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Médecine/Science
| Décembre 2004 | Volume 20 | n° 12
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L’étiquette de la mort
Death-tag
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Aaron Ciechanover, 57 ans, Israélien, né le 1er octobre 1947 à Haïfa, Israël, obtient en 1974 son Doctorat en médecine à l’Hebrew University-Hadassah Medical School de Jérusalem puis, en 1981, son PhD à l’Institut de technologie d’Israël (Technion) de Haïfa. Il y est professeur de biochimie et dirige l’Institut Rappaport de recherche médicale. Membre du Conseil de l’EMBO (European molecular biology organization), de l’Académie européenne des arts et des sciences, il a reçu en 2000 le Prix Albert-Lasker (conjointement avec les professeurs Avram Hershko et Alexander Varshavsky).
Avram Hershko, 67 ans, Israëlien, né le 31 décembre 1937 à Karcag, Hongrie, émigre en Israël en 1950 et obtient en 1965 son Doctorat en médecine puis, en 1969, son PhD à l’Hebrew University-Hadassah Medical School de Jérusalem. Professeur de biochimie depuis 1972 à l’Institut de technologie d’Israël (Technion) de Haïfa, il y est depuis 1998 Professeur émérite. Membre de l’EMBO (European molecular biology organization) et de l’Académie des sciences d’Israël, Foreign associate de la National Academy of Sciences américaine, il a reçu en 2000 le Prix Albert-Lasker (conjointement avec les professeurs Aaron Ciechanover et Alexander Varshavsky).
Irwin Rose, Américain, né le 16 juillet 1926 à New York, obtient en 1952 son Doctorat en médecine et son PhD à l’Université de Chicago. Professeur de biochimie au Fox Chase Cancer Center de Philadelphia où il effectue toute sa carrière, il est encore, à 78 ans, rattaché, au titre de Professeur émérite, au Département de physiologie et de biophysique du College of Medicine de l’Université de Californie, à Irvine.
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Auteur principal :
Véronique Baldin
Adresse : Centre de recherche en biochimie macromoléculaire, CRBM-CNRS FRE 2593, 1919 route de Mende, 34293 Montpellier Cedex 5, France.
email : olivier.coux@crbm.cnrs.fr
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Co-auteur(s) :
Olivier Coux
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Le prix Nobel de chimie a été attribué cette année à Avram
Hershko, Aaron Ciechanover (tous deux de Haïfa en Israël) et Irwin
Rose (Irvine, Californie), pour leur découverte de
l’ubiquitinylation des protéines et de son rôle dans la protéolyse
intracellulaire (‹).
(‹) m/s 2000, n° 5, p. 623
Ironie de l’histoire, si les travaux récompensés sont maintenant
reconnus comme fondateurs de tout un pan de la biologie moderne,
c’est dans une relative indifférence qu’ils ont été publiés en
1980. À l’époque, rares étaient les biologistes qui s’intéressaient
à la protéolyse intracellulaire. L’idée alors couramment admise
était que la plupart des protéines étaient dégradées dans les
lysosomes, quand elles avaient « fait leur temps ». Aussi, quand
une poignée de biochimistes a commencé à décrire à la fin des
années 70 l’existence d’un système de protéolyse non lysosomal et
consommant de l’ATP, cela a été perçu comme anecdotique.
Pourtant, le fait que cette voie utilise de l’énergie pour dégrader
les protéines était en soi intrigant, puisque la coupure d’une
liaison peptidique est une réaction thermodynamiquement favorisée.
Cela suggérait que l’énergie utilisée devait servir à autre chose
qu’à l’hydrolyse proprement dite des protéines, et c’est en
essayant de comprendre ce point que Avram Hershko, Aaron
Ciechanover (alors étudiant dans le laboratoire de A. Hershko),
Irwin Rose et leurs collègues découvrirent un petit polypeptide
(alors appelé APF-1, ATP-dependent proteolytic factor 1) dont la
conjugaison à d’autres protéines déclenchait leur dégradation [1,
2]. Très rapidement, il fut établi que APF-1 était identique à une
molécule déjà décrite et appelée ubiquitine (Ub).
Au cours des années 80, différents travaux permirent de mieux
comprendre les mécanismes des processus de conjugaison et de
dégradation des protéines, et de décrire les enzymes impliquées.
L’ubiquitinylation des protéines est due à une cascade enzymatique,
impliquant une enzyme d’activation de l’Ub (E1), des enzymes de
conjugaison E2, et des facteurs de spécificité E3, ces derniers
existant en très grand nombre dans les cellules. En général, une
nouvelle molécule d’Ub est ensuite conjuguée à la première, et
ainsi de suite, ce qui aboutit à l’ajout sur le substrat d’une
véritable chaîne de poly-Ub qui agit comme une étiquette permettant
la reconnaissance puis la dégradation du substrat par une protéase
géante appelée protéasome.
Pendant ces années, l’apport des trois lauréats du prix Nobel à une
meilleure compréhension de la biochimie de cette voie
multi-enzymatique a été très important, même si bien sûr d’autres
scientifiques ont aussi apporté leurs contributions. Parmi ces
derniers, un nom mérite d’être cité, celui d’Alexander Varshavsky,
dont le laboratoire démontra le rôle essentiel de ce système de
protéolyse dans des cellules en culture, puis utilisa toute la
puissance de la génétique de la levure pour identifier et
comprendre le rôle de nombreux éléments du système.
Pour autant, à la fin des années 80, ce domaine d’étude était
toujours relativement confidentiel. Trois résultats critiques vont
permettre un tournant décisif au cours de la décennie suivante.
Tout d’abord, en 1990, le laboratoire de P. Howley démontre que les
papillomavirus dits « à haut risque » (ceux qui provoquent des
cancers du col de l’utérus) produisent une protéine qui provoque la
dégradation du gène suppresseur de tumeur p53 par le système
ubiquitine-protéasome (UbPr), favorisant ainsi l’apparition de
cancers. Puis, en 1991, le groupe de M. Kirschner montre que les
cyclines, qui contrôlent la progression du cycle cellulaire, sont
dégradées de manière contrôlée par ce même système. Enfin, en 1994,
l’équipe de A.L. Goldberg (« l’inventeur » du terme « protéasome »)
démontre, grâce à de nouveaux inhibiteurs spécifiques, que le
protéasome joue un rôle majeur dans la protéolyse intracellulaire
des cellules, et qu’il est le fournisseur principal des peptides
antigéniques utilisés par le système immunitaire. Ces trois
contributions ont eu cette fois un impact retentissant, car elles
démontraient l’importance biologique du système UbPr, et en
particulier son rôle dans des processus complexes comme la
prolifération cellulaire ou la réponse immunitaire.
Pendant la deuxième moitié des années 90, grâce notamment à la
disponibilité des inhibiteurs du protéasome, la liste des substrats
du système UbPr va s’allonger de manière exponentielle. De la même
façon, celle des facteurs E3, qui sont responsables de la
spécificité de la réaction d’ubiquitinylation, va également
s’étoffer jusqu’à atteindre plusieurs centaines de membres. En
quelques années, le système UbPr va définitivement sortir du
domaine des curiosités biochimiques pour acquérir le statut d’un
processus central des cellules eucaryotes, intervenant dans le
contrôle de la plupart des autres processus biologiques, au travers
de la dégradation spécifique et extrêmement contrôlée de protéines
régulatrices. De plus, ces dernières années, l’ubiquitinylation des
protéines a également été impliquée dans des processus non
protéolytiques, et de nombreux systèmes de conjugaison de protéines
similaires à l’Ub (comme par exemple la protéine SUMO), qui
interviennent dans des processus extrêmement variés, ont été
décrits.
C’est donc de manière logique que le prix Nobel de chimie vient
récompenser les travaux pionniers de Avram Hershko, Aaron
Ciechanover et Irwin Rose, d’autant que les deux premiers ont
depuis continué à se consacrer à l’étude du système UbPr. Bien que
leurs personnalités soient très différentes (A. Hershko, qui
travaille toujours à la paillasse à 67 ans, est une personne assez
discrète, alors que A. Ciechanover est, lui, beaucoup plus
extraverti), ils sont tous les deux des « autorités » incontestées
dans le domaine.
Reste l’absence d’A. Varshavsky parmi les lauréats. En 2000, le
trio A. Hershko, A. Ciechanover et A. Varshavsky avait reçu le
prestigieux prix Albert-Lasker pour ses travaux sur
l’ubiquitinylation des protéines. Du coup, l’absence de Varshavsky
de la liste finale des nobelisés a été très remarquée. Le comité
Nobel a semble-t-il préféré récompenser les travaux initiaux ayant
abouti à la découverte de l’ubiquitinylation des protéines et a,
peut-être, estimé que les travaux d’A. Varshavsky n’étaient pas
assez biochimiques pour un prix Nobel de chimie.
Comme toujours en science, où les contributions individuelles sont
difficiles à isoler du contexte humain et intellectuel dans lequel
elles sont élaborées, le choix du comité Nobel peut prêter à
discussion quant aux personnes finalement récompensées. En tout
cas, nul doute que récompenser les travaux qui ont permis la
découverte du système ubiquitine-protéasome était plus que
justifié.
Références
1. Hershko A, Ciechanover A, Heller H, et al.
Proposed role of ATP in protein breakdown: Conjugation of protein
with multiple chains of the polypeptide of ATP-dependent
proteolysis. Proc Natl Acad Sci USA 1980 ; 77 : 1783-6.
2. Ciechanover A, Heller H, Elias S, et al.
ATP-dependent conjugation of reticulocyte proteins with the
polypeptide required for protein degradation. Proc Natl Acad Sci
USA 1980 ; 77 : 1365-8.
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