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Pourquoi les pieds des podocytes s’effacent-ils dans les glomérulonéphrites ? (brèves ; 31/05/2012)
Pourquoi les pieds des podocytes
s’effacent-ils dans les glomérulonéphrites ?

© Inserm - Rafael Oriol

Les podocytes sont des cellules dont les pieds reposent sur la membrane basale glomérulaire ; ils contiennent un cytosquelette d’actine et sont séparés entre eux par une jonction intercellulaire appelée membrane de fente. Dans presque toutes les formes de glomérulonéphrite, ces pieds se rétractent par remodelage de l’architecture de leur cytosquelette et des membranes de fente, processus connu sous le nom d’« effacement ». Ces modifications sont associées à une perte de sélectivité de la barrière glomérulaire qui s’accompagne de protéinurie. La néphrine, une protéine d’adhésion cellulaire, est au départ d’une voie de signalisation impliquant la phosphorylation de protéines adaptatrices qui contrôlent la dynamique du cytosquelette. George et al. [1] montrent qu’une de ces protéines est Crk1/2 dont on savait déjà qu’elle interagit avec la néphrine et contrôle les mouvements de l’actine dans d’autres systèmes. Les chercheurs ont d’abord confirmé qu’in vivo chez le rat, dans un modèle de syndrome néphrotique par administration d’aminonucléoside de puromycine, la néphrine était phosphorylée et formait en abondance un complexe avec Crk1/2. Il en est de même in vitro dans une lignée de podocytes humains. L’activation de la néphrine et de la Neph1, une protéine apparentée, induit la formation de protrusions cellulaires à type de lamellipodes. Crk1/2 est indispensable à cet effet qui ne se produit pas dans les cellules dans lesquelles son gène a été invalidé. D’autres protéines interviennent dans ce processus comme la phosphoinositide 3 kinase (PI3K), la focal adhesion kinase (FAK) et Cas. Les auteurs ont ensuite montré sur des coupes de reins d’embryons de souris que la néphrine et Cas étaient exprimées conjointement à la jonction intercellulaire des précurseurs des pieds des podocytes. En outre, FAK, dont on connaît le rôle dans la migration et la prolifération cellulaires y est également exprimée. Utilisant le modèle d’effacement des pieds des podocytes par injection de sulfate de protamine chez la souris, on constate que ces résultats disparaissent chez les souris invalidées pour Crk1/2. Il en est de même lorsqu’on étudie, chez la souris adulte, le modèle classique de syndrome néphrotique par administration d’anticorps anti-membrane basale glomérulaire. Des résultats identiques sont observés chez l’homme. En effet, on constate de façon reproductible l’intense phosphorylation de Cas et de FAK à l’examen des biopsies obtenues chez les malades atteints de glomérulonéphrites extramembraneuses et de syndromes néphrotiques avec lésions histologiques minimes. En revanche, ces effets sont absents chez les malades atteints de hyalinose segmentaire et focale. Ce travail, qui complète nos connaissances sur les voies de signalisation impliquées dans le maintien de l’architecture des podocytes, ouvre des perspectives pour mieux définir des sous-groupes dans les glomérulonéphrites, permettant ainsi de cibler les traitements.

Raymond Ardaillou
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Références

  1. George B, et al. J Clin Invest 2012 ; 122 : 674-92.