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Médecine/Science
| Décembre 2004 | Volume 20 | n° 12
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Protagonistes de l’immunité innée dans les infections à salmonelles
Protagonists of innate immunity during infection with Salmonella
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Les infections à salmonelles, regroupement de diverses maladies allant de la simple gastro-entérite aux formes plus graves telles que la fièvre typhoïde, sont responsables aujourd’hui encore de 600 000 morts par an à travers le monde. L’élevage intensif d’animaux parfois porteurs de souches microbiennes infectieuses, ainsi que l’utilisation systématique et démesurée des antibiotiques ont permis à Salmonella et, bien sûr, à d’autres micro-organismes pathogènes, de développer des multirésistances et de poser à nouveau un réel problème de santé publique. Seize millions de personnes à travers le monde sont porteuses de diverses formes de Salmonella ; cependant, il est maintenant prouvé que les principaux sérotypes à l’origine des épidémies apparues dans les années 1980 et 1990 sont les formes les moins mortelles chez l’homme. Les recherches des 50 dernières années ont permis de mieux comprendre la physiopathologie des infections à salmonelles, notamment grâce à l’utilisation du modèle murin par approche génétique. Cet article se propose d’analyser les gènes exprimés par l’hôte, qu’ils soient humains ou murins, lors des premiers moments de l’infection.
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Auteur principal :
Laurent Salez
Adresse : Centre de l’Étude sur la résistance de l’hôte, Centre universitaire de santé McGill, Départements de Génétique humaine et de Médecine. Université McGill, Bureau L11-144, 1650, avenue Cedar, Montréal, Québec, H3G 1A4 Canada.
email : laurent.salez@mail.mcgill.ca
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Co-auteur(s) :
Danielle Malo | danielle.malo@mcgill.ca
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Salmonella are facultative intracellular Gram-negative bacteria that are found ubiquitously in nature and have the ability to infect a wide range of hosts including humans, domesticated, wild mammals, and birds. The principal clinical manifestations associated with Salmonella infection in humans are enteric fever (typhoid and paratyphoid) and a self-limiting gastroenteritis (salmonellosis). Additionally, silent carriage of this bacterium is frequent and contributes to disease dissemination. Typhoid fever still represents a major public health problem in many developing countries. On the other hand, industrialized countries experience an increased incidence of nontyphoidal Salmonella infections with most cases tracing back to food contamination. Studies using mouse model of infection with a highly virulent Salmonella typhimurium serotype have provided important insight into the complexity of the innate immune response to infection. The players are numerous but emphasis was placed on the genes that were discovered using genetic approaches and in vivo assay with live pathogen and include positional cloning of mouse mutations and manipulation of genes in the context of whole animal either by transgenesis or knockout technologies. Some of the critical genes include those known to play a role in the detection of the bacteria (Cd14, Lbp, Tlr4 and Tlr5) and in microbicidal activity (Slc11a1, Nos2, NADPH oxidase and cryptdins). These discoveries have already initiated the search for the contribution of particular genetic pathways in the innate immune response of humans to infection with Salmonella and other intracellular microorganisms.
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Salmonella, quatrième micro-organisme pathogène en
importance après Yersinia, Escherichia et Shigella dans le genre
entérobactéries, est un agent infectieux intracellulaire facultatif
; il a été isolé pour la première fois en 1885 par Daniel Salmon,
vétérinaire américain. Depuis lors, plus de 2 463 sérotypes
différents ont été décrits, chacun d’entre eux étant caractérisé
par une formule antigénique propre [1]. Salmonella typhi et
Salmonella paratyphi sont des pathogènes humains à l’origine de
fièvres typhoïdes, infections qui posent un problème de santé
publique majeur dans des régions du monde où il y a peu, voire
aucun, accès à l’eau potable et où le traitement des eaux usées
demeure insatisfaisant. La forte morbidité de ces infections et
l’apparition de résistances importantes a rendu difficiles les
traitements par antibiotiques classiques. Salmonella enteritidis et
Salmonella typhimurium, autres sérotypes de l’espèce Salmonella
enterica, peuvent infecter des hôtes très variés (volaille, homme,
souris, reptiles, amphibiens) ; ils causent une gastro-entérite
qui, dans la plupart des cas, se résorbe sans médication
antibiotique.
Les infections à Salmonella empruntent généralement la voie
digestive. Chez la souris, les salmonelles provoquent une maladie
systémique accompagnée de symptômes semblables à ceux de la fièvre
typhoïde chez l’homme, et ce indépendamment de la voie d’infection.
Classiquement, la cinétique d’infection chez la souris se
caractérise par quatre phases. La première se traduit par
l’élimination rapide des bactéries sériques. Durant la semaine
suivant l’infection, Salmonella se réplique activement au sein des
cellules phagocytaires. Cette phase précède une phase en plateau
caractérisée par la mise en place de la reconnaissance de PAMP
(pathogen-associated molecular pattern, des motifs moléculaires
spécifiques de certains pathogènes) par les cellules de la lignée
phagocytaire mononucléée. Il en résulte la production de nombreuses
cytokines (tumor necrosis factor alpha, interleukines 1, 6 et 12,
interféron gamma) et une infiltration massive de monocytes et de
polynucléaires neutrophiles dans les sites inflammatoires. À la
quatrième phase de l’infection s’installe la défense inflammatoire
dite acquise, c’est-à-dire faisant intervenir les cellules T et B,
ainsi que les facteurs humoraux qui en découlent.
Les gènes de l’hôte présentés ici, pour certains déjà connus pour
d’autres fonctions, pour d’autres nouvellement découverts,
suscitent un intérêt particulier si l’on veut comprendre les
relations hôte-pathogène établies pendant les premières phases de
l’infection (c’est-à-dire au cours de la défense innée). En outre,
d’excellentes analyses synoptiques offrent un panorama complet des
gènes de virulence de Salmonella, lesquels, exprimés par les
pathogènes invasifs, leur confèrent un mode de résistance
spécifique contre les mécanismes de défense innée [2].
Reconnaissance du pathogène
CD14 et LBP
Rappelons que Salmonella est une bactérie à Gram négatif,
c’est-à-dire que sa paroi externe exprime le LPS
(lipopolysaccharide), molécule fortement immunogène. La LBP
(LPS-binding protein) est une protéine sérique dont la principale
caractéristique est de présenter le LPS sous la forme monomérique
au récepteur CD14, sa forme libre en solution étant micellaire. Les
premiers travaux ayant mis en évidence le rôle de la LBP lors
d’infections à Salmonella typhimurium le décrivent comme nécessaire
pour qu’une réaction inflammatoire efficace se produise et
contribue à éliminer le pathogène invasif [3]. Le récepteur CD14,
réparti majoritairement sur les monocytes et les macrophages, est
le récepteur du LPS par excellence. Présent dans l’organisme sous
forme membranaire (mCD14) et soluble (sCD14), il possède en son
domaine carboxyterminal un site de fixation à un groupement GPI
(phosphosylphosphatidylinositol) favorisant son ancrage à la
membrane cellulaire, mais sans la traverser, interdisant tout
contact avec le milieu cytoplasmique et donc toute interaction
moléculaire permettant la transduction du signal en aval.
La fixation du LPS à la cellule ne provoque pas d’activation
cellulaire immédiate. Le laps de temps nécessaire à l’activation
(15 à 30 minutes) s’explique par la nécessité d’internaliser le
complexe LPS/CD14. Certaines études montrent que le blocage de la
fusion endosomique ou de l’internalisation provoque une rupture
dans la signalisation induite par le LPS [4]. Bien que ce mécanisme
soit encore mal décrit, il a été montré que le LPS monomérique est
transporté dans la cellule vers l’appareil de Golgi, puis qu’il
active la cellule. Il semble que le LPS particulaire (c’est-à-dire
celui véhiculé par un pathogène) et le LPS micellaire (agrégé)
soient, quant à eux, transportés vers le lysosome sans activer la
cellule, bien que la voie empruntée demeure celle du CD14 [4].
TLR4
Jusqu’à la fin des années 1990, on ne pouvait expliquer les
raisons pour lesquelles certaines lignées de souris telles que les
C3H/HeJ et les C57BL/10ScCr possèdent une protection naturelle en
cas d’injection massive de LPS [5]. A contrario, on ne comprenait
pas mieux pourquoi les souris C3H/HeJ apparaissaient plus
vulnérables que les souris C3H/HeN, C3H/Stet ou C3H/Bi à une
infection à Salmonella [6].
La réponse fut apportée par des expériences de clonage positionnel
qui mirent en évidence la présence d’une protéine transmembranaire
orthologue de la protéine Toll, décrite initialement dans le
développement embryonnaire de la drosophile [7]. La description
d’une nouvelle protéine, TLR4 (Toll-like receptor 4), permit de
comprendre comment le complexe LPS/LBP peut engendrer un message
intracellulaire via le récepteur CD14. Ainsi, on sait désormais
pourquoi certaines lignées murines sont naturellement résistantes
au LPS ou sensibles aux infections par les bactéries à Gram négatif
[8, 9].
TLR4 est une protéine dotée d’un domaine transmembranaire, d’un
domaine extracellulaire riche en leucine et d’un domaine
intracellulaire homologue au domaine intracellulaire du récepteur
de l’IL1 (domaine TIR). Le gène TLR4 est un représentant d’une
famille de 12 gènes chez la souris et de 13 chez l’homme. Chacun
d’entre eux possèdent un panel de ligands propres et, pour
certains, la dimérisation - homologue ou hétérologue - est un
prérequis pour induire un message intracellulaire caractéristique
[10]. La fixation du complexe LPS/LBP au complexe CD14/TLR4 (en
coopération avec MD2, une protéine périmembranaire) produit
l’activation de deux voies de signalisation distinctes et
partiellement redondantes (Figure 1). Le TLR4 n’exerce pas
seulement un rôle de reconnaissance du pathogène, il intervient
également dans la phagocytose de bactéries à Gram négatif et
positif. Cet effet est réglé par la cascade de signalisation
MyD88/IRAK4/p38 et est associé à une induction du scavenger
receptor [14].
Chez l’homme, plusieurs défauts génétiques de l’activation de
NFkappaB ont été impliqués dans la survenue d’infections
bactériennes récurrentes et concernent des gènes tels que IRAK4
[15], NEMO, à l’origine de la sous-unité régulatrice du complexe
IKK [16], et IkappaBalpha [17]. Les gènes NEMO et IkappaBalpha sont
mutés chez les patients atteints de dysplasie ectodermique
anhidrotique avec immunodéficience. Ces patients présentent un
spectre d’infections étendu, reflétant le rôle central de NFkappaB
dans l’immunité innée.
Figure 1. Interactions hôte-pathogène lors de la reconnaissance
de Salmonella par le système phagocytaire. L’activation non
spécifique par Salmonella est déclenchée par la fixation du LPS au
CD14, en coopération avec la protéine TLR4 (Toll-like receptor 4)
et MD2. Une première voie fait intervenir deux protéines
adaptatrices, MyD88 et TIRAP [11], capables de mobiliser la voie de
signalisation dépendante des protéines IRAK4, TRAF6, TAB1 et TAK1,
mais également des MAP kinases (MKK, MAP kinase kinase) et de la
protéine p38. Cette cascade d’activations moléculaires, notamment
par le biais du complexe moléculaire NEMO/ IKKalpha/IKKbéta, induit
la dégradation de IkappaB, la translocation de NFkappaB vers le
noyau et l’activation d’AP1 menant à l’activation
transcriptionnelle de certains gènes codant pour des cytokines
inflammatoires, telles que le TNFalpha, l’IL1, l’IL8, l’IL6, l’IL12
ou encore MIP1alpha. Indépendamment de TRAF6, le facteur de
transcription C/EBPbéta (ou NFIL6) semble être mobilisé lors de
l’activation de cette voie (MyD88), par une voie de signalisation
encore mal décrite, et permet notamment la production de
prostaglandine E2 [12]. L’autre voie empruntée lors de l’activation
du récepteur TLR4 fait intervenir une voie indépendante de MyD88 où
interviennent deux autres protéines adaptatrices, TRAM et TRIF
[13]. Ces protéines adaptatrices, au même titre que MyD88/TIRAP,
activent non seulement la voie des MAP kinases et de la p38, mais
également une voie qui leur est propre et qui permet la synthèse de
l’IFNbéta, de NOS2 et de l’IP10 à la suite de l’activation du
facteur de transcription IRF3 [11]. Plus spécifiquement, la voie
dépendante de TLR5 est empruntée par les bactéries flagellées. Elle
fait intervenir MyD88 et IRAK, induit la translocation de NFkappaB
vers le noyau, permet l’activation de la protéine p38, et aboutit à
la production de cytokines telles que l’IL6 et le TNFalpha.
AP1 : adaptor protein complex ; C/EBPbéta :
CCAAT/enhancer-binding protein béta ; CD14 : cluster de
différenciation ; IFN : interféron ; IKK :
inhibitor of kappaB kinase ; IL : interleukine ;
IP10 : interferon inducible protein 10 ; IRAK :
interleukin 1 receptor-associated kinase ; IRF3 :
interferon regulatory factor 3 ; IkappaB : inhibitor of
nuclear factor kappaB ; LPS : lipopolysaccharide ;
MIP1alpha : macrophage inflammatory protein 1 alpha ;
MKK : MAP kinase kinase ; MyD88 : myeloid
differentiation factor 88 ; NEMO : nuclear factor kappaB
essential modifier ; NFkappaB : nuclear factor kappaB.
TAB : transforming growth factor béta-activated protein
kinase-binding protein ; TAK : transforming growth
factor-béta-associated kinase ; TIRAP : Toll-interleukin
1 receptor domain-containing adapter protein ; TLR : Toll
like receptor ; TNFalpha : tumor necrosis factor alpha ;
TRAF : tumor necrosis factor receptor associated factor ;
TRAM : TRIF-related adapter molecule ; TRIF :
Toll/interleukin-1 receptor domain-containing adaptor protein
inducing interferon béta.
TLR5
Contrairement à TLR4 qui possède plusieurs ligands différents,
TLR5 présente une affinité exclusive pour la flagelline (Figure 1).
Cette protéine, exprimée dans les flagelles bactériens, présente un
pouvoir très immunogène, comme en témoignent ses capacités
d’activation du système phagocytaire mononucléé [18] et des
cellules épithéliales de la muqueuse intestinale [19]. TLR5 induit
un message transducteur similaire à TLR4, puisque la voie empruntée
mobilise NFkappaB et induit la production de cytokines
pro-inflammatoires telles que le TNFalpha et l’IL6 [18]. In vivo,
Tlr5 pourrait aussi jouer un rôle important dans la résistance à
l’infection à Salmonella typhimurium, comme le démontrent des
études de liaisons génétiques chez la souris [20].
Destruction du pathogène
NRAMP1
La fin des années 1970 a été marquée par la localisation de
trois locus de résistance à trois pathogènes différents chez
plusieurs lignées murines : Ity pour Salmonella, Bcg pour
Mycobacterium et Lsh pour Leishmania. Il fallut attendre 20 ans
pour rapprocher ces marqueurs de résistance à un gène unique,
Nramp1 [21] (natural resistance associated macrophage protein 1),
nommé désormais Slc11a1 pour son appartenance à la famille des
transporteurs ioniques. NRAMP1, exprimée par les macrophages et les
polynucléaires neutrophiles, est une protéine de 56 kDa à 12
domaines transmembranaires, fortement hydrophobe et contenant une
boucle extracytoplasmique glycosylée [22].
Pendant la phagocytose, des vésicules d’endocytose particulières
contenant Salmonella (SCV, Salmonella-containing vesicle)
permettent aux pathogènes de survivre et de se répliquer. La fusion
de tels compartiments avec les endosomes est habituellement rapide
(quelques minutes), mais, grâce à la machinerie d’évitement de
Salmonella, la fusion avec les endosomes tardifs s’effectue avec
plusieurs heures de retard [23]. Ces endosomes contiennent de
nombreuses enzymes, à l’origine notamment de la destruction des
composants microbiens.
NRAMP1 est recrutée dans la membrane des phagosomes et reste
associée à ces membranes jusqu’à la formation des phagolysosomes,
au sein desquelles elle permet l’acquisition du récepteur M6PR
(mannose 6 phosphate receptor), une protéine connue pour régler le
transport de certaines enzymes lysosomales (Figure 2).
NRAMP1 est par ailleurs capable de transporter les ions divalents
(Fe2+, Zn2+, Mn2+) du domaine intravésiculaire vers le compartiment
cytoplasmique, en fonction du pH vésiculaire [24]. De son côté,
Salmonella possède un gène orthologue à Nramp1, mntH, dont la
protéine est impliquée dans un processus similaire, mais produisant
un flux d’ions divalents du domaine intravésiculaire vers le
compartiment intravacuolaire bactérien. NRAMP1 apparaît donc
clairement comme un compétiteur naturel de l’apport aux bactéries
en métabolites ioniques essentiels à leur réplication [22].
NADPH oxydase et NOS2
Les deux enzymes, NADPH oxydase et NOS2, participent à la
défense antimicrobienne par leur action oxydante [25] (Figure 2).
Leur importance en pathologie humaine a été mise en relief en
étudiant des patients souffrant de maladies granulomateuses
chroniques, résultant de mutations dans les différentes sous-unités
de la NADPH oxydase [26]. Il est acquis que la NADPH oxydase agit
en transformant l’oxygène moléculaire O2 en anion superoxyde O2-.,
lequel peut produire H2O2 sous l’effet de la superoxyde dismutase.
En présence de chlore ou de fer, les dérivés chlorés et les
radicaux hydroxyles OH- synthétisés sont capables d’agir comme des
bactéricides puissants. Leur toxicité agit au niveau de l’ADN, des
protéines et des lipides membranaires [27].
La synthèse du monoxyde d’azote (NO) est catalysée par la NO
synthase, représentée par trois isoformes. La NOS2 est exprimée
dans différents types cellulaires, notamment les macrophages, les
polynucléaires neutrophiles ou encore les hépatocytes. Le NO a une
fonction capitale dans le maintien de l’homéostasie vasculaire,
mais joue un rôle très important dans la défense antimicrobienne,
notamment en supprimant la synthèse d’ADN et la synthèse protéique
du pathogène, et en inhibant la fonction mitochondriale et celle de
l’apoptose chez l’hôte [28]. Ces propriétés du NO en font une
molécule aux fonctions ambiguës, car ses capacités inhibitrices de
la synthèse protéique peuvent, dans certains cas, être délétères
pour l’organisme hôte.
L’importance de la NADPH oxydase et de la NOS2 peut être illustrée
par des travaux relatant divers moyens sélectionnés par Salmonella
pour échapper à la défense de l’hôte. Salmonella a développé le
moyen d’inhiber la fusion vésiculaire [29], mais également de
délocaliser la NADPH oxydase [30] et la NOS2 [31], avec pour effet
de les détourner de leur pouvoir bactéricide.

Figure 2. Acteurs moléculaires de destruction de Salmonella. À
la suite de la reconnaissance du pathogène par les cellules
phagocytaires mononucléées, la bactérie subit une internalisation
(A) (formation des vésicules contenant Salmonella, SCV) en vue de
sa phagocytose. Celle-ci est rendue possible par l’arrangement
d’événements séquentiels faisant intervenir différentes molécules
dont les actions combinées conduisent à la destruction de la
bactérie : l’activation de la nitric oxide synthase (NOS2) (B),
notamment en réponse à l’activation de TLR4 (Toll like receptor),
permet la production du monoxyde d’azote (NO), diffusible au sein
de la cellule, qui est délétère pour les acides nucléiques et les
protéines, et inhibe la fonction mitochondriale et l’apoptose chez
l’hôte. De même, l’activation de la NADPH oxydase (C) conduit à la
production du radical O2-. qui, en présence de chlore ou de fer,
présente un risque d’altération pour l’ADN, les protéines et
l’intégrité membranaire bactérienne. Ces deux intervenants (NOS2 et
NADPH oxydase) semblent agir à des moments différents de
l’infection. Plus tard au cours du processus, les enzymes
lysosomales, après fusion des phagosomes et du lysosome (D),
agissent de concert pour dégrader les composants bactériens. Leur
action est potentialisée par le récepteur du mannose 6 phosphate
(M6PR), connu pour régler le transport d’enzymes lysosomales du
réseau trans-golgien aux lysosomes. L’expression de NRAMP1 (natural
resistance associated macrophage protein 1) à la surface des SCV
favorise l’acquisition de M6PR et la fusion entre phagosomes et
lysosomes. De son côté, Salmonella exprime mntH, un transporteur
des ions divalents Fe2+, Zn2+, Mn2+ essentiels pour sa survie ; la
protéine NRAMP1, exprimée dans la membrane vésiculaire de
l’endolysosome, agit comme compétiteur naturel du transport de ces
ions divalents.
Défensines
Les défensines font partie d’un groupe de peptides cationiques
synthétisés et sécrétés notamment par les cellules de Paneth,
entités spécialisées localisées au sein des cryptes de l’intestin
grêle (les défensines-alpha des cellules de Paneth sont appelées
cryptdines). Leur rôle dans la défense de l’hôte contre Salmonella
typhimurium a été démontré à l’aide de deux modèles de souris
génétiquement modifiées. Le premier modèle implique l’inactivation
du gène Mmp7 (matrilysin), codant pour une enzyme nécessaire à la
maturation des cryptdines chez la souris. Lors d’une infection à
Salmonella typhimurium par voie orale, les souris dont le gène
codant pour Mmp7 a été invalidé sont beaucoup plus sensibles à
l’infection [32]. Le second modèle implique la création de souris
transgéniques exprimant le gène humain HD5 (orthologue du gène
codant pour la cryptdine 4 chez la souris) de façon spécifique dans
les cellules de Paneth [33]. Ces souris transgéniques font preuve
d’une résistance accrue à l’infection à Salmonella typhimurium
administrée oralement, et non par voie parentérale. Les défensines
sécrétées par les cellules de Paneth contribuent donc à la défense
de l’hôte en jouant un rôle dans la survie des pathogènes invasifs
tels que Salmonella.
Conclusions
La majeure partie des gènes précédemment décrits ont été mis en
évidence à l’aide d’études de mutations transmises selon la règle
mendélienne, en tirant parti du fait que la résistance à Salmonella
peut provenir de l’absence ou de la mutation ponctuelle d’un seul
gène. La connaissance des génomes humain et murin, et les
techniques de biologie moléculaire actuelles, telles que l’étude
des locus de traits complexes, permettent dorénavant de déceler les
fonctions et les interactions de gènes distincts. Il semble donc
que les années à venir devraient voir émerger la connaissance de
nouvelles interactions moléculaires entre Salmonella et son hôte,
laissant espérer que de nouvelles approches thérapeutiques seront
prochainement accessibles.
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