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Numéro
Med Sci (Paris)
Volume 18, Numéro 5, Mai 2002
Page(s) 518 - 518
Section Hommage à Elisabeth Bursaux
DOI http://dx.doi.org/10.1051/medsci/2002185518
Publié en ligne 15 mai 2002

En ce temps-là, le online n’existait pas, les « dernières heures », les « flashs », il fallait les débusquer, draguer l’orateur du séminaire, guetter les revues, vite, le carnet d’adresses, téléphoner, convaincre, lui tirer les mots de la plume à ce chercheur introverti, débordé,… on vous a gardé deux pages à l’ozalid… Vos résultats, géniaux, c’est pour nous, évidemment ! Imaginez, vous serez lu par la communauté scientifique, qui, le soir, au coin du feu, feuillette, savoure médecine/sciences avec bonheur ! Tous ces lecteurs si cultivés, si curieux d’apprendre, le babillage des oisillons (sa dernière brève en Décembre 2001), le mouvement des cils dans la cochlée, pourquoi les caméléons partent en croisière… Vous ne reconnaissez pas votre prose, mais cher ami, votre titre, insipide, il fallait accrocher et puis quel français détestable ! Tous ces « générer, initier, réguler, par contre, organelle, et autres barbarismes ». À propos, ne vous formalisez pas si je me suis permis de clarifier votre propos… le résultat scientifique est sublime, mais votre texte incompréhensible ! alors j’ai tout ré-écrit !

Le rythme était toujours haletant, la parole rapide, coupée de brefs « oui, oui… » dont nous ne saurons jamais s’ils s’adressaient à nous ou à elle. Tout était naturel en ce temps-là, comme si le journal se faisait tout seul. Écrire la brève avant Axel relevait de l’exploit que seul un rapide coup de fil à Elisabeth pouvait laisser entrevoir. « Ah non, trop tard, celle-là je l’ai déjà depuis hier, mais tu peux encore me faire… Axel n’a pas eu le temps de la dicter ce matin et je viens tout juste de commencer, mais c’est plutôt ton domaine… ». C’était toujours simple, direct, plein de joie et de sympathie. EBx faisait sans nul doute partie de la cascade de transduction du signal du savoir. Ce bonheur tranquille, cette énergie communicative, c’est un cadeau sans prix que nous avons reçu. Nous allons continuer, autrement, comme un remerciement, comme un hommage, comme un écho à l’élan qu’elle nous a donné. Mais dans quelle revue secrète est-elle, la recette de ce don inimitable qu’avait Elisabeth de mettre la science en mots, en littérature, avec exigence et générosité, de rassembler autour d’elle tant de co-facteurs enthousiastes pour que chaque mois paraisse notre revue ? Aujourd’hui, m/s est knock-out pour EB, et ce mot est intraduisible.


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