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En 2010, après celui du raisin
et du concombre, le génome de
la pomme était décrypté [1, 2].
Il s’agissait de la Golden delicious,
choisie parmi les nombreux cultivars de Malus domestica. Cette pomme
domestiquée est le résultat d’une longue histoire. Au début de l’ère tertiaire, lors
du soulèvement de l’Himalaya, au Kasakhstan, sur les pentes du Tian Shan (les
montagnes célestes), Malus sieversii, le pommier des origines se développe. Il
sera le principal progéniteur de Malus domestica. Mais il était important de suivre
l’évolution des pommiers au cours du temps, depuis que les
marchands ont emmené ces fruits avec eux le long de la route
de la soie dans toute l’Asie et en Europe. Plusieurs équipes
françaises (dont celle de Tatiana Giraud, UMR8079 à Orsay), associées à d’autres
groupes (belge, néerlandais, arménien, russe et chinois), viennent d’analyser de
façon plus exhaustive l’histoire de la pomme domestiquée [3]. À l’aide de marqueurs
microsatellites, les chercheurs ont étudié des échantillons de cinq espèces
de pommiers (839 arbres depuis la Chine jusqu’à l’Espagne) : M. domestica, M. baccata
(en Sibérie), M. orientalis, M. sierversii et M. sylvestris. Vingt-six microsatellites
situés sur les 17 chromosomes (nombre haploïde du génome de la pomme)
ont été choisis pour analyser les variations génétiques et les différences entre
les cinq espèces de pommiers. Les résultats montrent clairement qu’en plus de
M. sierversii, les pommiers sauvages (crabapple), particulièrement M. sylvestris,
ont aussi été des contributeurs importants au cours des siècles. Il est possible que
ces pommes aient été utilisées pour la fabrication du cidre avant que les Romains
introduisent des pommes « douces » en Europe. À l’époque de Charlemagne, au IXe siècle et au siècle suivant,
de nombreux pommiers
ont été plantés pour
produire cette boisson et
les cultivars à cidre sont peut-être des hybridations entre M. sylvestris
et des pommes douces. Les pommes amères domestiquées
entrant dans la fabrication du cidre sont acides et très riches
en tanins, comme les pommes sauvages européennes. Pourtant,
elles ne comportent pas plus d’allèles de M. sylvestris que
les pommes à couteau. Comme il existe des
variétés avec des goûts très divers parmi les
pommes sauvages d’Asie, on peut supposer
que certaines ont été sélectionnées pour la production de cidre.
Cette étude, très documentée, est intéressante car elle porte sur
les arbres fruitiers, alors que jusqu’à présent, le suivi de l’évolution
des plantes et de leur domestication avait surtout porté sur
des espèces annuelles (comme le tournesol par exemple) dont le
processus de domestication apparaît très différent, sans contribution
de multiples espèces sauvages. Elle montre aussi qu’il est
important d’identifier et de conserver les pommiers sauvages en
les réimplantant en milieu agricole. Ils peuvent encore posséder
des ressources génétiques insoupçonnées.
Simone Gilgenkrantz
médecine/sciences
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Références
- Gilgenkrantz S. Med Sci (Paris) 2011 ; 27 : 151.
- Velasco R, et al. Nat Genet 2010 ; 42 : 833-9.
- Cornille A, et al. PloS Genet 2012 : 8 : e100273.
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