
© Inserm Frédéric Joubert
Le fonctionnement de la cellule dépend fondamentalement
de l’organisation spatiotemporelle du protéome.
Le dysfonctionnement des processus de dégradation
ou d’adressage des protéines entraîne, en effet,
de graves maladies (cancers, maladies neurodégénératives, etc.). Pouvoir analyser la
dynamique protéique, de manière non destructrice, jusqu’au niveau cellulaire devrait
pouvoir permettre de développer des stratégies de thérapie ciblée. Une étape décisive
a été franchie dernièrement [1] grâce à l’utilisation de protéines fluorescentes comme
chronomètre. Le principe repose sur l’utilisation en tandem de deux protéines fluorescentes
différant par leur temps de maturation et leur spectre d’émission, fusionnées
avec la protéine d’intérêt. Le choix a porté sur la protéine rouge
fluorescente (cerise ou cherry), dont le temps de demi-vie
de maturation est de 40 min, en tandem avec un variant de la protéine verte fluorescente,
dont la maturation est rapide, quelques minutes. Une population de protéines
étiquetées avec cette construction émettra une fluorescence uniquement verte juste
après sa synthèse, puis émettra progressivement une fluorescence rouge de telle sorte
que le rapport Fr/Fv que nous désignerons par par souci de simplification devient une
mesure de l’âge de la population de(s) protéine(s) d’intérêt. La validité de l’approche
a été vérifiée tout d’abord dans une situation connue : ainsi, chez la levure, on sait que
durant la mitose, le centre organisateur des microtubules est dupliqué de telle manière
que la protéine « âgée » est transmise à la cellule fille tandis que celle qui est néosynthétisée
demeure dans la cellule mère. Effectivement, , plus élevé chez la cellule fille
que chez la cellule parentale décroît progressivement en fonction de la progression
du cycle cellulaire, donc de l’âge des protagonistes. La base du raisonnement était
donc affermie et la répartition de protéines marqueurs en fonction du cycle cellulaire établie. À l’aide de différentes constructions qui permettent
de moduler la stabilité d’une protéine d’intérêt, les auteurs
montrent que dans l’état d’équilibre, décroît en fonction de la
vitesse de dégradation des deux protéines fluorescentes indépendamment
de la vitesse de production des protéines. Il devient
donc possible de déduire la cinétique de dégradation par une
simple mesure de en cytométrie de
flux. La construction proposée permettrait
de mesurer des temps de demi-vie compris entre 10 min et
8 h, durée suffisante pour étudier de manière systématique les
protéines de levure. La technique a, enfin, été mise en œuvre pour
rechercher par criblage à haut débit de potentiels régulateurs de
la vitesse de renouvellement des protéines. La méthodologie mise
en œuvre par les auteurs marque un progrès considérable dans la
protéomique cellulaire.
Raoul Ranjeva
Jacques Haiech
UMR7200,
Laboratoire d’innovations thérapeutiques,
Illkirch, France
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Références
- Kmelinskii A, et al. Nat Biotechnol 2012 ; 30 : 708-16.
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© Inserm Catherine Lubetzki
En écho à la Chronique génomique de Bertrand Jordan
sur « Épigénétique et résilience » [1], cette brève résume
les données de deux articles récents décrivant l’influence
des relations sociales sur la myélinisation axonale dans
le cortex préfrontal des rongeurs. Cette région intervient
dans la planification et la coordination des comportements
complexes et des émotions. En 2011, une équipe de Harvard
medical school (Boston, États-Unis) avait montré des altérations
irréversibles de la maturation des oligodendrocytes et de la myélinisation
chez des souriceaux vivant en isolement total (une souris
par cage) dès le sevrage (jour 21) et pendant quatre semaines [2].
Les auteurs définissaient une période développementale critique
(J21 à J35) pendant laquelle la maturation des oligodendrocytes
(et donc l’efficacité du processus de myélinisation, maximum
dans des oligodendrocytes matures) dans le cortex préfrontal est
dépendante de stimulus de l’environnement, relayés par la voie
de signalisation neuroréguline-erbB3. L’absence de ces stimulus
(isolement) explique les défauts cognitifs chez les animaux adultes.
Dans la seconde étude [3], une autre équipe américaine explore le retentissement
de l’isolement social, mais chez des souris adultes. Elle constate également, après
8 semaines sans contact social, une diminution significative de l’épaisseur de la
gaine de myéline entourant les axones, exclusivement dans le cortex préfrontal,
alors que le nombre d’oligodendrocytes est normal et qu’il n’y a aucune autre
anomalie de structure des axones ou des noeuds. Les transcrits caractéristiques
de la myéline, dont mbp (myelin basic protein) et mobp (myelin-associated
oligodendrocytic basic protein), mais aussi les protéines correspondantes, sont significativement réduits. La structure
de la chromatine des noyaux de ces
oligodendrocytes est typique de cellules
immatures, peu compactée (57 %
d’hétérochromatine versus 67 % dans les
noyaux des oligodendrocytes de souris vivant
en groupe), et avec une prédominance de
marques activatrices (acétylation) sur les marques
répressives (méthylation). Les transcrits codant les
enzymes contrôlant ces marques sont modifiés de
façon appropriée. Ces modifications de la structure
chromatinienne sont détectables précocement,
dès 2 semaines d’isolement chez la souris adulte.
Contrairement à la situation précédente [2], toutes
les altérations constatées, transcriptionnelles et
épigénétiques, étaient réversibles avec le retour à
une vie en groupe. Cette réversibilité suggère une
certaine « plasticité » du processus de myélinisation
dans le cortex préfrontal, y compris chez l’adulte : reste
à comprendre comment les stimulations neuronales dans cette
région induisent un remodelage de la chromatine dans les oligodendrocytes
stimulant leur différenciation, et comment le degré de
myélinisation influence en aval les fonctions cognitives.
Laure Coulombel
médecine/sciences
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Références
- Jordan B. Med Sci (Paris) 2013 ; 29 : 325-8.
- Makinodan M, et al. Science 2012 ; 337 : 1357-60.
- Liu J, et al. Nat Neurosci 2013 ; 15 : 1621-4.
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© S. Gilgenkrantz
La peau vieillit. Amincissement du derme, ridules et rides, taches pigmentaires
et télangiectasies. Selon les traités de dermatologie, ce processus débute vers
25 ans. Sans doute la peau ne vieillit-elle pas plus que les autres organes, mais
ce revêtement du corps - et surtout du visage - est beaucoup plus apparent, et
- contrairement au serpent, hélas ! -, l’être humain ne mue pas. C’est pourquoi
cosmétiques, peelings, lasers, toxine botulinique et produits de comblement
ont encore de beaux jours devant eux. Même s’il existe des facteurs externes
qui aggravent le vieillissement cutané, celui-ci dépend d’abord de mécanismes
intrinsèques : stress oxydatif, diminution des hormones,
raréfaction du réseau vasculaire, raccourcissement des
télomères. Mais le rôle de ces facteurs reste jusqu’à présent évasif. Récemment
toutefois, une équipe ATIP-Avenir de Nice (homéostasie et tumorigenèse épidermique)
vient d’obtenir des résultats plus précis. Elle a mis en évidence le rôle d’un
transporteur d’acides aminés dans l’homéostasie cutanée : CD98hc (heavy chain)
ou SLC3A2 (solute carrier family 3 ; activator of dibasic and neutral amino acid
transport) [1]. Il module le signal intégrine essentiel au renouvellement de la
peau. Dans un premier temps, les chercheurs ont défini les zones cutanées où il
s’exprime : couche basale de l’épiderme, base des follicule pileux. Ils ont ensuite
réalisé une invalidation sélective dans la peau du gène correspondant. Ils ont
constaté qu’elle n’entraînait pas de troubles de l’adhésion cellulaire mais qu’en
revanche, elle diminuait la prolifération et la migration des cellules, ralentissait les processus de cicatrisation
et le fonctionnement
des follicules
pileux. CD98hc intervient
dans une voie
contrôlant l’homéostasie
avec les intégrines
(molécules d’adhésion
mais aussi de signalisation),
le facteur RhoGEF (guanine nucleotide exchange factor),
et LARG (leukemia-associated RhoGEF/RhoA). Dans l’épiderme
déficient en CD98hc, il existe une diminution de l’activation de
c-Src et une activation persistante de RhoA.
Des études in vitro ont donné des résultats
analogues. Or, chez la souris âgée, on observe aussi une diminution
de la prolifération des cellules, un ralentissement de la
cicatrisation en même temps qu’un abaissement de l’expression
de CD98hc. Si l’expression de ce transporteur diminue progressivement
avec l’âge chez la souris, il serait intéressant de vérifier
qu’il en est de même chez l’homme. Pourquoi cette diminution
survient-elle avec l’âge ? Nouvelle question… et nouveaux
espoirs pour une thérapie moléculaire anti-âge.
Simone Gilgenkrantz
médecine/sciences
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Références
- Boulter E, et al. J Exp Med 2013 ; 210 : 173-90.
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Chromodoris reticulata
© Creative Commons
Au cours du printemps, pendant plusieurs années, les chercheurs de la station de
Sesoko, près d’Okinawa au Japon, ont fait de la plongée sous-marine dans les récifs
de corail des alentours pour recueillir des Chromodoris reticulata. Ces ravissantes
limaces de mer peuvent atteindre 8 cm ; elles ont une robe blanche réticulée de rouge,
leurs rhinophores ont une extrémité brune et - détail qui ne manque pas d’intérêt
- elles sont hermaphrodites. Mais contrairement aux escargots, hermaphrodites protérandriques,
elles ont l’avantage d’être des hermaphrodites simultanées : au cours
de la copulation, chaque partenaire agit à la fois en mâle et en femelle. Pour pouvoir
étudier leurs pratiques sexuelles plus à loisir, les chercheurs de Sekoso et d’Osaka
les ont conservées en élevage. Puis ils ont organisé des rencontres dans des bassins
expérimentaux où ont été mis en présence deux partenaires n’ayant pas copulé depuis
au moins 24 heures. Les biologistes japonais ont pu ainsi assister à l’accouplement
réciproque de 31 couples. Ils viennent de publier leurs résultats [1]. La copulation se
déroule toujours de la façon suivante : les deux partenaires s’approchent, mettent en
contact leur côté droit où se trouve leur orifice génital ; puis, ils projettent chacun
leur appareil copulateur dans le vagin de l’autre ; au bout d’une dizaine de secondes,
ils repoussent le partenaire avec leur pièce buccale et se séparent, leur pénis étant
allongé et étiré ; l’un des deux retire alors son pénis du vagin de son partenaire et
l’autre fait de même peu après. L’ensemble dure en tout entre 5 et 9 minutes. On
pourrait croire l’histoire terminée… Mais non ! Car il existe un rituel postcoïtal au
cours duquel chaque partenaire autotomise son appendice copulateur. Recueilli
au fond du bassin et examiné, on s’aperçoit qu’il était muni de spicules disposés comme des hameçons. Ces crochets
ont-ils été utilisés afin
d’éliminer tout allosperme résiduel,
comme le font les Anisoptères
- ou libellules ? [2]. Mais
celles-ci peuvent commander
les mouvements de leur organe
copulateur, alors que celui des
mollusques est dépourvu de muscle. Donc rien n’est moins sûr.
Rares sont les animaux qui s’amputent ainsi de leur pénis, mis
à part certaines araignées, comme Nephilengys malabarensis
qui se sépare de son pédipalpe pour éviter de se faire dévorer
par la femelle, ou encore un petit poulpe, Argonauta nouryi, qui
abandonne aussi son long bras copulateur (hectocotylus) dans
l’abdomen de sa volumineuse femelle1. Pour notre nudibranche,
pas de quoi en faire un drame car rien n’est perdu : 24 heures
après ce coït, il pourra extruder un nouveau pénis tout neuf en
déroulant la zone spiralée qui était encore immature. Donc rien à
voir avec le fameux film de Nagisa Oshima « l’Empire des sens »,
et le fait divers qui l’avait inspiré… sauf que tout cela se passe
dans l’Empire du Soleil Levant…
médecine/sciences
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1 Longtemps, on a cru qu’il s’agissait de parasites.
Références
- Sekizawa A, et al. Biol Letters 2013 ; 9 : 2012-150.
- Muller JA. Evolution 2007 ; 61 : 1301-15.
- Roca R, Seibel BA. ICES J Mar Sci 2010 ; 67 : 1494-500.
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© Inserm
Chantal Delon-Martin
Associer les
connaissances
systémiques
génomiques et
métabolomiques a permis de lier des variations génétiques à des différences
de taux de production/accumulation de métabolites spécifiques
dont la plupart demeurent « non identifiés ». Ces derniers ne peuvent
toutefois pas être considérés formellement comme des marqueurs fonctionnels.
Le chaînon manquant visant à prédire (et à vérifier) l’identité
des métabolites non identifiés a été apporté par Krumsiek et al. [1]. Les
auteurs sont partis du principe que, même s’ils n’étaient pas identifiés,
les métabolites d’intérêt pouvaient être quantifiés de manière reproductible.
Partant de ce fait, ils ont posé comme hypothèse que si un composé
inconnu présentait une empreinte similaire à celle d’un locus génétique ou
à celle d’un composé déjà répertorié, alors on pourrait déduire sa position
dans un réseau métabolique. Ils ont donc combiné génétique d’association
(relier des composés inconnus à des gènes fonctionnellement identifiés)
et analyse graphique gaussienne (placer des métabolites inconnus dans
un contexte biochimique identifié) pour annoter spécifiquement des voies
métaboliques conduisant
aux composés non identifiés.
La validité de la
démarche a été
vérifiée dans des
cas retenus comme
référence : hypertension,
détoxification,
résistance
à l’insuline. Cette
méta-analyse pourrait
être élargie à
d’autres systèmes
vivants et à d’autres
situations physiologiques
normales ou pathologiques et conduire à la
découverte
de nouvelles voies métaboliques.
Jacques Haiech
Raoul Ranjeva
UMR7200,
Laboratoire d’innovations thérapeutiques,
Illkirch, France
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Références
- Krumsiek J, et al. PLoS Genet 2012 ; 8 : 10, e1003005.
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© Inserm
Jean-Christophe Lambry
Nous fabriquons 360 billions (le billion
anglophone) de globules rouges (GR)
par jour, et, chaque seconde, 5 millions
de GR « âgés » sont éliminés par phagocytose dans les macrophages du système
réticuloendothélial. Tout ceci a un coût, mais l’organisme est économe
et recycle les composants du GR. Ce recyclage est la source principale des 25
mg de fer consommés quotidiennement pour la synthèse de l’hémoglobine,
l’alimentation n’y contribuant que pour 1 à 2 %. L’hème est libéré de l’hémoglobine
par catalyse dans les phagolysosomes des macrophages, puis dégradé
dans le cytosol par l’hème oxygénase. Le fer libéré est soit stocké dans la
ferritine, soit libéré de la cellule via la ferroportine (contrôlée par l’hepcidine,
dont Sophie Vaulont nous raconte régulièrement les talents). Les maillons de
cette chaîne de recyclage sont bien connus, sauf le transporteur qui véhicule
l’hème du phagolysosome au cytosol. Une équipe américaine révèle dans Cell
Metabolism qu’il s’agit de HRG-1 (haem responsive gene) [1]. Cette famille de
transporteurs HRG avait été identifiée en 2008 chez C. elegans, un organisme
auxotrophe, qui ne peut synthétiser l’hème et doit l’importer de l’extérieur
[2]. L’expression de hrg1 est très élevée dans les cellules intestinales du ver et
modulée par la concentration en hème de son alimentation. Outre ce rôle de
transporteur intestinal chez C. elegans, HRG1 intervient aussi dans l’hématopoïèse
chez le poisson zèbre, puisque son absence entraîne une anémie sévère.
L’orthologue humain hHRG-1 avait été identifié par ces auteurs et localisé en
12q13, proche du gène DMT1, codant pour le principal transporteur de fer chez
les mammifères. L’étude actuelle apporte des arguments fonctionnels : elle
démontre que le processus d’érythophagocytose induit le recrutement de Hrg1
au niveau du phagolysosome du macrophage, et que l’expression de HRG1
est modulée par la concentration d’hème (elle augmente dans des situations
d’anémie hémolytique
aiguë et chronique chez
la souris). La suppression
de Hrg1 par ARN
interférence induit une
diminution des transcrits
impliqués dans
le recyclage du fer en
aval, suggérant indirectement
que HRG1
transporte le fer du
phagolysosome dans le
cytosol. Enfin, les auteurs tirent parti de l’étude d’un patient
ayant une anémie microcytaire hypochrome réfractaire et
hétérozygote composite pour une mutation du gène TMPRSS6
(qui réprime l’hepcidine) et un variant (P36L) d’HRG1.
Contrairement à HRG1, HRG1-P36L ne restaure pas un phénotype
normal chez des mutants du métabolisme de l’hème
(levure et poisson zèbre). De plus, dans un modèle cellulaire
permettant d’analyser les variations d’une hémoprotéine-étiquette
dans des conditions d’érythrophagocytose, HRG1-P36L
se localise correctement au phagolysosome, mais n’est pas
capable d’induire l’activité de la protéine étiquette. Il n’est
pas exclu que certains polymorphismes de HRG1 puissent
expliquer certaines observations de surcharge en fer comme la
sidérose de Bantou.
Laure Coulombel
médecine/sciences
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Références
- Rajagopal A, et al. Nature 2008 ; 453 : 1127-31.
- White C, et al. Cell Metabol 2013 ; 17 : 261-70.
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