Le syndrome d’ostéogenèse imparfaite regroupe un
ensemble de maladies d’origine génétique qui affectent
principalement les os, mais aussi les dents et parfois la peau. Le
syndrome en question affecte environ un nouveau-né pour 15 000
naissances et se classe donc parmi les maladies
« orphelines ». La nature et la sévérité des symptômes
sont très variables, mais une caractéristique commune à tous les
patients est une grande fragilité osseuse qui se traduit par des
fractures « spontanées » et dont découle l’appellation de
« maladie des os de verre ». Une première classification
établie en 1979 et reflétant la diversité du spectre clinique
recensait quatre grands types d’ostéogenèse imparfaite (I à VI)
tous liés à des mutations affectant les gènes codant pour les
chaînes a1 ou a2 du procollagène de type I (COL1A1 et
COL1A2) [1]. La classification en question a été
révisée récemment et étendue à trois nouveaux types (V à VII) qui
regroupent 10 % à 15 % des cas [2]. Pour ces trois
derniers types, aucune mutation n’a été identifiée dans les gènes
du collagène.
De nombreux modèles animaux d’ostéogenèse
imparfaite, avec un défaut du collagène, ont été décrits et ont
permis d’améliorer notre connaissance de la physiopathologie de ces
maladies chez l’homme. La mutation récessive fragilitas
ossium (symbole fro) (Figure 1), découverte
à l’Institut Pasteur (Paris, France) il y a plusieurs années, est
le seul modèle d’ostéogenèse imparfaite non collagène-dépendante.
Cette particularité fait de cette souris un modèle intéressant pour
la recherche de gènes encore inconnus mais susceptibles d’être
impliqués dans l’ostéogenèse. Le clonage de la mutation fro
constitue aussi un point de départ pour l’identification de gènes
candidats impliqués chez des patients atteints d’ostéogenèse
imparfaite non collagène-dépendante.

Figure 1. Souriceau nouveau-né
fro/fro. La déformation des membres, notamment
antérieurs, est très évidente dès la naissance. Le phénotype
s’améliorera avec l’âge.
Les premières études cliniques histologiques et
radiographiques effectuées sur les mutants fro/fro ont mis
en évidence un défaut de minéralisation, d’importantes déformations
du squelette, un rachitisme, ainsi qu’une relative fragilité des
homozygotes pendant les premiers jours de la vie [3]
(Figure 2). Ces observations initiales ont été
largement confirmées et validées par les travaux de Muriel et
al., qui ont écarté l’hypothèse d’un défaut du collagène de
type I [4], puis par ceux de Sillence et al. [5].
Plus récemment, en collaboration avec l’équipe de Michel Goldberg
de la Faculté de chirurgie dentaire de Montrouge (France), nous
avons décrit, chez les mutants, un phénotype de dentinogenèse
imparfaite, un symptôme que l’on retrouve chez de nombreux patients
atteint d’ostéogenèse imparfaite.

Figure 2. Colorations de
squelettes thoraciques au rouge d’alizarine/bleu alcian. A.
Photographie présentant une vue dorsale d’une souris de phénotype
mutant âgée d’un jour. On peut noter une importante malformation
des côtes ainsi que de nombreuses fractures. B.
Photographie présentant une vue dorsale d’une souris de phénotype
sauvage du même âge. Les côtes présentent un aspect harmonieux et
régulier.
Par une approche de clonage positionnel, nous
avons localisé la mutation fro sur le chromosome 8 dans un
intervalle de 980 kb contenant 26 gènes. Compte tenu de leur
profil d’expression et des données de la littérature, 10 de ces
gènes ont été retenus comme des candidats de premier ordre. Le
profil d’expression analysé chez des souris de 3 jours, homozygotes
(fro/fro) et sauvages (+/+), en amplifiant par RT-PCR les
exons terminaux des ADNc des 10 gènes candidats, nous a orienté sur
le gène Smpd3 codant pour la sphingomyélinase neutre 2
(nSMase2). L’analyse de la séquence génomique de l’allèle
Smpd3 chez les mutants a révélé une délétion de
1758 pb, impliquant la fin de l’intron 8 et le site accepteur
d’épissage, la totalité de la séquence codante de l’exon 9, ainsi
qu’une partie du 3’ UTR. Le séquençage du transcrit mutant nous a
permis de vérifier que la partie non délétée de l’intron 8 était
transcrite chez les souris fro/fro. Cette séquence s’achève
par un codon stop en amont de la délétion, ce qui suggère que, lors
de sa traduction, 13 acides aminés d’origine intronique se
substituent chez les mutants aux 33 acides aminés terminaux de la
protéine normale. Ce remaniement entraîne la perte d’une histidine
nécessaire à l’activité catalytique de la protéine et aboutit à la
perte de l’activité enzymatique chez les souris mutantes. Cette
hypothèse a été confirmée par le laboratoire de Robert Salvayre
(Inserm U.466, Toulouse, France), par la démonstration d’une
activité quasi inexistante de la nSMase2 chez les souris
fro/fro et comparable à celle mesurée chez des souris
Smpd3-/-, qui présentent également des
malformations du squelette [6].
Les sphingomyélinases (SMases), également
appelées sphingomyéline-phosphodiestérases (SMPD), interviennent
dans le catabolisme de la sphingomyéline, l’un des principaux
constituants des bicouches lipidiques des membranes. Il s’agit
d’enzymes ubiquitaires qui hydrolysent la sphingomyéline en
phosphocholine et céramide. Les céramides sont ensuite hydrolysés
par une céramidase en sphingosine, laquelle est, à son tour,
phosphorylée par une kinase pour donner la sphingosine-1-phosphate,
ou S1P.
Les enzymes et métabolites de la voie
sphingomyéline/céramide interviennent dans de nombreux mécanismes
de signalisation, ainsi que dans la régulation de processus
cellulaires majeurs tels que la prolifération cellulaire,
l’apoptose ou encore la cytodifférenciation.
Les sphingomyélinases et les métabolites de la
voie sphingomyéline/céramide sont décrits comme des facteurs
inhibant la résorption osseuse [7]. Ils interviennent
également dans le déclenchement et la régulation de la
minéralisation des matrices dentaires et osseuses [8, 9] et
dans la régulation du contrôle hypothalamo-hypophysaire du
développement [6].
Le S1P est également un facteur favorisant
l’angiogenèse [10] ainsi que la prolifération et la survie des
ostéoblastes [11]. Les souris invalidées pour le récepteur
S1P1 du S1P présentent d’ailleurs, elles aussi, de sévères
anomalies des membres, indiquant que le S1P joue un rôle important
dans la mise en place des structures osseuses [12].
Les différentes voies de régulation de
l’ostéogenèse impliquant Smpd3 ne sont pas encore parfaitement
décryptées, mais il est désormais évident que la sphingomyélinase
neutre 2 est un facteur important de régulation du développement
osseux. La souris fragilitas ossium en est un bon
exemple. ◊
Références
1. Sillence DO, Senn A, Danks DM. Genetic
heterogeneity in osteogenesis imperfecta.
J Med Genet 1979 ; 16 : 101-16.
2. Rauch F, Glorieux FH Osteogenesis imperfecta.
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3. Guenet JL, Stanescu R, Maroteaux P, et
al. Fragilitas ossium : a new autosomal recessive mutation
in the mouse. J Hered 1981 ; 72 : 440-1.
4. Muriel MP, Bonaventure J, Stanescu R, et
al. Morphological and biochemical studies of a mouse mutant
(fro/fro) with bone fragility. Bone1991 ;
12 : 241-8.
5. Sillence DO, Ritchie HE, Dibbayawan T, et
al. Fragilitas ossium (fro/fro) in the mouse : a model for
a recessively inherited type of osteogenesis imperfecta. Am J
Med Genet 1993 ; 45 : 276-83.
6. Stoffel W, Jenke B, Block B, et al.
Neutral sphingomyelinase 2 (smpd3) in the control of postnatal
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Proc Natl Acad Sci USA 2005 ; 102 : 4554-9.
7. Takeda H, Ozaki K, Yasuda H, et al.
Sphingomyelinase and ceramide inhibit formation of F-actin ring in
and bone resorption by rabbit mature osteoclasts. FEBS Lett
1998 ; 422 : 255-8.
8. Goldberg M, Boskey AL. Lipids and
biomineralizations. Prog Histochem Cytochem 1996 ;
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9. Wu LN, Genge BR, Kang MW, et al. Changes
in phospholipids extractability and composition accompany
mineralization of chicken growth plate cartilage matrix vesicles.
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receptor S1p1/EDG-1 occurs via the hypoxia/VEGF axis. Dev
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11. Grey A, Xu X, Hill B, et al.
Osteoblastic cells express phospholipid receptors and phosphatases
and proliferate in response to sphingosine-1-phosphate. Calcif
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