Liste des revues d'EDP Sciences
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Brèves de m/s
Glycolyse et mort immunogénique (brèves ; 13/06/2013)
Glycolyse et mort immunogénique © Inserm
Marisa Martin-Faraldo

La mort cellulaire immunogénique de cellules tumorales induite par les anthracyclines, drogues largement utilisées en chimiothérapie, aboutit au développement d’une réponse immunitaire adaptative antitumorale où les lymphocytes T (LT) jouent un rôle essentiel. Cependant, de nouvelles drogues ciblant la glycolyse des cellules cancéreuses pour bloquer leurs ressources énergétiques sont actuellement développées. Il était donc tentant d’évaluer si cette nouvelle classe d’agents anticancéreux avait un impact sur la mort cellulaire immunogénique. C’est ce que le Dr Ricci et ses collègues de l’Inserm et de l’université de Nice Sophia Antipolis ont examiné [1]. Ils ont incubé tout d’abord des cellules de lymphome avec un inducteur d’apoptose, l’étoposide (ETO) et un analogue non métabolisable du glucose, le 2-déoxyglucose (2DG), qui bloque la glycolyse. Cette combinaison accroît effectivement l’apoptose des cellules tumorales. De plus, le traitement par ETO + 2DG de souris immunocompétentes porteuses de lymphomes conduit à une réduction des hypertrophies ganglionnaires plus forte que le seul traitement par l’ETO ; la durée de vie des animaux est significativement allongée, le 2DG n’ayant aucun effet per se. L’implication d’une immunité antitumorale dans ce phénomène a été alors suggérée en utilisant des animaux immunodéficients porteurs de tumeurs : la combinaison ETO + 2DG n’est alors pas plus efficace que l’ETO seul. Par ailleurs, l’analyse des ganglions des animaux immunocompétents traités par ETO + 2DG a montré un nombre plus élevé de LT CD8+ cytotoxiques, et des cellules dendritiques incubées in vitro avec des cellules tumorales traitées par ETO + 2DG ont permis une génération accrue de LT CD8+. Toutes ces données ont conduit alors au développement de protocoles vaccinaux chez des souris porteuses de tumeurs. Les chercheurs ont pu ainsi montrer que l’injection de cellules tumorales tuées par ETO + 2DG entraîne une protection accrue des animaux qui reçoivent ultérieurement des cellules tumorales vivantes. L’explication serait que le 2DG, un inducteur du stress du réticulum endoplasmique, conduit à une surexpression de calréticuline à la surface des cellules tumorales traitées par l’ETO ; or la calréticuline joue un rôle clé dans le phénomène de mort immunogénique. Ainsi, le blocage de la glycolyse associé à l’utilisation d’une chimiothérapie adaptée pourrait renforcer le potentiel immunogénique des tumeurs, avec l’espoir de l’induction d’une vaccination antitumorale.

Jean-Luc Teillaud
Centre de recherche des Cordeliers, Inserm UMR-S 872, Paris, France
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Références

  1. Bénéteau M, et al. Proc Natl Acad Sci USA 2012 ; 109 : 20071-6.
 
La guerre des sexes jusque dans le microbiote (brèves ; 13/06/2013)
La guerre des sexes jusque dans le microbiote La Pythie, prêtresse
de l’oracle de Delphes

La souris diabétique NOD (non obese diabetic) est un modèle très étudié de diabète de type I (T1D) avec production d’autoanticorps dirigés notamment contre l’insuline. Il était connu depuis les années 1980 qu’existaient des influences hormonales dans ce diabète murin puisque l’incidence est deux fois plus importante chez les femelles NOD que chez les mâles, que la castration augmente l’incidence du T1D chez les mâles et qu’un traitement aux androgènes confère une protection chez les femelles. Récemment, il est apparu que les mâles étaient protégés du T1D en condition d’animalerie exempte d’organisme pathogène spécifique (EOPS) alors qu’en animalerie axénique, c’est-à-dire totalement exempte de germes (GF pour germ free), mâles et femelles présentaient la même incidence du T1D [1]. Ainsi, des germes saprophytes de la flore intestinale peuvent-ils être à l’origine de la fréquence accrue du diabète chez les femelles ? Quel est le lien entre germes et hormones ? Si les mâles ont un taux de 17 bêta-oestradiol équivalent en conditions EOPS et GF, en revanche, les femelles ont des taux de testostérone plus élevés en conditions GF qu’en condition EOPS. L’analyse en spectrométrie de masse de 183 métabolites sériques a permis d’identifier des différences entre mâles et femelles en conditions EOPS. Deux hypothèses peuvent donc être émises : ou bien mâles et femelles ont une flore microbienne différente induisant des réponses hormonales différentes, ou bien ils répondent différemment en fonction de leur sexe à une même flore. En testant la composition des microbiotes mâle et femelle, l’équipe canadienne de J. Danska conclut que la différence de flore intestinale entre mâle et femelle apparaît à la puberté et s’accentue à l’âge adulte [1]. Le gavage de femelles NOD par des agents microbiens de flore mâle induit une augmentation de leurs taux de testostérone sans perturber pour autant leur fertilité, mais surtout les protège contre le T1D diminuant leur taux d’autoanticorps anti-insuline. Cette protection est perdue lorsque l’on traite les femelles avec un antagoniste du récepteur aux androgènes. Ainsi, ce travail démontre pour la première fois que l’altération du microbiote intestinal pourrait être la cause et non la conséquence d’une maladie auto-immune. Certes, à la différence de la souris, il n’existe pas de différence sexuelle dans la prévalence du diabète de type I chez l’homme mais le sex ratio est déséquilibré pour bien d’autres maladies auto-immunes, comme la polyarthrite rhumatoïde ou la sclérose multiple, ouvrant de nouveaux champs de recherches, mais aussi de nouvelles perspectives thérapeutiques. La pythie prédisait l’avenir en lisant les exhalaisons qui s’échappaient du gouffre de Delphes. Nouvelle mantique à l’heure de la biologie moléculaire, la lecture de l’ADN permit au généticien d’évaluer le degré de prédisposition à certaines maladies. Demain, il suffira de donner la composition de sa flore pour connaître son destin ! Décidément, le monde est de moins en moins poétique !

Simone Gilgenkrantz
médecine/sciences
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Références

  1. Markle JG, et al. Science 2013 ; 339 : 1084-8.
 
Canal aquaporine AQP4 et paludisme cérébral (brèves ; 13/06/2013)
Canal aquaporine AQP4 et paludisme cérébral © Inserm-Patrice Latron

Le paludisme cérébral est une complication majeure de l’infection par le Plasmodium falciparum. Létal dans environ 20% des cas, il peut laisser chez les survivants des séquelles neurologiques sévères [1]. Le mécanisme pathogénique comporte une séquestration du parasite dans la microvasculature cérébrale et une réponse immunitaire excessive, mais il reste imparfaitement défini. Le groupe de P. Agre de la John Hopkins University (Baltimore, États-Unis) met en évidence dans un modèle murin l’oedème cérébral et le rôle régulateur que pourrait avoir le canal aquaporine AQP4 [2]. Un oedème cérébral avec hypertension intracrânienne est, en effet, fréquent (environ 80 %) dans le paludisme cérébral. Les auteurs ont utilisé les souris C57BL/6 infectées par P. berghei chez lesquelles l’infection, sans mimer strictement la maladie de l’homme, entraîne troubles neurologiques, coma et décès [3]. AQP4 est une aquaporine abondante dans le cerveau. Localisée dans l’interface entre le parenchyme et les capillaires ou le LCR (liquide céphalorachidien), plus précisément de distribution polarisée au niveau des pieds astrocytaires, au niveau de ces interfaces avec les capillaires ou le LCR, elle a un rôle majeur dans la régulation des mouvements aqueux et ses répercussions sur l’excitabilité neuronale. Son rôle dans le paludisme cérébral a été suggéré par son expression accrue dans le cerveau des souris infectées par P. berghei [4]. Employant des méthodes rigoureuses pour contrer la dégradation de la protéine, les auteurs du présent travail observent, eux, une diminution des transcrits AQP4 et de la protéine (immunoblot et marquage en immunogold) dans le cerveau des animaux malades. Pourraient être en cause dans cette diminution l’hypoxie, l’endothéline-1, la thrombine, toutes molécules élevées dans le paludisme cérébral. Les auteurs ont confirmé qu’AQP4 a un rôle protecteur dans le paludisme cérébral en créant des souris AQP4-nulles. Infectées par P. berghei, celles-ci ont une maladie plus sévère, une teneur aqueuse du cerveau supérieure, meurent plus vite que les animaux témoins. Une expression augmentée d’AQP4 pourrait donc avoir une action protectrice contre l’oedème cérébral du paludisme, en aidant à le résorber.

Dominique Labie
Inserm U567-CNRS UMR 8104, Institut Cochin, Paris, France
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Références

  1. Dorovini-Zis K, et al. Am J Pathol 2011 ; 178 : 2146-58.
  2. Promeneur D, et al. Proc Natl Acad Sci USA 2013 ; 110 : 1035-40.
  3. White NJ, et al. Trends Parasitol 2010 ; 26 : 11-5.
  4. Ampawong S, et al. Int J Clin Exp Pathol 2011 ; 4 : 566-74.
 
Les anticorps monoclonaux : qui peut le plus peut le moins… (brèves ; 13/06/2013)
Les anticorps monoclonaux : qui peut le plus peut le moins…

Les anticorps monoclonaux (AcM) font désormais partie de l’arsenal thérapeutique en oncologie. Parmi les AcM dirigés contre des antigènes tumoraux, le trastuzumab est dirigé contre la molécule HER2/neu qui est surexprimée dans 20 à 30 % des cancers du sein. L’utilisation en clinique du trastuzumab combinée à différentes chimiothérapies améliore la survie des patientes. L’AcM induit un arrêt du cycle cellulaire et une apoptose des cellules tumorales, ainsi qu’une lyse de ces cellules par les cellules natural killer, les macrophages ou les monocytes. Il a été montré dans un modèle de souris porteuses de tumeurs neu++ que l’activité antitumorale du trastuzumab était également associée à sa capacité à induire une réponse adaptative à long terme, et en particulier une réponse des lymphocytes T (LT) CD8+ mémoire [1]. Une étude plus récente du même groupe montre que les LT CD4+ périphériques et intratumoraux ont un rôle pivot dans la protection des souris, dès le début du traitement et pendant toute la durée de l’inoculation de l’AcM [2]. Le rôle des LT CD4+ dans ce modèle n’est pas lié à leur fonction auxiliaire dans la production des anticorps par les lymphocytes B, et n’est pas uniquement associé à leur contribution dans l’induction et le maintien des populations de LT CD8+ mémoire. Les LT CD4+ ont en effet une activité antitumorale propre dépendante de la production d’interféron γ (IFN-γ) et indépendante des LT CD8+. Les LT CD4+ peuvent interagir directement avec les cellules tumorales à la surface desquelles l’expression des molécules de classe II du complexe majeur d’histocompatibilité (CMH-II) est augmentée en présence d’IFN-γ produit dans le microenvironnement tumoral. L’étude montre également que l’expression du ligand de CD40 (CD40L) dans le microenvironnement tumoral est essentielle à l’efficacité thérapeutique de l’AcM, et suggère que les interactions CD40/CD40L, qui ont un rôle important dans l’activation des macrophages et des cellules présentatrices de l’antigène au sein de la tumeur, contribuent à la régression tumorale. Ces travaux sont importants pour la conception de nouvelles stratégies thérapeutiques en oncologie, et confortent notamment l’idée d’utiliser des AcM anti-CD40 (ou anti-OX40) en combinaison avec d’autres thérapies anticancéreuses afin d’optimiser la réponse adaptative antitumorale.

Sophie Sibéril
Centre de recherche des Cordeliers, Inserm UMRS-872, Paris, France
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Références

  1. Park S, et al. Cancer Cell 2010 ; 18 : 160-70.
  2. Mortenson ED, et al. Clin Cancer Res 2013 ; 19 : 1476-86.
 
Toilettage de leurs antennes par les insectes (brèves ; 23/05/2013)
Toilettage de leurs antennes par les insectes © technitele-antenne.fr

Les opérations de toilettage (grooming) sont communes à beaucoup d’animaux, pour éliminer des débris, des parasites, des pathogènes, des produits chimiques irritants. Chez les insectes, un toilettage régulier porte sur les antennes même en milieu dépourvu de contaminant ; que cherchent-ils à éliminer ? Cette question a été étudiée par une équipe de l’Université de Raleigh (NC, États-Unis) [1]. En observant la blatte américaine, Periplaneta americana, on constate le dépôt à la surface des antennes d’une substance luisante, présumée être une sécrétion naturelle. Les auteurs ont alors mené leur recherche dans deux directions : quelle est la nature chimique du matériel accumulé ? le phénomène existe-t-il chez des insectes appartenant à trois ordres différents, la blatte germanique, Blattella germanica, le termite, Camponotus pennsylvanicus, et la mouche domestique, Musca domestiqua ? Sur une antenne non toilettée pendant 24 heures un scan en microscopie électronique montre qu’un matériel non structuré obture les sensilles qui permettent aux odeurs d’atteindre les neurones récepteurs olfactifs et en particulier de détecter une phéromone produite par la femelle, la périplanone-B. Les composants ont été identifiés grâce à une analyse par chromatographie gazeuse : il s’agit d’hydrocarbures (CHC) solubles dans l’hexane. Chez les 3 autres espèces citées, on retrouve le même phénomène d’accumulation sur l’antenne non toilettée par comparaison avec l’antenne témoin sans différence qualitative des CHC. On constate aussi une différence d’accumulation de contaminants chimiques externes, volatiles ou non, entravant de la même façon la sensibilité olfactive aux phéromones ou à d’autres odorants. Le grooming interfère donc avec l’olfaction en réglant l’efflux des CHC à la surface épicuticulaire des antennes et des sensilles. Il s’oppose à la déperdition aqueuse, fait barrière à la pénétration de pathogènes, facilite la reconnaissance d’espèce ou de sexe. L’observation montre que le dépôt des CHC est permanent et que son toilettage doit en permanence faciliter l’olfaction et prévenir une possible dessiccation. Les CHC adsorbent, constamment aussi, et solubilisent des contaminants chimiques d’environnement, et cet équilibre interfère avec l’olfaction et la gustation. Des odorants absorbés dans les CHC peuvent stimuler les neurones récepteurs longtemps après que l’odeur est dissipée. On voit donc qu’en toilettant leurs antennes les blattes, que nous ne considérons pas a priori comme des modèles de propreté, réalisent un équilibre subtil de maintien de l’homéostasie entre sécrétion et pollution.

Dominique Labie
Inserm U567-CNRS UMR 8104, Institut Cochin, Paris, France
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Références

  1. Böröczky K, et al. Proc Natl Acad Sci USA 2013 ; 110 : 3615-20.
 
Les forces productives ont-elles cessé de croître ? (brèves ; 23/05/2013)
Les forces productives ont-elles cessé de croître ? © Kessinger
Publishing
Les forces productives ont-elles cessé de croître ?

On se souvient peutêtre de cette affirmation soutenue - contre toute évidence - par certains trotskystes jusque dans les années 1990 : « les forces productrices ont cessé de croître » (et donc la crise finale du capitalisme est proche). L’examen de la courbe que publie et met à jour le National Human Genome Research Institute (NHGRI) [1] suggère, elle, et contre toute attente, que le coût du séquençage d’ADN pourrait avoir cessé de baisser. Nous nous étions tellement habitués, depuis bientôt dix ans, à la chute vertigineuse du prix du génome, que le soudain arrêt de cette dégringolade, clairement visible sur le graphique, nous prend par surprise ! On dirait même que la courbe a légèrement remonté fin 2012. Notons bien qu’il s’agit du coût total d’un génome humain de bonne qualité (redondance 30X), incluant machines, réactifs, informatique, préparation des librairies, main d’oeuvre et administration, et jusqu’à la soumission aux bases de données. Que se passet- il donc ? Les machines ont-elles atteint leurs limites ? Ou bien, maintenant que, aux États-Unis, les assurances acceptent de couvrir le séquençage clinique, n’y a-t-il plus une motivation aussi forte à faire baisser les coûts ? En tous cas, si la tendance se confirme, le « génome à 1 000 dollars » n’est pas aussi proche que l’on pouvait le penser. Cela dit, le coût d’une bonne interprétation de la séquence obtenue se compte déjà en milliers de dollars américains, ce qui relativise un peu l’impact du prix du séquençage, compte tenu de son niveau actuel. Et, même si les techniques de « nouvelle nouvelle génération » tardent un peu à entrer en lice, elles pourraient bien réinfléchir la courbe vers le bas d’ici une ou deux années.

Bertrand Jordan
CoReBio PACA, case 901, Parc scientifique de Luminy, 13288 Marseille Cedex 9, France
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Références

  1. https://www.genome.gov/sequencingcosts/
 
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