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Les secrets du saule (brèves ; 31/05/2012)
Les secrets du saule

Salix babylonica
Tortuosa

© Simone
Gilgentrantz

Quand le saule (Salix alba) et la reine des prés (Spirea) sont agressés par un pathogène, ils produisent du salicylate pour se protéger. Il y a plus de 2000 ans, Égyptiens et Assyriens, puis par la suite les Grecs, avaient noté les vertus de ces plantes pour l’homme : tisanes et décoctions étaient utilisées pour soulager les fièvres et les maux de l’enfantement. Remède miracle à travers les siècles, on en fit de la poudre, la salicine. Puis, après qu’un Italien ait obtenu la synthèse de l’acide salicylique, un Français lance l’usage thérapeutique du salicylate de sodium jusqu’à ce que le laboratoire Bayer, en Allemagne, commercialise l’acide acétylsalicylique sous le nom d’Aspirin (A pour acétyl, et spir pour spirée). Le succès ne se fait pas attendre et sa consommation se répand dans le monde, sans que l’on connaisse son mécanisme d’action. Celui-ci ne sera découvert qu’un siècle plus tard1 : il s’agit d’une inhibition irréversible des enzymes COX intervenant dans la voie de biosynthèse d’eicosanoïdes (dont les prostaglandines). Désormais, nous pensions donc tout savoir sur l’aspirine. Il n’en est rien. Une publication récente vient de découvrir que le salicylate agit aussi d’une autre manière : à des concentrations élevées, il active l’AMPK (AMP-activated protein kinase) qui joue un rôle clé dans la régulation du métabolisme énergétique [1]. L’AMPK est un détecteur de l’état de la cellule souvent évoqué dans ces colonnes [2]. Il est activé en cas d’augmentation du ratio AMP/ATP, c’est-à-dire lorsque le niveau énergétique de la cellule est bas. Ce senseur intervient dans la régulation des graisses. Il est donc d’un grand intérêt car il est capable d’agir dans les obésités et certains diabètes [3]. La phosphorylation de la thréonine 172 (thr172) de la sous-unité catalytique est essentielle à l’activité de l’AMPK. Par rapport à l’activateur synthétique de l’AMPK, A-769662, il semble que le salicylate se fixe sur le même site, car il cause également une activation allostérique et une inhibition de la déphosphorylation du site Thr172. Chez la souris invalidée pour AMPK, les effets du salicylate (accroissement de l’utilisation des graisses et abaissement du taux des acides gras plasmatiques observés chez la souris normale) ne se produisent pas. La metformine, un des principaux antidiabétiques oraux actuels, est un activateur de l’AMPK [3]. Outre la régulation énergétique, la metformine semble faire baisser l’incidence des cancers. Or, la prise d’aspirine avait été aussi évoquée comme agent protecteur contre certains cancers. Toutes les générations d’humains qui ont pris de l’aspirine sans attendre une quelconque AMM (mise sur le marché) ont donc bien fait de le faire car elle a des qualités insoupçonnées. Un seul bémol, toutefois, les doses nécessaires pour entraîner l’activation de l’AMPK pourraient être nettement plus élevées que les doses prescrites habituellement.

Simone Gilgenkrantz
médecine/sciences
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1 Ce qui valut le prix Nobel de médecine en 1982 à Sir John Vane.

Références

  1. Hawley SA, et al. Science 2012 ; 19 avril (online).
  2. Foretz M, et al. Med Sci (Paris) 2006 ; 22 : 381-8.
  3. Foretz M, Viollet B. Med Sci (Paris) 2010 ; 26 : 663-6.