> Les déficits immunitaires
combinés sévères (DICS) consistent en des défauts complets
génétiquement déterminés de l’immunité adaptative. À ce jour, douze
mécanismes ont été identifiés et rendent compte de plus de
90 % des cas. Un défaut de réarrangement somatique des gènes
des récepteurs de l’antigène des lymphocytes T (TCR) et des
lymphocytes B (BCR), étape indispensable à la différenciation et à
la diversification des lymphocytes T et B, conduit à l’absence des
lymphocytes T associée à l’absence de lymphocytes B contrastant
avec la présence normale de cellules NK [DICS T(-) B(-) NK (+)].
Des mutations dans les gènes codant RAG1, RAG2 ou Artémis,
protéines indispensables au processus de réarrangement, sont à
l’origine de ce type de DICS [1, 2]. Cependant, des mutations
hypomorphes de ces gènes peuvent, dans certains cas, permettre une
différenciation résiduelle de lymphocytes T et/ou B conduisant à
des phénotypes variables [1, 3]. Ces DICS « atypiques »
diffèrent par la présence de lymphocytes T. Ainsi, le syndrome
d’Omenn est caractérisé par l’expansion de lymphocytes T
oligoclonaux, autoréactifs, qui infiltrent, en particulier, la peau
et la muqueuse intestinale [1, 4].
Nous avons récemment identifié des mutations
hypomorphes de RAG1 chez quatre patients qui présentaient un
tableau clinique particulier associant une infection grave à
cytomégalovirus (CMV) et des manifestation auto-immunes de type
anémie hémolytique et neutropénie [5]. Un 5e cas a
également été séparément décrit [6]. Chez ces patients, des
lymphocytes T et NK étaient détectables dans le sang
périphérique. Chez trois d’entre eux, des lymphocytes B étaient
également détectables dans le sang, associés à la présence
d’immunoglobulines sériques et d’anticorps notamment dirigés contre
le CMV. Les manifestations auto-immunes, anémie et neutropénie
étaient liées à la présence d’auto-anticorps. Globalement, le
phénotype de ces patients apparaît comme assez éloigné de celui des
DICS T(-) B(-) NK(+) classiquement caractérisé par l’absence
complète de lymphocytes T, de lymphocytes B et d’immunoglobulines
sériques. Cependant, l’analyse phénotypique des lymphocytes T
circulants révéla que la majorité des lymphocytes exprimait un TCR
de type g/d, récepteur normalement exprimé par moins de 15 %
des lymphocytes T du sang, et que seuls, 8 à 30 % des
lymphocytes T des patients exprimaient un TCR a/b. De plus, ces
derniers lymphocytes T présentaient un phénotype mémoire, [CD45RO],
et exprimaient des TCR a/bdont la diversité était restreinte.
L’ensemble de ces observations a suggéré l’existence d’un défaut de
recombinaison des gènes des TCR. L’infection par le CMV, pourrait
avoir induit l’expansion des lymphocytes T TCR g/d dans un contexte
de restriction d’hébergement du répertoire des lymphocytes T TCR
g/d. En effet, une expansion de certains lymphocytes T TCR g/d est
observée chez les patients infectés par le CMV au cours d’un
traitement immunosuppresseur nécessité par une greffe de rein. Ces
lymphocytes T TCR g/d exercent une activité cytotoxique à l’égard
de cellules infectées par le CMV et sécrètent spécifiquement du TNF
[7]. Chez les patients que nous décrivons, une telle activité n’a
pas pu être mise en évidence in vitro, mais elle peut
exister comme l’a montré Ehl et al. dans un cas similaire
[6].
L’auto-immunité dépendante des anticorps
observée chez trois patients pourrait être le simple témoin d’un
défaut d’homéostasie lymphocytaire dans un contexte de déficit
immunitaire. Des hypothèses alternatives impliquent un rôle dans le
déclenchement de l’auto-immunité à l’infection par le CMV souvent
associée à des cytopénies auto-immunes [8] et/ou aux lymphocytes T
TCR g/d dont le rôle dans l’auto-immunité est évoqué [9].
Ces quatre patients présentent une mutation
homozygote de RAG1, compatible avec une activité protéique
résiduelle. Chez deux patients, il s’agit d’une mutation conduisant
à une substitution d’acide aminé. Dans les deux autres cas, il
s’agit de délétions conduisant à des codons stop ; cependant,
la présence de différents sites d’initiation de la traduction
permet alors la synthèse d’une protéine tronquée dans sa partie
amino-terminale et partiellement fonctionnelle. Ces mutations sont
soit similaires soit identiques à des mutations observées chez des
patients atteints du syndrome d’Omenn, et dont l’activité
résiduelle de la protéine a été démontrée [1, 10].
La description d’un nouveau tableau
clinico-biologique associé à des mutations hypomorphes de RAG1
élargit le spectre d’expression de ce déficit. Ainsi, aussi bien
des facteurs environnementaux, tels qu’une infection à CMV, et/ou
génétiques - encore indéterminés dans le cas du syndrome
d’Omenn - en modifient l’expression (Figure 1).

Figure 1. Spectre
d’expression phénotypique associé aux mutations des gènes codant
les protéines Rag-1 et Rag-2.
Il est très vraisemblable que cette
diversité d’expression est également rencontrée dans d’autres
anomalies héréditaires monogéniques du système immunitaire, un
concept largement extensible à l’ensemble des maladies héréditaires
monogéniques. ‡
Références
1. Corneo B, Moshous D, Gungor T, et al.
Identical mutations in RAG1 or RAG2 genes leading to defective
V(D)J recombinase activity can cause either
T-B-severe combined immune deficiency or Omenn syndrome.
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al. Artemis, a novel DNA double-strand break repair/V(D)J
recombination protein, is mutated in human severe combined immune
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3. Ege M, Ma Y, Manfras B, et al. Omenn
syndrome due to Artemis mutations. Blood 2005 ;
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115 : 3291-9.
6. Ehl S, Schwarz K, Enders A, et al. A
variant of SCID with specific immune responses and predominance of
gammadelta T cells. J Clin Invest 2005 ; 115 :
3140-8.
7. Dechanet J, Merville P, Lim A, et al.
Implication of gammadelta T cells in the human immune response to
cytomegalovirus. J Clin Invest 1999 ; 103 :
1437-49.
8. Murray JC, Bernini JC, Bijou HL, et al.
Infantile cytomegalovirus-associated autoimmune hemolytic anemia.
J Pediatr Hematol Oncol 2001 ; 23 : 318-20.
9. Ware RE, Howard TA. Elevated numbers of
gamma-delta (gamma delta+) T lymphocytes in children
with immune thrombocytopenic purpura. J Clin Immunol
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10. Villa A, Sobacchi C, Vezzoni P. Recombination
activating gene and its defects. Curr Opin Allergy Clin
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