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Médecine/Science
| Avril 2005 | Volume 21 | n° 4
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Contrôles épigénétiques, développement et variation génétique naturelle chez les plantes
Epigenetic control, development and natural genetic variation in plants
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Les plantes se distinguent de la plupart des animaux par leur absence de mobilité. Cette vie statique les contraint à faire face aux agressions et aux autres changements de l’environnement à l’aide de réponses physiologiques et de modes de développement appropriés. Chez les végétaux, l’embryogenèse cesse peu après la mise en place de deux groupes de cellules souches, les méristèmes racinaire et caulinaire, qui produiront après germination, de manière itérative, tiges, feuilles et racines. Cette organogenèse post-embryonnaire est particulièrement sensible aux conditions du milieu, ce qui confère aux plantes une plasticité phénotypique rarement observée dans le monde animal. Par ailleurs, alors que chez l’animal la lignée germinale est établie tôt au cours du développement, les fleurs sont élaborées tardivement et à partir de méristèmes ayant préalablement participé au développement végétatif des parties aériennes. Enfin, les plantes se singularisent par des capacités de dédifférenciation et de régénération presque illimitées, qui s’expliquent par le fait que, chez ces espèces, l’identité des cellules est déterminée moins par le lignage que par le positionnement. Il est donc raisonnable de penser que les mécanismes de mémoire cellulaire, et notamment ceux reposant sur la chromatine, jouent un rôle moindre dans le développement des végétaux que dans celui de la plupart des animaux. Cependant, la méthylation de l’ADN, ainsi que de nombreuses autres modifications chromatiniennes associées à l’activation ou l’inactivation stable de la transcription au travers des divisions cellulaires sont trouvées dans ces deux règnes. De fait, nous décrirons dans cet article plusieurs processus épigénétiques bien étayés chez les plantes. Néanmoins, il semble que ceux-ci contribuent plus à la production de variants d’expression transmis au travers des générations qu’à la régulation de l’expression génique au cours du développement.
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Auteur principal :
Manoël Prouteau
Adresse : Unité de Recherche en Génomique végétale, UMR INRA 1165-CNRS 8114-UEVE, 2, rue Gaston-Crémieux, 91057 Évry Cedex, France.
email : colot@evry.inra.fr
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Co-auteur(s) :
Vincent Colot
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Plant life strategies differ radically from those of most animals. Plants are not motile, and can only face stress by developing appropriate physiological responses. In addition, many developmental decisions take place during post-embryonic life in plants, whereas vertebrate and invertebrate development is nearly complete by the time of birth. For instance, while the germ line is typically set aside early during embryogenesis in animals, plants produce gametes from stem cell populations that were previously used for the vegetative growth of shoots. Nevertheless, plants and animals have similar nuclear organization, chromatin constitution and gene content, which raises the question as to whether or not fundamental differences in the use of genetic information underlie their distinct life strategies. More specifically, we would like to know if chromatin and the epigenetically defined, heritable cell fates that it can confer play comparable roles in plants and animals. Here we review our current knowledge on chromatin-mediated epigenetic processes in plants. Based on available evidence, we argue that epigenetic regulation of gene expression plays a relatively minor role in plants compared to mammals. Conversely, plants appear to be more prone than other multicellular organisms to the induction of chromatin-based, epigenetically modified gene activity states that can be transmitted over many generations. These so-called “epimutations” may therefore represent a significant proportion of the natural genetic variation seen in plants. In humans, epimutations are frequently observed in cancers, and given their metastable nature, they could also play an important role in familial disorders that do not demonstrate clear Mendelian inheritance.
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Régulations épigénétiques au cours du
développement
La plupart des données concernant les mécanismes épigénétiques
mis en jeu dans le développement des plantes proviennent d’études
génétiques et moléculaires menées sur l’espèce modèle Arabidopsis
thaliana (Figure 1). À ce jour, de telles régulations ont été
identifiées dans un nombre limité de cas, les deux plus frappants
touchant un aspect particulier de la floraison et la formation de
la graine [1].

Figure 1. Cycle de vie chez Arabidopsis thaliana. Les fleurs de
cette plante sont hermaphrodites et portent à la fois des organes
mâles, les étamines (éta), et un organe femelle, le pistil (pis).
Au sein des étamines, la méiose produit une tétrade composée de 4
microspores haploïdes (mi) ; chacune subit deux divisions
mitotiques successives afin de produire un gamète mâle, le grain de
pollen : la première division mitotique produit un noyau végétatif
(nv) et une cellule génératrice qui subit à son tour une seconde
mitose donnant naissance à deux cellules spermatiques (sp). Le
pistil, quant à lui, produit à la suite de la méiose des mégaspores
qui subissent trois mitoses successives avant de produire l’ovule
mature. Ces trois divisions produisent 7 cellules haploïdes : trois
cellules apicales (ca), un ovocyte (ov) encadré par deux synergides
(syn) et une cellule centrale (cc) binucléée. Le grain de pollen
germe une fois déposé au sommet du pistil, sur le stigmate (sti).
Le noyau végétatif produit un tube pollinique (tp) qui pénètre le
pistil jusque dans l’ovule. Il y dépose alors les deux cellules
spermatiques et l’ovule subit une double fécondation. La première
cellule spermatique féconde les deux noyaux de la cellule centrale
et forme ainsi un noyau triploïde. La seconde féconde l’oosphère et
produit un zygote (2n). Le noyau triploïde se divise initialement
sans division cellulaire pour former un syncytium (st) qui donnera
l’albumen (alb) après cellularisation partielle. Le zygote se
divise également et engendre l’embryon. Lors de la germination, le
radicule (rad) perce le tégument de la graine puis se développe en
racine (rac). Les deux cotylédons (cot) assurent temporairement la
photosynthèse de la plantule qui produit ensuite des feuilles
organisées en rosette. C’est au moment de la transition florale que
le centre végétatif de la plante acquiert une nouvelle fonction :
il produit une hampe florale (hf) au sommet de laquelle se
développent les boutons floraux (bf).
La vernalisation : une mémoire du froid au service du
développement floral
Chez les plantes à fleurs, la transition entre les phases
végétative et reproductive dépend à la fois de signaux endogènes et
de conditions environnementales favorables, comme par exemple des
jours longs et une température suffisamment clémente. Cependant, de
nombreuses plantes nécessitent également pour fleurir une étape
préalable de vernalisation, qui consiste en une exposition
prolongée au froid à un stade précoce de leur développement. C’est
ainsi que si les blés de printemps sont insensibles à la
vernalisation, les blés d’hiver doivent impérativement être semés à
l’automne afin d’assurer leur floraison au printemps suivant. Chez
Arabidopsis, où l’on retrouve le même phénomène, la floraison
repose sur un réseau complexe de gènes, parmi lesquels un
répresseur central de la transition florale, le flowering locus c
(FLC) [2]. Les études moléculaires ont montré que, dans les souches
sensibles à la vernalisation, l’exposition aux basses températures
des plantules ou des graines en cours de germination conduit à la
répression stable du gène FLC jusqu’à la fin du cycle de
reproduction. De plus, l’intensité de la répression augmente
progressivement avec le temps passé au froid, et cette mémoire des
conditions hivernales détermine la précocité de la floraison au
retour des beaux jours [3].
La recherche de mutants affectés dans la vernalisation a conduit à
l’identification de plusieurs facteurs spécifiquement impliqués
dans la répression de FLC par le froid [2]. Le gène vernalization
insensitive 3 (VIN 3) code une protéine à homéodomaine retrouvée
dans plusieurs complexes de remodelage de la chromatine [4]. Son
expression est induite par la vernalisation et coïncide avec
l’inhibition du gène FLC, alors qu’en contexte mutant vin3,
l’expression de FLC demeure inchangée après traitement par le
froid. Des expériences d’immunoprécipitation de la chromatine ont
par ailleurs montré que la répression de FLC par VIN3 implique des
modifications profondes de la chromatine au niveau du locus cible,
qui passe d’un état « euchromatinien », caractérisé par une
hyperacétylation des histones H3 et H4 ainsi qu’une triméthylation
de la lysine 4 de l’histone H3 (H3K4me3), à un état «
hétérochromatinien », marqué par une désacétylation des histones H3
et H4 et une méthylation des lysines 9 et 27 de l’histone H3
(H3K9me2 et H3K27me3) [5]. Il faut cependant noter que la
méthylation de l’ADN, marque épigénétique par excellence et qui est
étroitement associée à l’hétérochromatine chez Arabidopsis [6], ne
semble intervenir à aucun moment dans la répression de FLC [4,
7].
Si VIN3 est nécessaire à l’initiation de la répression du gène FLC
par le froid, il n’est en revanche nullement impliqué dans la
perpétuation de l’état réprimé au-delà de la période de
vernalisation [4]. L’analyse génétique a montré que cette fonction
était dépendante de deux autres gènes, VRN1 et VRN2 (vernalisation
1 et 2) (Figure 2) [2, 5]. Le gène VRN1 code une protéine
spécifique des plantes capable de se fixer in vitro à l’ADN, tandis
que VRN2 est apparenté au gène suppressor of zeste 12 (Su[z]12) de
la drosophile [8]. Or, ce dernier est impliqué, avec les autres
gènes codant les protéines du groupe Polycomb, dans le maintien de
l’état réprimé de nombreux gènes clés du développement de la
mouche, et ce au travers de multiples divisions cellulaires [9]. De
plus, la protéine Su(z)12 agit au sein d’un complexe possédant une
activité méthyltransférase dirigée vers les lysines 9 et 27 de
l’histone H3 [10]. Enfin, la méthylation de l’ADN est quasiment
inexistante chez la drosophile et ne semble y jouer aucun rôle dans
la répression transcriptionnelle. La fonction et le mode d’action
de la protéine VRN2 seraient donc en tous points comparables à ceux
de son homologue animal [2].

Figure 2. Modèle de répression du gène FLC par la vernalisation.
En l’absence de vernalisation, le répresseur floral FLC (flowering
locus c) est dans une configuration chromatinienne « ouverte »
caractérisée par une hyperacétylation des histones H3 et H4 et une
forte expression. Lors d’un traitement par le froid, l’expression
du gène VIN3 (vernalization insensitive 3) est induite et conduit à
la désacétylation des histones H3 et H4 au locus FLC et à son
inactivation. La répression transcriptionnelle de FLC, qui n’est
que transitoire à ce stade, est maintenue par le complexe VRN1/2
(vernalisation 1 et 2) impliqué dans l’ajout de groupements
méthyles sur les lysines 9 et 27 de l’histone H3. C’est le maintien
de cette inactivation qui permettra une floraison précoce lors de
l’allongement des jours et de l’augmentation de la température. En
contexte mutant vrn1 ou vrn2, la répression de FLC n’est pas
maintenue après vernalisation, ce qui conduit à un retard de la
floraison.
L’empreinte parentale : un mécanisme restreint, chez
les plantes, au développement de l’albumen
L’empreinte parentale désigne tout processus qui conduit à
l’expression différentielle de certains gènes selon qu’ils sont
transmis par les gamètes mâles ou femelles. Bien qu’initialement
décrite chez le maïs [11], son analyse est beaucoup plus avancée
chez les mammifères (‹). (‹) m/s 2005, n° 4, p. 390
Chez la souris, plus de 70 gènes sont régulés ainsi
1. Bien que ce nombre soit limité au regard des 20 000 à
30 000 gènes identifiés dans le génome murin, l’empreinte parentale
n’en demeure pas moins essentielle au développement normal de
l’embryon comme à celui du placenta (‹) (‹) m/s 2005, n° 4, p. 396
et persiste pour certains gènes jusque dans la vie adulte [12]. Si,
pour des raisons évidentes, peu de choses sont encore connues quant
à son rôle au cours de l’embryogenèse humaine, nous savons
cependant que les défauts d’empreinte sont à l’origine de
nombreuses maladies chez l’homme [13] (‹). (‹) m/s 2005, n° 4, p.
405
Chez les plantes, à l’inverse, ce processus n’agit que de façon
très restreinte au cours du cycle de vie, et semble ne toucher
qu’un très petit nombre de gènes. Chez Arabidopsis, qui compte
environ 28 000 gènes et où les travaux sont les plus complets,
seuls deux cas d’expression mono-allélique ont été identifiés à ce
jour : ils concernent les gènes MEDEA (MEA) et FWA, qui codent
respectivement une protéine du groupe Polycomb et une protéine à
homéodomaine [14].
Les analyses génétiques ont montré que la contribution maternelle
du gène MEA est nécessaire au développement normal de la graine, où
elle jouerait un rôle modérateur de la croissance [15], en accord
avec la théorie du conflit parental postulée chez les mammifères.
Des expériences de RT-PCR et d’hybridation in situ ont confirmé que
si les deux copies d’origine maternelle sont exprimées dans
l’albumen, la copie paternelle est silencieuse [14]. Bien que les
données concernant l’embryon demeurent controversées, notamment en
raison de l’absence apparente d’expression du génome d’origine
paternelle lors des deux premiers jours suivant la formation du
zygote [16], nous savons néanmoins que les copies maternelle et
paternelle du gène MEA sont transcrites après germination, et donc
non soumises à l’empreinte [14]. À l’inverse, le gène FWA est
normalement réprimé dans l’embryon ainsi que durant la phase
végétative, où il montre une forte méthylation de sa partie 5’.
Cependant, comme MEA, FWA est exprimé dans l’albumen spécifiquement
à partir du génome d’origine maternelle, et cette expression est
dans les deux cas dépendante de l’activité du gène demeter (DME)
[17]. Ce gène, qui code une ADN glycosylase, présente lui-même un
profil d’expression tout à fait spécifique, puisqu’il n’est actif
que dans la cellule centrale, et seulement avant fécondation de
celle-ci par l’un des deux noyaux spermatiques [18] (Figure 3).
Même si la fonction de la protéine DME demeure inconnue, les
données génétiques indiquent qu’elle pourrait agir comme
déméthylase de l’ADN. En effet, son action sur les gènes MEA et FWA
est contrecarrée par celle de la protéine MET1 [17, 18], principale
méthyltransférase de maintenance présente chez Arabidopsis. De
plus, une mutation dans le gène met1 induit une expression du gène
FWA dans la plante entière [19], et notamment de la copie
paternelle dans l’albumen [17]. Sur la base de ces observations, il
a été proposé que les mécanismes épigénétiques de régulation
associés à la méthylation de l’ADN ne puissent agir qu’à « sens
unique » chez les plantes, et donc exclusivement dans des tissus ne
contribuant pas à la lignée germinale, tels que l’albumen [17].
Cette hypothèse, qu’il reste à étayer, expliquerait a contrario
l’absence apparente d’implication de la méthylation de l’ADN dans
le processus de vernalisation, puisque la répression stable du gène
FLC induite par le froid doit être effacée à chaque génération.

Figure 3. Empreinte parentale sur FWA. Chez la plante adulte, le
promoteur du gène FWA est fortement méthylé et
transcriptionnellement inactif. Les cellules spermatiques et
l’ovocyte héritent donc d’un allèle méthylé et inactif. Cependant,
le profil de méthylation de FWA est modifié dans la cellule
centrale, sous l’action du gène DME, qui ne s’exprime que dans
cette cellule et code une déméthylase présomptive. L’albumen, issu
de la fécondation entre la cellule centrale et une cellule
spermatique, hérite donc (en deux copies) d’un allèle maternel
hypométhylé et actif de FWA, et d’un allèle paternel inactif.
L’embryon hérite quant à lui d’allèles maternel et paternel
inactifs.
1. http ://www.mgu.har.mrc.ac.uk/research/imprinting/
imprin-viewdatagenes.html
Méthylation de l’ADN et variabilité génétique
naturelle
La méthylation des cytosines de l’ADN est une modification
postréplicative que l’on retrouve chez la plupart des eucaryotes.
Elle affecte principalement les séquences répétées du génome et
participe à sa stabilisation, d’une part en empêchant la
transcription et la mobilisation des éléments transposables,
d’autre part en rendant les répétitions inaptes à la recombinaison
homologue [20]. Chez les mammifères, la méthylation touche
également les exons et est localisée aussi bien dans les gènes qu’à
l’extérieur de ceux-ci, en raison de la colonisation des introns
par les éléments répétés [21, 22]. Chez les plantes, à l’inverse,
la distribution de ces éléments - et donc des méthylcytosines - est
essentiellement intergénique [22]. Enfin, alors que les profils de
méthylation chez la souris varient de façon importante au cours du
développement et sont effacés puis rétablis à chaque génération
[21, 23], tout indique qu’il n’en est rien chez les plantes, si
bien que tout changement « accidentel » de méthylation se
produisant à une génération est transmis tel quel au travers de la
méiose [24].
De fait, le premier exemple d’« épimutant » naturel jamais
répertorié est le variant génétique peloric de la linaire commune,
découvert par le botaniste Carl von Linné en 1749. Ce variant se
distingue du type sauvage par sa symétrie florale et avait été
décrit alors comme une nouvelle espèce. L’analyse moléculaire a
montré que l’altération à l’origine de peloric ne correspond pas à
une mutation de la séquence du gène affecté (le gène cycloidea, qui
contrôle la symétrie dorsoventrale des fleurs), mais à une
extinction de son expression associée à une hyperméthylation du
locus [25]. En accord avec ces données, et bien qu’il soit transmis
selon les lois de Mendel, l’allèle peloric est d’une stabilité
relative, comme l’indique l’apparition occasionnelle de fleurs à
phénotype sauvage ou intermédiaire.
De nombreuses épimutations spontanées ou induites expérimentalement
sont connues chez le maïs et Arabidopsis [24]. Par exemple, et de
façon inattendue puisqu’il s’agit d’un phénomène observé à la suite
d’une expérience de mutagenèse à l’EMS (éthylméthane sulfonate), de
nombreux « épiallèles » du gène superman (SUP) ont été isolés chez
Arabidopsis, tous présentant une hyperméthylation du promoteur et
une inactivation transcriptionnelle du gène [26]. Par ailleurs,
nous avons signalé plus haut que la mutation met1 conduit à une
perte de méthylation au locus FWA et à l’activation
transcriptionnelle du gène dans l’ensemble de la plante, et non
plus exclusivement dans l’albumen. Or, cette
réactivation/déméthylation de FWA est héritée indépendamment de
met1, et représente donc un autre cas d’épimutation [19]. Enfin, il
a été montré, au moyen d’une approche génomique, que l’induction
d’une hypométhylation globale du génome d’Arabidopsis par une
mutation du gène decrease in DNA methylation 1 (DDM1), qui code un
facteur de remodelage de la chromatine, conduit à un « réveil »
transcriptionnel massif des éléments transposables. Cette
réactivation est transmise à la descendance même après élimination
de la mutation ddm1 par croisement, et a, dans certaines
situations, un impact sur l’expression des gènes situés à proximité
immédiate. C’est ainsi que la formation d’épiallèles FWA à
expression constitutive, observée de façon semblable dans les
mutants ddm1 et met1, résulte directement de l’activation de
séquences promotrices dérivant d’un rétroélément SINE (short
interspersed nuclear element) [6]. À l’échelle du génome, ce sont
probablement plusieurs dizaines de gènes qui ont acquis de la sorte
une possibilité de varier par épimutation, possibilité qui leur
serait autrement interdite (A.V. Gendrel et V. Colot, résultats non
publiés).
Conclusions
Les données génétiques et moléculaires ne laissent guère de
doute quant à l’implication relativement modeste des processus
épigénétiques dans la régulation du développement chez les plantes.
Néanmoins, le génome d’Arabidopsis contient une abondance de
gènes2 dont les homologues animaux sont impliqués dans
la perpétuation d’états chromatiniens au travers des divisions
cellulaires. Il reste donc à comprendre comment ces gènes
fonctionnent chez les plantes, puisque les parallèles observés dans
le cas de la vernalisation et, dans une moindre mesure, de
l’empreinte parentale semblent constituer l’exception.
À l’opposé, les plantes se caractérisent par une capacité
importante à produire des épimutations transmissibles à la
descendance, contrairement aux mammifères. En effet, si chez ces
derniers les altérations épigénétiques sont souvent associées au
cancer [27], rares sont celles transmises lors de la méiose [28].
Cette absence de transmission s’explique par l’existence de
mécanismes efficaces de remise à plat à chaque génération des
régulations épigénétiques essentielles au développement des
mammifères. Quoi qu’il en soit, il semble difficile d’ignorer plus
longtemps la possibilité d’une contribution non négligeable des
épimutations à la variabilité génétique naturelle, aussi bien chez
les plantes que chez d’autres organismes. Compte tenu de leur
caractère souvent métastable, ces altérations pourraient en effet
être à l’origine de nombreuses situations où une hérédité
mendélienne stricte n’est pas observée.
2. http ://www.chromdb.org/
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