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Médecine/Science
| Avril 2005 | Volume 21 | n° 4
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Réponse adaptative à la tuberculose en l’absence de MyD88
Fatal tuberculosis despite adaptive immune response in the absence of MyD88
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Auteur principal :
Valérie Quesniaux
Adresse : CNRS FRE2815, IEM, Immunologie et embryologie moléculaires, Institut de Transgenèse, 3 bis, rue de la Férollerie, 45071 Orléans, France.
email : quesniaux@cnrs-orleans.fr
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Co-auteur(s) :
Bernhard Ryffel | bryffel@cnrs-orleans.fr
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Les infections mycobactériennes, et notamment la tuberculose,
représentent un des plus graves problèmes de santé publique,
actuellement ré-émergent en Europe. Cela est en partie dû au sida
qui compromet le système immunitaire des patients et crée un
terrain favorable aux infections opportunistes telles que la
tuberculose. L’OMS estime qu’un tiers de l’humanité est infecté par
Mycobacterium tuberculosis (M. tb), l’agent de la tuberculose.
Cependant, seulement 10 % des personnes infectées développent une
tuberculose cliniquement active. L’infection est donc contrôlée,
mais pas éradiquée, chez la plupart des individus. Pour
développer un vaccin ou un traitement efficace contre la
tuberculose latente, il est primordial de comprendre, à l’échelle
moléculaire, les interactions entre la mycobactérie et son hôte, et
les mécanismes immunitaires qui en résultent.
Les lymphocytes T CD4+, l’interféron gamma (IFNgamma),
l’interleukine-12 (IL-12), mais aussi la cytokine TNF (tumor
necrosis factor) sont essentiels au contrôle de l’infection, comme
cela a été montré chez des patients génétiquement déficients ou à
la suite d’une intervention pharmacologique. En effet, chez
certains patients atteints d’arthrite rhumatoïde, traités par des
anticorps anti-TNF, une réactivation de la tuberculose latente est
observée. Le contrôle de l’infection latente semble donc un
phénomène dynamique où non seulement la réponse immunitaire
adaptative mais aussi la réponse immunitaire innée pourraient jouer
un rôle important.
Les modèles animaux ont permis de confirmer le rôle essentiel du
TNF dans la réponse de l’hôte aux mycobactéries. En effet, les
souris déficientes en TNF meurent 3 à 5 semaines après une
infection par M. tb ou par la souche vaccinale atténuée M. bovis
BCG (bacille de Calmette-Guérin) [1, 2]. Nous nous sommes attachés
à comprendre les événements en amont de l’expression du TNF,
notamment les mécanismes moléculaires de la reconnaissance des
structures spécifiques aux mycobactéries par des récepteurs de
l’hôte. Les récepteurs TLR (Toll-like receptor), découverts en 1997
[3], ont permis de comprendre des mécanismes essentiels de la
reconnaissance des pathogènes. Nous avons étudié le rôle de ces
récepteurs TLR dans la réponse à la tuberculose et la transmission
de leur signal, notamment par la voie de signalisation MyD88
(myeloid differentiation protein 88) (Figure 1).

Figure 1. Voies de signalisation TLR-dépendantes et
indépendantes de MyD88 intervenant dans la reconnaissance de
Mycobacterium tuberculosis et M. bovis BCG. Parmi la famille des 11
Toll-like receptors (TLR) connus, les mycobactéries utilisent les
récepteurs TLR2, en hétérodimères avec TLR1 ou TLR6, et les TLR4 en
homodimères. TLR2 signale uniquement par la voie utilisant
l’adaptateur MyD88 (myeloid differentiation protein 88), alors que
TLR4 signale à la fois par la voie MyD88 et par une voie
indépendante de MyD88, utilisant les adaptateurs TRIF (TIR domain
containing adaptor inducing interferon-béta) et TRAM (TRIF-related
adaptor molecule). D’autres récepteurs des mycobactéries sont
connus, dont les récepteurs du mannose, du complément, scavenger et
DC-SIGN (dendritic cell-specific intracellular adhesion molecule-3
grabbing nonintegrin), mais aucun lien entre ces récepteurs et
MyD88 n’a été montré. La réponse des récepteurs TLR2 et TLR4
faisant intervenir MyD88 associé à l’adaptateur TIRAP (TIR
domain-containing adapter protein) recrute les kinases IRAK1 et 4
(IL-1 receptor-associated kinase). Une fois phosphorylées, IRAK1 et
4 sont libérées du complexe-récepteur et s’associent à TRAF6
(TNF-receptor associated factor), qui à son tour agit sur
l’activation de la kinase TAK1 (TGFbéta-activated protein kinase
1). TAK1 semble intervenir sur deux voies divergentes, aboutissant
à l’activation des MAPK (mitogen-associated protein kinases) et à
la phosphorylation et à la dégradation de l’inhibiteur IkappaB,
puis à la libération et à la translocation du facteur de
transcription NFkappaB, qui conduit à l’expression de gènes codant
pour des cytokines telles que TNF et IL-12. L’activation de TLR4
indépendante de MyD88 fait intervenir les adaptateurs TRAM et TRIF.
TRIF se lie à TBK1, une kinase proche de la famille des IkappaB
kinases, induisant l’activation, la dimérisation et la
translocation nucléaire d’IRF3 (interferon regulatory factor), puis
l’expression d’IFNbéta, à l’origine d’une boucle autocrine.
L’IFNbéta se lie à son récepteur puis active STAT1 (signal
transducer and activator of transcription 1), conduisant à
l’expression de gènes codant notamment pour les molécules de
co-stimulation CD40 et CD86. AraLAM : LAM non cappé ; LAM :
lipoarabinomannane ; LM : lipomannane ; PIM,
phosphatidyl-myo-inositol mannosides.
Plusieurs études ont montré un phénotype relativement limité des
souris déficientes en TLR2 et/ou TLR4 à l’infection aiguë à M. tb
[4-7], ou à M. bovis BCG [8, 9], contrairement à l’extrême
sensibilité des souris déficientes en TNF [1, 2]. Cependant,
l’absence de TLR2 ou TLR4 semble conduire à un défaut du contrôle à
long terme de l’infection chronique à M. tb [4, 7]. Une certaine
redondance des récepteurs TLR n’est pas exclue, mais l’absence
combinée de TLR2 et TLR4 ne compromet pas la réponse à l’infection
par M. bovis BCG in vivo [9].
MyD88 est un adaptateur commun aux voies de signalisation des
récepteurs TLR (hormis TLR3) et des récepteurs de l’IL-1 et de
l’IL-18. In vitro, les macrophages et les cellules dendritiques des
souris déficientes en MyD88 répondent très faiblement à la
stimulation par M. bovis BCG, M. tb ou leurs antigènes isolés, en
termes de production de cytokines pro-inflammatoires ou de nitrites
[10, 11]. En revanche, l’expression de molécules de co-stimulation,
marqueurs membranaires exprimés à la surface des cellules
présentatrices d’antigène et indispensables à l’activation des
lymphocytes T (cluster de différenciation : CD40, CD80, CD86), est
normale, suggérant que les souris déficientes en MyD88 pourraient
présenter un déficit de réponse innée tout en montrant une réponse
adaptative à l’infection par les mycobactéries in vivo (Figure 2).
Les souris déficientes en MyD88 infectées par M. tb par voie
aérosol ne contrôlent ni la croissance ni la dissémination des
mycobactéries, et cela s’accompagne d’une atteinte pulmonaire
extrême, fatale en moins de quatre semaines [11]. Cependant,
l’activation et le recrutement des lymphocytes T dans les poumons
sont normaux. En utilisant un protocole de vaccination par le BCG,
nous avons mis en évidence une réponse IFNgamma normale des
lymphocytes T et une protection transitoire contre l’infection à M.
tb, accompagnées d’une réduction de l’atteinte pulmonaire et de la
sécrétion de cytokines pro-inflammatoires et de chimiokines dans
les poumons des souris déficientes en MyD88 et vaccinées
[11].
Dans leur commentaire, T.M. Doherty et M. Arditi [12] soulignent
l’aspect paradoxal de ces résultats par rapport au modèle
communément admis selon lequel la réponse immunitaire innée
déclenche la réponse adaptative par les récepteurs PRR (pattern
recognition receptors). Cependant, il faut souligner que l’absence
de MyD88, si elle abroge la plupart des réponses aux antigènes
mycobactériens en termes de sécrétion de cytokines, n’affecte pas
l’expression des molécules de co-stimulation qui pourrait être
suffisante pour le recrutement des lymphocytes T spécifiques et
contribuer à la mise en place de la réponse adaptative.
L’indépendance de la voie MyD88 pour l’expression des molécules de
co-stimulation a été décrite pour la stimulation par le
lipopolysaccharide (LPS) qui fait intervenir la voie TLR4/TRIF/TRAM
(TIR domain containing adaptor inducing
interferon-béta/TRIF-related adaptor molecule). De plus, nous avons
montré que, dans le cas de M. bovis BCG, l’infection des
macrophages ou des cellules dendritiques induit l’expression des
molécules de co-stimulation même en l’absence combinée de TLR2 et
de TLR4 [9], bien que la réponse aux fractions solubles ou
particulaires de M. bovis BCG soit largement dépendante de TLR2 ou
de TLR4 [8, 13, 14]. Cela indique qu’au-delà de la voie TLR4
indépendante de MyD88, l’infection à M. bovis BCG met en œuvre des
voies de stimulation différentes de TLR2 et TLR4. De fait,
plusieurs récepteurs peuvent se lier aux mycobactéries et sont
vraisemblablement à même de déclencher ou de contrôler des réponses
innées et adaptatives, en particulier DC-SIGN (dendritic
cell-specific intracellular adhesion molecule-3 grabbing
nonintegrin), et les récepteurs du mannose, du complément,
scavenger et, potentiellement, des récepteurs intracellulaires tels
que ceux de la famille NOD. L’existence de voies alternatives aux
voies dépendantes de TLR/MyD88 est également indiquée par la forte
réponse inflammatoire, avec production marquée de TNF, IL-1alpha,
IFNgamma et chimiokines, dans les poumons de souris déficientes en
MyD88 en phase terminale d’infection tuberculeuse. Finalement,
MyD88 intervenant également dans le signal des récepteurs de l’IL-1
et de l’IL-18, le rôle de ces voies dans le phénotype des souris
déficientes en MyD88 reste encore à préciser, bien que les souris
déficientes en IL-1alpha/béta, récepteur I de l’IL-1, IL-18 ou
caspase 1, la convertase responsable du clivage de la pro-IL-1béta
et de l’IL-18, ne montrent pas un phénotype aussi marqué que celui
des souris déficientes en MyD88 en réponse à l’infection par M. tb
[11, 15-17].
L’utilisation des souris déficientes en MyD88 nous permet donc de
séparer plusieurs aspects de la réponse immunitaire innée aux
mycobactéries conduisant, d’une part, à la production de cytokines
pro-inflammatoires et de nitrites, qui semble essentielle pour la
réponse rapide aux mycobactéries virulentes telle que M. tb [11],
mais n’est pas indispensable au contrôle de la souche atténuée M.
bovis BCG [10] et, d’autre part, à l’expression par les cellules
présentatrices de l’antigène des molécules de co-stimulation, qui
permet la mise en place de la réponse adaptative, et semble
largement indépendante des voies TLR et MyD88 [10, 11].

Figure 2. Schéma des résultats expérimentaux obtenus chez des
souris déficientes en MyD88 après infection par Mycobacterium
tuberculosis. L’absence de MyD88 abolit la production de cytokines
et de monoxyde d’azote (NO) par les cellules présentatrices
d’antigène (CPA), mais pas l’expression des molécules de
co-stimulation ni la mise en place de la réponse adaptative.
REMERCIEMENTS
Ce travail a été soutenu par le Cnrs, la Fondation de la Recherche
Médicale, le Studium, Orléans, et un contrat de collaboration
franco-sud-africain.
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