© Syndicat d’apiculture du Rhône
Une désorganisation
des ruches et
la disparition des
abeilles (Apis mellifera)
sont observées partout dans l’hémisphère nord. L’emploi de pesticides semble
une cause majeure quoique non unique. Les élevages modernes ont en effet été
localisés à proximité de champs de colza, de maïs ou de tournesol dont le traitement
par des pesticides diffuse vers le nectar et le pollen, exposant directement les abeilles
ouvrières qui, au retour, contaminent l’ensemble de la ruche. Des mesures ont été
prises pour éviter des doses létales, mesures qui semblent cependant insuffisantes.
Une équipe de l’Inra (Institut national de la recherche agronomique) d’Avignon
montre dans un travail récent comment des doses sublétales de pesticides néonicotinoïdes
induisent des troubles de mémoire et d’orientation [1]. On sait que ces
produits sont des agonistes des récepteurs nicotiniques de l’acétylcholine, susceptibles
de provoquer ce type de troubles. La disparition des abeilles
serait due à ce que les ouvrières ne retrouvent plus le chemin de la
ruche (mhf, homing failure). Dans un premier temps, les auteurs ont évalué la mortalité
entraînée par cette désorientation : dans une région céréalière, 653 abeilles
ouvrières, nourries par une solution sucrée contenant
une dose sublétale de tiaméthoxam - qui simule
les pesticides -, ont été marquées par un système
de radio fréquence, et leur retour à la ruche mesuré
par un détecteur. On a ensuite discriminé mhf des
autres causes de non-retour, mortalité naturelle ou
prédation, par comparaison avec une série témoin
n’ayant reçu qu’une solution pure de sucrose. Dans
les deux expériences, les auteurs ont étudié le retour des abeilles à partir d’un site situé à environ un km de la ruche,
distance habituelle de parcours des ouvrières, où ils avaient semé
une mauvaise herbe bleue (Phacelia tanacetifolia) très appréciée
et aisément détectable. La différence de mortalité due au nonretour
des ouvrières par comparaison avec les témoins est très
nette (p<0,001). Comparée à la durée de vie normale d’une ouvrière
(6,5 jours), on constate après intoxication une probabilité de mourir
deux fois supérieure. Ce taux est nettement plus élevé chez les
ouvrières ne connaissant pas encore le trajet que chez celles qui en
ont l’habitude. L’introduction de cette mhf dans la dynamique d’une
ruche introduit donc une déviation majeure dans cette organisation à
laquelle contribue aussi un second facteur, saisonnier, la ponte quotidienne
de la reine et le nombre d’ouvrières non encore habituées.
Afin de vérifier la généralisation de ces observations, les auteurs ont
répété l’expérience dans des sites suburbains :
la différence y était retrouvée quoique moins
accentuée. En tenant compte des différents paramètres, le calcul
théorique de scénario a montré qu’en saison de floraison, les populations
des colonies situées à proximité des nectars toxiques subiraient
un déclin très marqué qui serait ensuite insuffisamment compensé
par le recrutement de nouvelles ouvrières. Ce travail montre donc que
des doses communément employées et non létales de thiamétoxam
ont un impact sur la survie des abeilles ouvrières en les désorientant,
surtout quand elles sont encore ignorantes de l’environnement.
Dominique Labie
Institut Cochin, Paris, France
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Références
- Henry M, et al. Science 2012 ; 336 : 348-50.
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