]. Les fibres
élastiques des artères sont organisées en lames concentriques
parallèles à la surface du vaisseau ; elles contiennent
90 % d’élastine. Les fibres élastiques de la peau sont
dénommées fibres oxytalanes, fibres d’élaunine et fibres élastiques
selon les proportions d’élastine et de glycoprotéines de structure
associées. L’élastine est synthétisée sous forme d’un précurseur
soluble, la tropoélastine (Figure 1B). Cette protéine de 70
kDa est très hydrophobe : 95 % des acides aminés sont
apolaires (35 % de glycine, 60 % d’alanine, valine,
leucine et isoleucine, proline et hydroxyproline). Elle est
constituée d’une alternance de séquences hydrophobes et de
séquences riches en alanine et en lysine. La tropoélastine est
chaperonnée lors du transit intracellulaire par une isoforme de la
b-galactosidase (elastin-binding protein). Elle est sécrétée
puis déposée sur la charpente de microfibrilles préalablement
synthétisée et organisée dans l’espace extracellulaire. Les
molécules de tropoélastine s’agrègent entre elles via des
interactions hydrophobes avant que les résidus lysine ne soient
modifiés par une lysyloxydase [7]. La liaison spontanée de quatre
résidus lysine, modifiés ou non, entre les molécules de
tropoélastine conduit à la formation des acides aminés de pontage,
desmosine et isodesmosine, acides aminés spécifiques de l’élastine.
Les molécules de tropoélastine ainsi liées constituent un polymère
insoluble dont la fonction principale est de conférer l’élasticité
aux tissus (artères, poumon, peau…). L’invalidation du gène unique
de l’élastine chez la souris a également démontré le rôle essentiel
de l’élastine dans l’artériogenèse : en absence d’élastine,
les cellules musculaires lisses artérielles prolifèrent jusqu’à
l’occlusion complète des artères, cause du décès des souris, trois
à quatre jours après la naissance [8]. Chez l’Homme, l’hémizygotie
du gène de l’élastine conduit à la sténose supravalvulaire
aortique, pathologie artérielle isolée ou associée au syndrome de
Williams-Beuren.

Figure 1. Synthèse des collagènes
fibrillaires (A) et des fibres élastiques (B).
A. Chaque triple hélice de collagène résulte de
l’association de trois chaînes a codées par un gène (homotrimère)
ou plusieurs gènes (hétérotrimère). Les gènes COL1A1, 2,
codent pour les chaînes a1 et a2 du collagène I, les gènes
COL5A1, 2, 3, 4 pour celles du collagène V et le gène
COL3A1 pour celles du collagène III. La triple hélice
flanquée de ses extrémités globulaires amino (gros cercles pleins)
et carboxyterminale (petits cercles pleins) est sécrétée dans
l’espace extracellulaire. Après l’action des amino et
carboxyprotéinases, les triples hélices s’associent pour former les
fibrilles. Les triples hélices sont liées de manière covalente les
unes aux autres lors de la formation des acides aminés de pontage,
formation dont la première étape est catalysée par une
lysyl-oxidase (LOX ou LOXL). B. Au cours du
développement, les microfibrilles formées des glycoprotéines de
structure comme les fibrillines et de MAGP
(microfibrillar-associated glycoproteins) sont synthétisées
et sécrétées dans l’espace extracellulaire ; elles constituent
une charpente sur laquelle se déposent les molécules de
tropoélastine. Une lysyl-oxydase (LOX ou LOXL) catalyse la première
étape de formation des acides aminés de pontage qui résultent de la
liaison de deux, trois ou quatre résidus lysine. Les acides aminés
de pontage desmosine et isodesmosine sont spécifiques de
l’élastine. MFAP2, 5, gène de la MAGP1, 2 ;
FBN1, 2 : gène de la fibrilline 1, 2 ;
ELN : gène de l’élastine ; GLB1 : gène
de la b-galactosidase 1 dont un des ARNm code l’elastin-binding
protein.
Glycoprotéines de structure
Les glycoprotéines de structure sont des
protéines sur lesquelles sont greffées de courtes chaînes
glucidiques [9]. Certaines sont ubiquitaires comme la fibronectine,
d’autres ont des localisations plus spécifiques comme les laminines
des membranes basales. Bien qu’hétérogènes en taille, structure et
distribution tissulaire, ces glycoprotéines ont plusieurs points
communs : elles contiennent plusieurs domaines structuraux et
fonctionnels, plusieurs sites de fixation aux cellules via
les intégrines ou autre récepteurs dont le plus fréquent contient
la séquence Arg-Gly-Asp (RGD), plusieurs sites d’interactions avec
les autres macromolécules extracellulaires. La plupart de ces
glycoprotéines sont des multimères.
La fibronectine plasmatique est synthétisée par
les hépatocytes et la fibronectine tissulaire par les fibroblastes,
les cellules musculaires lisses, les chondrocytes, les cellules
endothéliales et épithéliales. Chaque molécule est formée de deux
sous-unités de 250 kDa liées par des ponts disulfures. L’existence
des différentes isoformes de la fibronectine est due à l’épissage
alternatif de l’ARN prémessager. Selon l’origine cellulaire et
l’isoforme, les carbohydrates représentent 4 à 10 % de la
masse de la molécule. La fibronectine joue un rôle essentiel dans
la fixation des cellules à la MEC et l’organisation du
cytosquelette. Les laminines sont des hétérotrimères de
850 kDa formés de chaînes a, b et g [10]. Elles participent à
la structure des membranes basales dans lesquelles elles
interagissent avec le collagène de type IV, l’entactine/nidogène et
le perlécane (protéoglycane à héparane sulfate). Les laminines
contrôlent l’adhésion, la prolifération, la différentiation et la
polarisation des cellules avec lesquelles elles interagissent. Les
autres glycoprotéines de structure sont la vitronectine,
l’entactine, les ténascines, les thrombospondines, l’ostéonectine
(ou SPARC/BM40) et les glycoprotéines associées à l’élastine.
Chacune de ces molécules a une localisation et un rôle
spécifique : lors de la synthèse des fibres élastiques, les
glycoprotéines forment une charpente sur laquelle se déposent les
molécules de tropoélastine (Figure 1B).
Même si les macromolécules de la MEC sont
regroupées et décrites en quatre grandes familles, les interactions
entre elles sont très nombreuses (élastine-glycoprotéines de
structure, collagènes-protéoglycanes, protéoglycanes-glycoprotéines
de structure, glycoprotéines de structure-collagènes). Ces
interactions participent à la mise en place et au maintien de la
cohésion tissulaire.
Mécanismes de vieillissement de la
MEC
Chez l’adulte, le renouvellement des
macromolécules de la matrice extracellulaire est lent : en
mesurant la concentration de D-aspartate, il a ainsi été calculé
que la demi-vie de l’élastine dans le parenchyme pulmonaire et
l’aorte est de 70 ans, en l’absence de toute pathologie [11]. Deux
mécanismes interviennent dans le vieillissement des macromolécules
de la matrice extracellulaire : l’interaction avec les
facteurs environnementaux (glucose, lipides, calcium…) et
l’altération des processus de synthèse et dégradation, les facteurs
environnementaux pouvant eux-mêmes modifier les processus de
synthèse et de dégradation.
Au cours de leur synthèse, pendant le
développement et la croissance, les molécules de collagènes d’une
part, et les molécules d’élastine d’autre part, sont liées entre
elles. Lors de la formation des acides aminés de pontage, la
première étape est la désamisation oxydative de résidus lysine
(collagènes et élastine) ou d’hydroxylysine (collagènes) catalysée
par une lysyl-oxydase. C’est lors de la formation de ces acides
aminés de pontage que les molécules acquièrent leurs fonctions de
résistance à l’étirement pour les collagènes et d’élasticité pour
l’élastine. Elles acquièrent simultanément leurs propriétés de
résistance à la protéolyse. Au cours du vieillissement, d’autres
liaisons intermoléculaires sont formées par réaction d’un ose avec
les fonctions aminées libres. Toutes les protéines de l’organisme
peuvent être oxydées et glyquées mais les conséquences de ces
altérations sont plus néfastes sur les protéines de la MEC en
raison de leur longue durée de vie dans l’organisme. La glycation
non enzymatique, par la liaison de sucres réducteurs comme le
glucose aux résidus lysine et arginine à l’extérieur des cellules,
va former des produits dits d’Amadori [1]. Si des oxydations
ultérieures ont lieu, il y a formation d’AGE
(advanced-glycosylation end products) dont les archétypes
sont la n-carboxyméthyl-lysine et la pentosidine qui s’accumulent
avec le vieillissement et, de façon plus précoce, dans des
pathologies comme le diabète. Ces AGE sont des liaisons
intermoléculaires supplémentaires qui induisent une augmentation de
la résistance à l’étirement pour les collagènes et une diminution
de l’élasticité pour l’élastine. Leur formation modifie les chaînes
latérales des acides aminés dans les protéines. Ces modifications
peuvent également résulter de désamidation, isomérisation,
racémisation, oxydation… [12]. De telles altérations des acides
aminés perturbent les interactions entre macromolécules de la MEC
et entre macromolécules de la MEC et cellules, en particulier
lorsqu’elles touchent la séquence RGD.
Dans les différents tissus, les collagènes et
les fibres élastiques sont synthétisés dans la période périnatale
et dans l’enfance. Au-delà de la phase de croissance, leurs
synthèses sont très faibles et leurs vitesses de renouvellement
très lentes. La synthèse de ces macromolécules peut-être réactivée
au niveau des sites de cicatrisation à la suite d’une blessure
mécanique ou d’une agression protéolytique. La synthèse des
différentes protéines constitutives des fibres élastiques,
parfaitement coordonnée dans le temps et dans l’espace lors du
développement, est cependant moins efficace lors de ces étapes de
réparation tissulaire. La proportion des différents types de
collagènes synthétisés peut également être modifiée.
Avec l’âge, les synthèses de fibronectine et
laminine sont augmentées [13]. Cela est vrai pour la fibronectine
plasmatique comme pour la fibronectine tissulaire, au niveau des
ARNm comme de la protéine. Cette synthèse accrue de fibronectine
est également observée au cours du syndrome de Werner. Des
altérations des protéoglycanes sont également observées au cours du
vieillissement : la longueur et la qualité des
glycosaminoglycanes sont modifiées. Lorsque des cellules
musculaires lisses artérielles évoluent vers un phénotype
migratoire, elles synthétisent moins de protéoglycanes à héparane
sulfate, inhibiteurs de la prolifération, et plus de longues
chaînes de chondroïtine sulfate, portées principalement par le
versicane. Ce changement de qualité des glycosaminoglycanes
participerait à la rétention accrue des lipoprotéines LDL dans la
paroi artérielle [14].
Le catabolisme des macromolécules de la MEC fait
intervenir diverses protéases. Certaines (la métalloprotéinase
matricielle MMP-2 des cellules musculaires lisses, par exemple)
sont synthétisées et sécrétées par les cellules mésenchymateuses et
les cellules épithéliales [3]. Mais, de par le contrôle de l’étape
d’activation du zymogène et l’inhibition de son activité par les
inhibiteurs synthétisés par les mêmes cellules, l’activité de la
MMP-2 est très faible et le catabolisme de la MEC, lent.
Au cours du développement de diverses
pathologies liées au vieillissement, d’autres enzymes
(élastinolytiques, collagénolytiques…) sont détectables dans les
tissus lors des phases inflammatoires aiguës ou chroniques.
Celles-ci sont synthétisées et sécrétées par les cellules
inflammatoires (polymorphonucléaires neutrophiles, macrophages) ou
néosynthétisées par les cellules musculaires lisses stimulées par
les cytokines pro-inflammatoires (IL-1b, TNF-a…) [15]. Les
activateurs du plasminogène tPA ou uPA peuvent participer à la
dégradation de la MEC si la concentration tissulaire de
plasminogène est augmentée. La plasmine formée dégrade directement
(les glycoprotéines de structure, par exemple) ou indirectement (en
activant les métalloprotéinases matricielles) divers composants de
la MEC.
La protéolyse péricellulaire des glycoprotéines
d’adhésion induit l’anoïkis des cellules, c’est-à-dire l’apoptose
consécutive à la rupture des communications entre les cellules et
leur environnement. Ce processus est en partie responsable de la
disparition des cellules musculaires lisses de la paroi anévrismale
[16]. La dégradation des macromolécules de la MEC génère la
formation de peptides dont les matrikines qui ont des propriétés
biologiques propres et modulent la prolifération et la migration
cellulaire, la production des protéases et l’apoptose des cellules
[17].
Vieillissement de la MEC vasculaire
Les principales altérations observées au cours
du vieillissement dans les grandes artères, chez l’homme comme chez
les animaux, sont l’augmentation de la lumière artérielle,
l’épaississement de l’intima-média, l’augmentation de la rigidité
artérielle et le dysfonctionnement des cellules endothéliales [18]
(Figure 2). Chez l’homme, l’épaisseur intima-média
augmente d’un facteur deux à trois entre 20 ans et 90 ans.
L’épaississement de l’intima, plus important que celui de la média,
est dû à la migration des cellules musculaires lisses de la média
vers l’intima et à la synthèse de matrice extracellulaire par ces
cellules. L’épaississement de la média est le résultat des
processus d’hypertrophie des cellules musculaires lisses et
l’accumulation des collagènes et de la fibronectine, l’accumulation
des collagènes étant directement liée à la formation des AGE. Chez
le rat, espèce insensible au processus d’athérosclérose, la
quantité absolue d’élastine ne varie pas en fonction de l’âge.
Toutefois, du fait de l’augmentation des collagènes et autres
macromolécules de la MEC, la proportion relative d’élastine diminue
[19]. La diminution de la proportion d’élastine, l’augmentation de
la proportion des collagènes auxquelles s’ajoute la fixation du
calcium à l’élastine participent à l’accroissement de la rigidité
artérielle avec l’âge. Cet accroissement de la rigidité artérielle
est associé à une augmentation de la pression artérielle
systolique, une diminution de la pression artérielle diastolique,
c’est-à-dire une augmentation de la pression pulsée, altération qui
peut être évaluée en mesurant la vitesse de l’onde du pouls [20].
Ces altérations sont observées en l’absence de tout état
pathologique. Le lien entre la glycation non enzymatique des
protéines (dont les collagènes) et la rigidité artérielle a été
démontré par la diminution de la rigidité artérielle chez les
animaux traités avec l’aminoguanidine qui inhibe la formation des
AGE ou avec des « casseurs » d’AGE [21]. Ces altérations
des grandes artères observées avec le vieillissement font de l’âge
un facteur de risque majeur pour la morbidité-mortalité
cardiovasculaire. D’autres altérations des macromolécules de la MEC
sont observées au cours des pathologies cardiovasculaires :
fixation des lipides sur l’élastine au cours de l’athérosclérose
[22], dégradation des fibres élastiques au cours des
anévrismes [23] (Figure 2B).

Figure 2. La matrice
extracellulaire des artères jeunes (A) et ses modifications au
cours du vieillissement et des pathologies artérielles (B).
A. Les artères sont organisées en trois couches
concentriques, l’intima, la média et l’adventice et contiennent les
quatre catégories de macromolécules de la MEC. Ces macromolécules
sont les collagènes, les protéoglycanes (PG), l’élastine et les
glycoprotéines de structure dont la fibronectine (FN) et les
glycoprotéines associées à l’élastine. Les fibres élastiques
artérielles sont organisées en lames fenestrées (LE, lame
élastique, LEI, lame élastique interne, LEE, lame élastique
externe). La MEC est synthétisée par les cellules endothéliales
(CE), les cellules musculaires lisses (CML) et les fibroblastes
(F). B. Au cours du vieillissement, l’intima et
la média s’épaississent, les cellules musculaires lisses
s’hypertrophient, la quantité des collagènes augmente (fibrose)
ainsi que la quantité de fibronectine. La quantité de calcium (Ca)
lié aux fibres élastiques augmente. L’ensemble de ces processus
conduit à la rigidification des artères. Lors de la formation des
plaques d’athérome, les lipides transportés par les LDL et les
macrophages s’accumulent dans l’espace sous-endothélial. La
migration des cellules musculaires lisses de la média vers l’intima
et la synthèse de MEC par ces cellules conduit à la formation d’une
chape fibreuse plus ou moins importante. Les lipides et le calcium
se lient à l’élastine qui devient plus susceptible aux protéases
élastolytiques. Lors du développement d’un anévrisme, les fibres
élastiques sont intensément hydrolysées et les cellules musculaires
lisses disparaissent. L’épaisseur de la média diminue et l’artère
se dilate ; l’adventice s’épaissit du fait de la synthèse de
collagènes par les fibroblastes. Un thrombus est le plus souvent
associé à la paroi anévrismale.
Conclusions
La diversité et la complexité des MEC laissent
penser qu’elles sont de véritables puzzles où une seule pièce
manquante ou défectueuse peut déstabiliser la structure entière et
conduire à des défauts graves dans les propriétés biomécaniques et
fonctionnelles d’un tissu. L’organisation tridimensionnelle de
chacun des composants et celle des composants les uns par rapport
aux autres se mettent en place d’une manière optimale lors du
développement et de la croissance de l’organisme. Chacun des
composants est remplacé lorsqu’il est altéré ou dégradé. Toutefois,
l’organisation tridimensionnelle de la molécule néosynthétisée dans
la MEC ne sera jamais optimale, d’où l’intérêt de limiter sa
dégradation.
Les altérations de la MEC accentuent-elles le
vieillissement des cellules, des tissus, de l’organisme ? Sans
doute, ni plus ni moins que les altérations des molécules et des
structures intracellulaires, la composition et l’organisation
tridimensionnelle de l’une conditionnant le phénotype et les
fonctions des autres. Seuls les mécanismes d’altérations des
molécules diffèrent, les protéines intracellulaires étant moins
sensibles aux modifications post-traductionnelles de par leur
vitesse de renouvellement plus rapide [24]. ‡
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