L’année 2004 qui s’achève a été marquée,
pour la recherche en France, par une prise de conscience et une
mobilisation sans précédent des chercheurs et des citoyens. Du 7
janvier, date de la publication de la lettre ouverte au
gouvernement par le collectif « Sauvons la Recherche » (http
://recherche-en-danger.apinc.org/) au 29 octobre, lorsque se sont
closes les assises nationales des États Généraux de la Recherche,
les objectifs, l’organisation, les moyens humains et financiers de
cette recherche ont été l’objet de réflexions et de débats intenses
et, nous l’espérons tous, fructueux. C’est l’incorporation concrète
des propositions qui en sont issues en lois d'orientation et de
programmation de la recherche qui en témoignera (‹).
(‹) m/s 2004, n° 12, p. 1158
Cette importante mobilisation a quelque
peu éclipsé un anniversaire, celui des quarante ans de l’Inserm
(http ://infodoc.inserm.fr/histoire). L’institut, porté sur les
fonds baptismaux par un décret du 18 juillet 1964, prend la suite
de l’Institut National d’Hygiène (INH) créé en 1941 et remodelé au
cours des années 1950 jusqu’à la création des premiers « centres de
recherche » en 1956. L’évolution de l’Inserm en quarante ans, la
définition de ses spécificités et sa croissance qualitative et
quantitative sont connues de tous. L’Inserm est aujourd’hui un
élément capital de la recherche biomédicale en France, recherche
dont les performances sont, comme dans tous les pays
industrialisés, en étroite corrélation avec les moyens qui lui sont
alloués (‹).
(‹) m/s 2004, n° 12, p. 1149
Cette date anniversaire est aussi celle
(coïncidence ?) du Fonds de la Recherche en Santé du Québec (FRSQ).
Pionnier au Canada et au Québec, le FRSQ a été créé en 1964 par le
ministère de la Santé du Québec sous le nom de Conseil de
recherches médicales dans le but de conseiller le ministre en
matière de recherche médicale. Quarante ans plus tard, le FRSQ joue
un rôle de premier plan dans la planification et la coordination du
développement de la recherche québécoise en santé.
L’idée d’un institut de recherche en biologie médicale n’est pas
neuve. En 1918, Charles Richet, prix Nobel de Physiologie et de
Médecine 1913, pour la découverte de l’anaphylaxie, rédige un
rapport à la demande de la Faculté de Médecine de Paris qui étudie
(déjà…) le moyen de s'ouvrir aux étudiants étrangers. Certains
aspects en sont prémonitoires.
« C'est uniquement grâce à cette organisation habile que certains
professeurs allemands ont pu attirer dans leurs laboratoires des
groupes de jeunes savants de tous pays qui se sont ensuite
disséminés par le monde, propageant, par leur exemple comme par
leur enseignement, l'influence allemande et contribuant ainsi
involontairement à répandre cette illusion que la science allemande
est tout. Le laboratoire de Charles Ludwig a été de 1866 à 1884 un
modèle à ce point de vue […].
Mais pour attirer à nous les étudiants et les travailleurs des pays
voisins, au moins faut-il leur présenter une organisation
matérielle décente. Or, actuellement, nos laboratoires malgré tout
ce que l'État a fait pour nous, ne sont plus au niveau des
exigences de la science moderne. Assurément, jamais nous ne serons
assez riches pour rivaliser avec les instituts Rockefeller et
Carnegie par exemple, car nos ressources seront toujours
inférieures. Pourtant, il ne faut pas que l'infériorité soit
manifeste. Le talent de nos professeurs devra le plus souvent
compenser la très réelle infériorité (fatale) de l'agencement
matériel [...].
Alors deux voies d'action sont ouvertes : ou reconstituer et
restaurer les laboratoires actuels, ou faire quelque chose de tout
à fait nouveau. Je ne crois pas pour ma part que la réfection de
nos vieux laboratoires puisse jamais aboutir à un résultat
satisfaisant […]. Pour faire œuvre utile, il me paraît qu'il
faudrait résolument créer comme annexe à notre Faculté de médecine,
un Institut biologique ou mieux un institut de biologie médicale
qui serait le palais central de tous les laboratoires de la
Faculté. Dans cet Institut biologique, les laboratoires différents
pourraient avoir des salles (ou services !) et surtout une
bibliothèque communes […]. La fréquentation des mêmes locaux par
les divers chercheurs appartenant à divers laboratoires
entretiendrait un échange d'idées très fructueux [...] [1].
Bon anniversaire, donc, et longue vie.
1. Archives Nationales Aj16, pièce 6357.