| Comment les abeilles perdent le sens de l’orientation (brèves ; 25/06/2012) |
© Syndicat d’apiculture du Rhône Une désorganisation des ruches et la disparition des abeilles (Apis mellifera) sont observées partout dans l’hémisphère nord. L’emploi de pesticides semble une cause majeure quoique non unique. Les élevages modernes ont en effet été localisés à proximité de champs de colza, de maïs ou de tournesol dont le traitement par des pesticides diffuse vers le nectar et le pollen, exposant directement les abeilles ouvrières qui, au retour, contaminent l’ensemble de la ruche. Des mesures ont été prises pour éviter des doses létales, mesures qui semblent cependant insuffisantes. Une équipe de l’Inra (Institut national de la recherche agronomique) d’Avignon montre dans un travail récent comment des doses sublétales de pesticides néonicotinoïdes induisent des troubles de mémoire et d’orientation [1]. On sait que ces produits sont des agonistes des récepteurs nicotiniques de l’acétylcholine, susceptibles de provoquer ce type de troubles. La disparition des abeilles serait due à ce que les ouvrières ne retrouvent plus le chemin de la ruche (mhf, homing failure). Dans un premier temps, les auteurs ont évalué la mortalité entraînée par cette désorientation : dans une région céréalière, 653 abeilles ouvrières, nourries par une solution sucrée contenant une dose sublétale de tiaméthoxam - qui simule les pesticides -, ont été marquées par un système de radio fréquence, et leur retour à la ruche mesuré par un détecteur. On a ensuite discriminé mhf des autres causes de non-retour, mortalité naturelle ou prédation, par comparaison avec une série témoin n’ayant reçu qu’une solution pure de sucrose. Dans les deux expériences, les auteurs ont étudié le retour des abeilles à partir d’un site situé à environ un km de la ruche, distance habituelle de parcours des ouvrières, où ils avaient semé une mauvaise herbe bleue (Phacelia tanacetifolia) très appréciée et aisément détectable. La différence de mortalité due au nonretour des ouvrières par comparaison avec les témoins est très nette (p<0,001). Comparée à la durée de vie normale d’une ouvrière (6,5 jours), on constate après intoxication une probabilité de mourir deux fois supérieure. Ce taux est nettement plus élevé chez les ouvrières ne connaissant pas encore le trajet que chez celles qui en ont l’habitude. L’introduction de cette mhf dans la dynamique d’une ruche introduit donc une déviation majeure dans cette organisation à laquelle contribue aussi un second facteur, saisonnier, la ponte quotidienne de la reine et le nombre d’ouvrières non encore habituées. Afin de vérifier la généralisation de ces observations, les auteurs ont répété l’expérience dans des sites suburbains : la différence y était retrouvée quoique moins accentuée. En tenant compte des différents paramètres, le calcul théorique de scénario a montré qu’en saison de floraison, les populations des colonies situées à proximité des nectars toxiques subiraient un déclin très marqué qui serait ensuite insuffisamment compensé par le recrutement de nouvelles ouvrières. Ce travail montre donc que des doses communément employées et non létales de thiamétoxam ont un impact sur la survie des abeilles ouvrières en les désorientant, surtout quand elles sont encore ignorantes de l’environnement. Références
|


>
>