L'hétérogénéité des expériences affectives et sexuelles de femmes vivant sans domicile fixe
Anne Laporte1 et Erwan Le Méner2
1
Observatoire du Samusocial de Paris.
2
ISP-GAPP (Ens Cachan), observatoire du Samusocial de Paris.
À partir d'une trentaine d'entretiens semi-directifs avec des femmes résidant en centre d'hébergement d'urgence, nous avons mis en question, du point de vue de l'expérience de ces personnes, l'uniformité et le constat alarmant des descriptions ordinaires de la vie affective et sexuelle des femmes sans-abri. Leurs discours expriment la variété des expériences affectives et sexuelles et contredisent le déni, les clichés et le misérabilisme dont elles sont affublées. Si les conditions de vie difficiles tendent à contribuer, chez les femmes dont l'univers de sens est la rue, à un délaissement de soi, à l'adoption de conduites à risques, à une exposition accrue à des agressions, sexuelles notamment, à une réduction de la vie affective et sexuelle à une sphère de personnes proches, elles ne sauraient en aucun cas expliquer la diversité de l'expérience des femmes interrogées. Non seulement, des femmes qui se considèrent sans abri ont une sexualité désirée et connectent leur désir avec leur volonté de sortir de la rue, mais des femmes, qui vivent sans domicile, sans que la rue ne constitue leur univers de sens, se montrent également débrouillardes dans un environnement physique et relationnel diversement contraignant.
© 2008 médecine/sciences - Inserm / SRMS

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