Liste des revues d'EDP Sciences
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Brèves de m/s
Harcèlement sexuel chez la souris (brèves ; 11/10/2012)
Harcèlement sexuel
chez la souris © Dalloz

Oui, c’est bien ainsi (Genetics of sexual harassment) qu’est annoncée par Nature une étude toute récente qui a l’honneur de figurer dans la rubrique Research highlights mise en ligne le 15 août [1]. L’article, publié par la revue Current Biology [2], s’intitule plus sobrement « Un fondement génétique pour un comportement sexuel altéré chez les souris femelles mutantes ». Il émane d’un excellent laboratoire helvétique et décrit une observation inattendue, effectuée au cours de la construction d’une série de mutants des locus Hoxd destinés à des études sur le développement : il s’avère que des femelles présentant à l’état hétérozygote une délétion des locus Hoxd1 à Hoxd91 poursuivent agressivement les mâles, et mutilent par morsure leurs organes génitaux. Ces animaux ne manifestent pas d’autre anomalie visible et ont par ailleurs un comportement normal, sans agressivité particulière. Ce phénotype n’est pas retrouvé chez les mutants ayant perdu par délétion les gènes Hoxd 4 à 9, ni chez ceux auxquels manquent Hoxd1 à 10 ou Hoxd1 à 13. Les auteurs ont fait l’hypothèse que ce phénotype dominant pouvait être lié à une expression anormale du facteur de transcription codé par le gène Hoxd10, et ont effectivement montré une présence ectopique de cette protéine dans le lobe frontal de l’embryon et surtout dans l’hippocampe chez l’adulte, probablement au niveau des neurones GABAergiques. Les gènes Hoxd sont normalement réprimés dans le cerveau, l’expression de l’un d’eux semble donc modifier spécifiquement le comportement sexuel femelle (les mâles hétérozygotes n’étant pas affectés). Ces résultats sont intéressants et suggèrent une possible contribution de l’hippocampe à la régulation du comportement sexuel. De là à parler de harcèlement sexuel, comme le font l’item de Nature mais aussi (brièvement) les auteurs, il y a toute la distance qui sépare le fait scientifique de l’annonce médiatique.

Bertrand Jordan
CoReBio PACA, case 901
Parc scientifique de Luminy Marseille, France
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Références

  1. Genetics of sexual harassment. Nature 2012 ; 488 : 256.
  2. Zakany J, Duboule D. Curr Biol 2012; 15 août (online).
 
La chémérine : mobilisation générale des cellules NK contre les tumeurs ! (brèves ; 19/09/2012)
La chémérine : mobilisation  générale des cellules NK contre les tumeurs ! © Inserm – Sophie Viaud

La chémérine est une chimiokine aux multiples facettes. Elle agit sur la différenciation des adipocytes et est impliquée dans la stimulation de la lipolyse. Mais elle possède également des propriétés chimioattractantes pour les macrophages, les cellules dendritiques plasmacytoïdes, et les cellules NK (natural killer). L’activation de son récepteur, ChemR23 (ou chemokine-like receptor 1, CMKLR1) conduit à une colocalisation de ces cellules dans les tissus inflammatoires. Cette capacité de la chémérine à attirer les cellules NK a conduit des chercheurs de l’Université de Stanford [1] à explorer son rôle dans l’immunité antitumorale. En utilisant la base GEO du NCBI (National center for biotechnology), ces chercheurs ont d’abord montré que l’expression du gène RARRES2 (retinoic acid receptor responder protein 2) codant la chémérine était diminuée dans les mélanomes ainsi que dans d’autres tumeurs solides (cancers colorectaux, du sein, de la prostate et du poumon). En analysant rétrospectivement deux études cliniques, ils ont montré une corrélation significative entre expression de la chémérine et survie de patients ayant un mélanome. De plus, une corrélation entre cette expression et la présence de cellules NK infiltrant les tumeurs a été observée, suggérant qu’une production locale par les cellules tumorales ou les cellules du tissu normal avoisinant bloquait la progression tumorale. Pour tester cette hypothèse, la croissance de cellules tumorales de mélanome produisant ou non la chémérine a été analysée chez des souris. Les tumeurs sécrétant la chémérine ont poussé beaucoup plus lentement et des infiltrats intratumoraux plus importants de cellules dendritiques conventionnelles, de lymphocytes T et de cellules NK ont été observés, au détriment des cellules myéloïdes suppressives et, de façon plus surprenante, des cellules dendritiques plasmacytoïdes considérées comme étant tolérogènes. La déplétion des cellules NK, et non l’absence des lymphocytes T, a conduit de plus à une accélération de la croissance tumorale, montrant que ce sont bien les cellules NK qui sont responsables de l’action antitumorale de la chémérine. L’utilisation de souris dont le gène codant ChemR23 a été invalidé a confirmé que les cellules NK devaient exprimer ce récepteur pour être sensibles au signal chimioattractant de la chémérine. Enfin, l’injection intratumorale de chémérine a conduit à l’inhibition de la croissance des cellules de mélanome ne secrétant pas cette chimiokine. Tous ces résultats montrent l’intérêt potentiel à manipuler l’axe chémérine-ChemR23 à des fins d’immunothérapie antitumorale dans le mélanome et d’autres tumeurs solides.

Jean-Luc Teillaud
Centre de recherche des Cordeliers
Inserm UMR-S 872, Paris, France
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Références

  1. Pachynski RK, et al. J Exp Med 2012 ; 209 : 1427-35.
 
Le lait maternel peut aussi être toxique (brèves ; 19/09/2012)
Le lait maternel peut aussi être toxique © 123RF.com

Le lait maternel est admis comme la nourriture optimale du mammifère nouveau-né, il serait riche et protecteur. On sait, cependant, qu’une dyslipidémie génétique peut entraîner la sécrétion d’un lait inflammatoire et toxique pour le nouveau-né [1], ainsi qu’une propension à des maladies chroniques de l’âge adulte. Des chercheurs de l’université du Texas à Dallas ont testé l’hypothèse selon laquelle des troubles analogues seraient dus à des déséquilibres alimentaires de la mère [2]. Les auteurs ont étudié les conséquences du régime hypercalorique (WD pour western diet) chez la souris et les nouveau-nés qu’elle nourrit. On observe chez les nouveau-nés WD une accumulation de lipides, inflammation et alopécie (perte de poils). Des études montrent que la toxicité est d’origine post-natale, s’établissant pendant la lactation et non pas pendant la gestation. L’accumulation est majoritairement celle d’acides gras saturés (FA). Ce sont ces FA à longue chaîne (C16 et C18) - majoritaires dans le lait des mères WD - qui provoquent de façon spécifique une réaction inflammatoire. L’addition au régime des témoins d’acide palmitique (C16) ou d’acide linoléique (C18) montre que l’acide palmitique seul entraîne une alopécie. Les mères exposées au régime WD produisent des céramides (Cer) et des glucosylcéramides à un taux élevé dans leur lait, ainsi que les enzymes assurant la biosynthèse de ces lipides. Les auteurs mettent en évidence au niveau des macrophages le caractère pro-inflammatoire de ces dérivés métaboliques. On avait déjà vu que les récepteurs TLR2 et TLR4 (toll-like receptors) sont des médiateurs d’inflammation et de résistance à l’insuline. Leur double invalidation (DKO) confère aux souriceaux nouveau-nés une résistance au lait toxique et supprime l’alopécie. Il en est de même de l’invalidation de la protéine Myd88 partenaire des TLR. C’est donc la voie de signalisation TLR2/4-Myd88 qui est mise en oeuvre lors de l’inflammation induite par le lait WD. Les auteurs ont exploré un rôle possible de la flore intestinale, mais le syndrome est identique, ou même plus accentué, chez les souris germ-free. L’usage d’un inhibiteur synthétique de TLR4 (TAK-242) s’avère plus efficace pour supprimer les troubles que celui d’un inhibiteur de TLR2, et pourrait être envisagé comme thérapeutique de la toxicité néonatale du lait WD. L’ensemble de ces résultats montre donc un aspect nouveau de l’étiologie et du traitement des troubles inflammatoires de la période néonatale, et montre combien un nouveau-né est sensible au taux et à la composition des lipides du lait. La souris est-elle suffisante pour extrapoler les résultats à l’homme ? La question vaut sûrement d’être posée.

Dominique Labie
Institut Cochin, Paris, France
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Références

  1. Wan Y, et al. Genes Dev 2007 ; 21 : 1895-908.
  2. Du Y, et al. Genes Dev 2012 ; 26 : 1306-11.
 
Les petits mammouths de la Crète préhistorique (brèves ; 19/09/2012)
Les petits mammouths
de la Crète préhistorique Fresque du palais de Cnossos (Crète)

En Crète, berceau de la civilisation minoenne (et de la légende du Minotaure), des ossements fossiles d’éléphants nains avaient été retrouvés près de Cape Malekas par une paléontologue britannique, Dorothée Bate, en 1902 [1]. Baptisés Elephas (ou Palaeolodoxon) creticus, ils semblaient faire partie des Palaeolodoxons miniatures retrouvés dans les îles de la Méditerranée comme P. cypriotes, découvert lui aussi par D. Bate, ou P. falconeri, retrouvé en Sicile et à Malte, qui ne mesurait pas plus d’un mètre au garrot. Les observations de nanisme insulaire sont nombreuses, allant des caméléons, comme ce minuscule Brookesia micra à Madagascar, jusqu’à l’homme (si l’on admet qu’Homo floresiensis résulte de ce phénomène). Ces éléphants des îles avaient été considérés comme des descendants d’un éléphant de taille normale (3 m de haut au garrot), d’une espèce aujourd’hui éteinte, Palaeoloxodon antiquus, ayant vécu sur le continent européen au pléistocène moyen et supérieur (781 000 - 11 550 ans avant notre ère). Mais des travaux récents viennent de montrer qu’on se trompait et que Palaeolodoxon creticus est en réalité un mammouth nain. Dans un premier temps, des chercheurs du musée d’histoire naturelle de Crète avaient suggéré que l’ADN - extrait d’un fragment d’os retrouvé à Cape Malekas - était plus proche de l’ADN du mammouth que de celui de l’éléphant [2]. Mais leurs résultats avaient été sérieusement mis en doute du fait de l’extrême fragmentation de cet ADN vieux de 800 000 ans [3]. Tout récemment, des chercheurs du musée d’histoire naturelle de Londres viennent de réétudier des molaires de Palaeolodoxon creticus, provenant des spécimens recueillis par D. Bate à Cape Malekas. La taille, la forme des dents, la disposition des lamelles d’émail permettent de conclure que ce fossile appartient à l’espèce des mammouths [4]. Il doit donc être appelé Mammuthus creticus. Le progéniteur est probablement Mammuthus meridionalis qui a disparu d’Europe il y a environ 700 000 ans, bien que M. rumanus, le plus ancien mammouth d’Europe, ne puisse être exclu. Ainsi, le nanisme insulaire s’est produit à la même période pour les deux espèces d’éléphantidés. D’autres mammouths nains ont été découverts comme la forme naine de M. primigenius (le mammouth laineux) découverte dans l’île de Wrangel en Sibérie, ou M. exilis, sur les îles du détroit au large de Los Angeles (CA, États-Unis) dans l’océan pacifique. Mais M. creticus, de la taille d’un éléphanteau, est indiscutablement le plus petit d’entre eux.

Simone Gilgenkrantz
médecine/sciences
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Références

  1. Bate DMA. Proc Zool Soc Lond 1907 ; 238-50.
  2. Poulakakis N, et al. Biol Lett 2006 ; 2 : 451-4.
  3. Orlando, L et al. Biol Lett 2007 ; 3 : 57-9.
  4. Herridge VL, Lister AM. Proc R Soc B 2012 ; 279 : 3193-200.
 
Le nom de la rose version XXIe siècle : vivent les documentalistes (brèves ; 19/09/2012)
Le nom de la rose version XXIe siècle :  vivent les documentalistes

Il fut un temps où la totalité des connaissances pouvait tenir dans quelques bibliothèques jalousement gardées car signe de puissance d’un empire. Les encyclopédistes avaient, par la suite, tenté de briser le monopole du savoir pour en faire un bien universel. Une telle philosophie revient pleinement à l’ordre du jour avec le flot d’informations qui submerge le chercheur et le nombre de banques de données en croissance exponentielle. Exploiter les mines de données et créer des métadonnées pour interpréter les résultats et ouvrir de nouvelles pistes d’investigation en essayant d’avoir une vision globale devient crucial. Le consortium « eagle-i » [1] a été conçu comme un « système de ressources de découvertes » collectif en réseau pour faciliter et accélérer l’acquisition de nouvelles connaissances. Les enseignements tirés de cette initiative ont fait émerger les points clés à considérer pour généraliser cette véritable révolution culturelle. Le chercheur est fier de son autonomie intellectuelle et de sa maîtrise conceptuelle et méthodologique, de son thème de recherche qui a besoin de confrontation et de généralisation. Pour que ses données soient disponibles et consultables, il lui faudrait un niveau élevé de rigueur dans leur organisation et leur formulation, leur présentation et leur suivi. Idéalement, il faudrait une sémantique structurée et interopérable qui permettrait de gérer, en temps réel, les projets dès leur conception et tout au long de leur progression. La gestion intelligente des données personnelles (en respectant la propriété intellectuelle) pour en faire un bien collectif faciliterait la collaboration (reproductibilité des résultats, standardisation) et rendrait la production de données plus efficace et moins onéreuse. L’aptitude à fournir des données structurées et ordonnées devrait être valorisée et reconnue par des publications dans des revues ad hoc. Le projet « eagle-i » a fait travailler ensemble experts en sémantique de réseaux, ontologues, bibliothécaires et curateurs de domaines. La pérennité nécessite un soutien institutionnel et la bibliothèque est un noeud clé dans le dispositif. La formation « à la bibliographie » devrait donc être complétée par une formation en statistique, éthique et le rôle du bibliothécaire devrait être redéfini. Les bibliothécaires éduquent la communauté tout en faisant leur propre recherche pour améliorer la maîtrise documentaire de la communauté scientifique. Ils redeviennent des acteurs privilégiés dans la progression des connaissances qu’il faut intégrer et reconnaître, à leur juste place, dans le processus scientifique.

Jacques Haiech
Raoul Ranjeva
UMR CNR 7200, Faculté de pharmacie de Strasbourg, Illkirch, France
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Références

  1. Hendel MA, et al. PLoS, Biol 2012 ; 10 : 1-4.
 
Un soufre contrôle la vasodilatation induite par H2O2 (brèves ; 07/09/2012)
Un soufre contrôle la vasodilatation induite par H2O2

Vasodilatateur,
mais respecter
la dose prescrite

Le NO (monoxyde d’azote), produit par les cellules endothéliales, est l’un des acteurs majeurs impliqués dans la régulation du tonus vasculaire. C’est un puissant vasodilatateur. Il interagit avec son récepteur préférentiel la guanylate cyclase soluble pour stimuler la production de 3’,5’-guanosine monophosphate cyclique (GMPc) qui, dans le muscle lisse vasculaire, active à son tour de manière prédominante la protéine kinase PKG-Iα. Cependant, dans de nombreux vaisseaux sanguins, l’activation de la NO synthase endothéliale conduit à la génération simultanée de NO et de H2O2 (peroxyde d’hydrogène), ce dernier ayant été identifié comme l’un des facteurs hyperpolarisants dérivés de l’endothélium [1]. Une des cibles de H2O2 est également la PKG-1α, mais par un mécanisme totalement indépendant du GMPc. Dans différentes artères, y compris les artérioles coronaires humaines, H2O2 produit la réduction d’un résidu cystéine, entraînant la dimérisation réversible de PKG-1α, responsable de son activation. Subséquemment, l’activation de conductances potassiques entraîne la relaxation du muscle lisse vasculaire [2-4]. Le remplacement de la cystéine 42 de la PGK-1α murine par une sérine, en fait la simple substitution d’un atome de soufre par un atome d’oxygène, inhibe les relaxations produites par H2O2 tout en préservant celles dues au NO ou au GMPc [4]. Chez ces souris modifiées génétiquement, une altération des réponses endothéliales et une augmentation conjointe des résistances périphériques et de la pression artérielle sont observées [4]. Cependant, H2O2 peut être également impliqué dans la contraction du muscle lisse vasculaire, et, chez des souris surexprimant la catalase spécifiquement dans les cellules endothéliales, la diminution des concentrations en H2O2 est associée à une hypotension [1, 5]. Le travail de Prysyazhna et al. montre de façon élégante qu’un seul acide aminé de la PGK-1α est suffisant pour expliquer la vasorelaxation induite par H2O2 et renforce l’idée que cette enzyme pourrait avoir un rôle dans la genèse de l’hypertension [6]. Cependant, de nombreux travaux restent à effectuer pour mieux appréhender le rôle physiopathologique des espèces réactives de l’oxygène dans la régulation de la fonction vasculaire.

Antoine Bril
Michel Félétou
IRIS et IdRS, Suresnes, France
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Références

  1. Félétou M. The endothelium, part 1 : multiple functions of the endothelial cells, focus on endothelium derived vasoactive mediators. Integrated systems physiology : from molecule to function to disease. San Rafael (CA): Morgan and Claypool Life Sciences, 2011.
  2. Burgoyne JR, et al. Science 2007 ; 317 : 1393-7.
  3. Zhang DX, et al. Circ Res 2012 ; 110 : 471-80.
  4. Prysyazhna O, et al. Nat Med 2012 ; 18: 286-90.
  5. Suvorava T, Kojda G. Biochim Biophys Acta 2009 ; 1787 : 802-10.
  6. Michael SK, et al. Proc Natl Acad Sci USA 2008 ; 105 : 6702-7.
 
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