Liste des revues d'EDP Sciences
Liste des revues d'EDP Sciences
médecine/sciences alerte courriel

Publicités



Une guanylate cyclase à l’origine d’une diarrhée familiale de transmission dominante (brèves ; 23/05/2012)
Une guanylate cyclase à l’origine d’une diarrhée familiale de transmission dominante

Les diarrhées familiales d’origine génétique sont nombreuses et le plus souvent transmises en récessivité. Une équipe norvégienne vient d’étudier une grande famille atteinte de diarrhée chronique, avec météorisme, obstruction intestinale, oesophagite et, chez certains sujets, maladie de Crohn [1]. L’étude de l’arbre généalogique (32 membres sur 4 générations) montrait une transmission dominante évidente. L’analyse de liaison (sur 11 malades et 14 bien- portants) a révélé une région d’intérêt en 12p dans laquelle se trouvait un candidat fort intéressant : le gène GUCY2C. Celui-ci code en effet la guanylate cyclase C ou GC-C, récepteur intestinal situé au pôle apical des cellules épithéliales intestinales et se liant à la guanyline endogène ainsi qu’à des toxines bactériennes, comme la toxine thermostable (STa) d’Escherichia coli. Cette dernière stimule la GC-C, avec augmentation des GMPc (nucléotides cycliques), ce qui entraîne la perte des électrolytes. Le séquençage de l’exome (HiSeq Illumina) a montré qu’effectivement les malades sont porteurs hétérozygotes d’une mutation prédisant le remplacement d’une sérine par une isoleucine dans le codon 840 (p.ser840ile). Cette sérine est très conservée dans les espèces animales et aucune mutation analogue n’a été trouvée dans la dbSNP database chez 190 donneurs. Des études fonctionnelles comparatives des GC-C normale et mutée ont ensuite été effectuées sur des cellules HEK93T. Dans les cellules HEK293T transfectées avec la forme mutée, l’activité basale de GC-C est la même que dans les cellules normales. Après 72 heures, l’addition de STa (entérotoxine thermostable), ou de concentrations variables d’uroguanyline et de guanyline - trois ligands de l’enzyme - aboutit à une hyperactivation de la GC-C mutée. Il en résulte une augmentation de la production de guanosine monophosphate cyclique, cGMP, laquelle active la protéine kinase GII, entraînant la phosphorylation du canal CFTR (cystic fibrosis transmembrane conductance regulator). Il y a sécrétion accrue de chlore via CFTR et, en conséquence, un gradient osmotique se crée avec perte d’ions sodium, et donc d’eau, dans la lumière intestinale. On aurait ainsi ici une sorte de modèle génétique de knock-in de l’infection à E. coli. Le spectre des symptômes observés dans cette famille recouvre celui du syndrome de l’intestin irritable et de la maladie de Crohn. L’obstruction de l’intestin grêle et les oesophagites suggèrent que la mutation est à la fois responsable de l’inflammation et des troubles de la motilité intestinale. Ainsi, cette implication de GUCY2C, observée pour la première fois dans une diarrhée familiale, indique l’importance de la voie GC-C-CFTR et l’intérêt de son étude pour comprendre les mécanismes intervenant dans certaines diarrhées chroniques.

Simone Gilgenkrantz
médecine/sciences
Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

Références

  1. Fiskerstrand T, et al. N Engl J Med 2012 ; 366 : 1586-95.