© Inserm - Rafael Oriol
Les podocytes sont des cellules dont les pieds reposent sur la membrane basale
glomérulaire ; ils contiennent un cytosquelette d’actine et sont séparés entre eux
par une jonction intercellulaire appelée membrane de fente. Dans presque toutes
les formes de glomérulonéphrite, ces pieds se rétractent par remodelage de l’architecture
de leur cytosquelette et des membranes de fente, processus
connu sous le nom d’« effacement ». Ces modifications sont
associées à une perte de sélectivité de la barrière glomérulaire qui
s’accompagne de protéinurie. La néphrine, une protéine d’adhésion
cellulaire, est au départ d’une voie de signalisation impliquant
la phosphorylation de protéines adaptatrices qui contrôlent la
dynamique du cytosquelette. George et al. [1] montrent qu’une de
ces protéines est Crk1/2 dont on savait déjà qu’elle interagit avec
la néphrine et contrôle les mouvements de l’actine dans d’autres
systèmes. Les chercheurs ont d’abord confirmé qu’in vivo chez le
rat, dans un modèle de syndrome néphrotique par administration
d’aminonucléoside de puromycine, la néphrine était phosphorylée
et formait en abondance un complexe avec Crk1/2. Il en est de
même in vitro dans une lignée de podocytes humains. L’activation de la néphrine
et de la Neph1, une protéine apparentée, induit la formation de protrusions
cellulaires à type de lamellipodes. Crk1/2 est indispensable à cet effet qui ne se
produit pas dans les cellules dans lesquelles son gène a été invalidé. D’autres
protéines interviennent dans ce processus comme la phosphoinositide 3 kinase
(PI3K), la focal adhesion kinase (FAK) et Cas. Les auteurs ont ensuite montré sur des coupes de
reins d’embryons de souris que la néphrine et Cas étaient
exprimées conjointement à la jonction intercellulaire des
précurseurs des pieds des podocytes. En outre, FAK, dont
on connaît le rôle dans la migration et la prolifération cellulaires
y est également exprimée. Utilisant le modèle d’effacement des
pieds des podocytes par injection de sulfate de protamine chez la
souris, on constate que ces résultats disparaissent chez les souris
invalidées pour Crk1/2. Il en est de même lorsqu’on
étudie, chez la souris adulte, le modèle classique
de syndrome néphrotique par administration d’anticorps
anti-membrane basale glomérulaire. Des
résultats identiques sont observés chez l’homme.
En effet, on constate de façon reproductible l’intense
phosphorylation de Cas et de FAK à l’examen
des biopsies obtenues chez les malades atteints
de glomérulonéphrites extramembraneuses et de
syndromes néphrotiques avec lésions histologiques
minimes. En revanche, ces effets sont absents chez
les malades atteints de hyalinose segmentaire et
focale. Ce travail, qui complète nos connaissances
sur les voies de signalisation impliquées dans le maintien de
l’architecture des podocytes, ouvre des perspectives pour mieux
définir des sous-groupes dans les glomérulonéphrites, permettant
ainsi de cibler les traitements.
Raymond Ardaillou
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Références
- George B, et al. J Clin Invest 2012 ; 122 : 674-92.
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